FRANCE
 

Déclaration

par

Madame Marie-Thérèse Hermange
Représentante personnelle du Président de la République française

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 9 mai 2002

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Le Président de la République française avait prévu de longue date de participer personnellement à cette Assemblée consacrée aux enfants à laquelle il attache le plus grand intérêt, persuadé que soufflera ici un vent nouveau, un vent de générosité et un vent d'espoir pour les enfants du monde. Le calendrier électoral, en France, n'a pas permis sa présence aujourd'hui. C'est en tant que sa Représentante personnelle dans le processus préparatoire de cette session que je m'exprime devant vous. Je souhaite saluer en son nom le Secrétaire Général et Madame Bellamy pour leur action exemplaire en faveur des enfants. En France, la préparation de cette session a donné lieu à de nombreuses initiatives et a abouti à cent propositions pour une nouvelle politique de l'enfance que j'ai présentées au Président de la République.

Cette session extraordinaire doit être l'occasion d'unifier et de réunir dans un processus commun la voie issue en 1990 du premier Sommet de l'Enfant et celle issue en 1989 de l'adoption de la Convention des droits de l'enfant. Cette session doit marquer notre engagement à redoubler nos efforts en faveur des enfants.
Redoubler nos efforts d'abord pour réaffirmer notre approche fondée sur les droits de l'enfant. La mise en oeuvre de la Convention du 20 novembre 1989, qui est fondamentale au point d'être quasi universellement ratifiée, a joué dans la décennie écoulée un rôle majeur dans la mobilisation partout dans le monde en faveur des enfants. Aussi serait-il hautement justifié de faire du 20 novembre une journée internationale des droits de l'enfant. Les droits des enfants sont désormais clairement définis. S'il fallait en distinguer deux, je retiendrais le droit à l'éducation, en particulier pour les filles, car c'est une des clés pour le progrès du monde, et le droit à la santé, face au défi atroce que nous posent les pandémies telle que le VIH-SIDA.

Mais la reconnaissance de ces droits ne doit pas aboutir à transformer prématurément les enfants en adultes, à confondre ces droits avec l'absence d'interdits. Les enfants ont besoin d'être guidés, éclairés, pris en charge par une autorité dans leur évolution vers l'âge adulte. Dans le même sens, nous devons insister, peut-être davantage, sur les devoirs qui s'imposent aussi aux parents, aux familles, aux institutions publiques dans leur fonction d'autorité à l'égard des enfants. L'une des clés dans l'amélioration du sort des enfants réside sans doute dans un renforcement du soutien et des aides aux adultes pour leur permettre de mieux remplir leur rôle, à commencer par celui de parents responsables, envers les enfants.

Redoubler nos efforts, ensuite, pour mettre en oeuvre concrètement et avec détermination le dispositif juridique ambitieux, élaboré depuis dix années sur le socle de la Convention des droits de l'enfant. La France appelle à la ratification universelle de la Convention et de ses protocoles facultatifs relatifs à deux des pires formes de violence touchant les enfants, protocoles qu'elle vient de ratifier. Elle se félicite de l'élaboration, sous l'autorité du Secrétaire Général, d'un prochain rapport sur les violences contre les enfants. Elle se réjouit aussi de l'attention accrue que le Conseil de Sécurité a décidé d'apporter au grave problème des enfants dans les conflits armés. Qu'on en juge: deux millions d'enfants tués lors de conflits depuis 1990, six millions blessés ou handicapés, dix millions traumatisés par la perte de leurs parents ou par des sévices sexuels.

Les violences sexuelles contre les enfants, la pornographie mettant en cause des enfants, le rôle criminel que jouent dans ces activités les technologies nouvelles comme Internet apparaissent comme de nouveaux défis auxquels sont confrontées au premier chef nos sociétés dites développées. Aucun pays, aucune institution n'est exemplaire. La protection des enfants est un devoir permanent et c'est un devoir qui nous concerne tous.

Pour le remplir , il faut veiller à la mise en oeuvre effective des textes, au contrôle de cette mise en oeuvre, en donnant notamment au Comité des droits de l'enfant les moyens dont il a besoin, et à la coordination des actions internationales.

Par exemple, dans la lutte contre la pédopornographie par le biais d'Internet et l'exploitation sexuelle des enfants, il convient pour être réellement efficace de mener des actions conjointes et concertées entre plusieurs pays agissant sur une base commune. Dans la lutte contre les mutilations génitales, dans la lutte contre l'utilisation des enfants soldats, contre toutes les violences, ce sont aussi les mentalités qu'il faut changer. Cela suppose un engagement déterminé des gouvernements et des institutions internationales.

Redoubler nos efforts, encore, pour léguer à nos enfants une planète propre et durable. Ainsi, dans la perspective du prochain Sommet de Johannesburg, qui a trait à la protection de l'environnement et au devoir de solidarité entre les générations, un devoir de « justice intergénérationnelle » ne devrait-il pas nous conduire, non seulement à veiller aujourd'hui aux conditions permettant aux enfants de grandir à l'abri des contaminations et des maladies liées à l'environnement, mais aussi à laisser demain aux générations futures un monde préservé et un écosystème sans dégradation. Nos actions sur le milieu naturel ne devraient pas dégrader et compromettre la diversité biologique et les écosystèmes au point que nos enfants ne seraient plus en mesure dans le futur d'en profiter à leur tour. A cet égard, je voudrais recommander que les enfants soient davantage sensibilisés à ces questions. Je souhaite rappeler ici le voeu du Président de la République d'aboutir à la création d'une organisation mondiale de l'environnement.

Redoubler nos efforts, enfin et surtout, pour mieux lutter contre la pauvreté et l'extrême pauvreté. Si nous n'avons pu atteindre pleinement les objectifs du sommet de 1990, c'est en grande partie parce que nous n'avons pas été en mesure de mieux lutter contre la pauvreté. Pour que nos enfants puissent vivre et vivent mieux, il nous faut aller plus loin dans l'action contre la pauvreté, dans la ligne tracée lors du Sommet du Millénaire, confirmée lors du récent Sommet de Monterrey, et principalement en direction de l'Afrique. Du développement économique et social, y compris dans les pays développés ou les extrêmement pauvres sont marginalisés, dépend pour beaucoup l'amélioration du sort des enfants. J'en veux pour preuve le sujet difficile et complexe du travail des enfants. Le passage d'une économie domestique à une économie de profit, l'urbanisation, la dislocation des cellules familiales, la recherche d'avantages comparatifs sur le marché mondial font voler en éclat cet ancien système et aboutissent aujourd'hui à mettre sur pied de véritables réseaux d'exploitation des enfants. Nous devons les dénoncer et les combattre avec détermination, pas seulement en ce qui concerne ce que l'OIT a identifié comme les pires formes de cette exploitation.

Ceci doit nous conduire à reconnaître que si la lutte contre la pauvreté est une contribution nécessaire et essentielle à l'amélioration du sort des enfants, elle passe nécessairement par des contributions financières plus conséquentes. Je souhaite ici réitérer l'appel du Président de la République à Monterrey à un effort accru des pays industrialisés. Cette lutte indispensable contre la pauvreté n'est cependant pas suffisante pour garantir partout et toujours le respect des droits des enfants. Les enfants sont divers et les situations sont toutes différentes, mais contre les violences infligées à une population vulnérable, notre volonté doit être égale et constante.

La France poursuit toujours le même rêve : faire vivre à l'échelle du monde l'ambitieuse devise qu'elle a choisie pour elle : "Liberté, Egalité, Fraternité". Liberté, Egalité, Fraternité, d'abord pour les plus vulnérables et donc d'abord pour nos enfants.
Je vous remercie.