DEMOCRATIC REPUBLIC OF CONGO
 
 

Déclaration

par

S. E. Mme Jeanne EBAMBA BOBOTO
Ministre des affaires sociales de la République Démocratique du Congo

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002

Monsieur le Président,
Au nom de son Excellence le Général Major Joseph KABILA, Président de la République;
Au nom des enfants de la République Démocratique du Congo qui m'ont mandatée à ce forum ;
Au nom de toutes les personnes vulnérables et des populations de mon pays qui, depuis bientôt quatre ans, souffrent jour pour jour, les affres d'une guerre d'agression dévastatrice et génératrice des graves violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire ;
Au nom de toute la délégation qui m'accompagne et à mon nom personnel,

je me fais le devoir de vous adresser mes sincères félicitations pour votre brillante élection à la présidence de la 27ème session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies consacrée "aux Enfants".

Ces assises se tiennent une année après la date initialement prévue suite aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 qui ont endeuillé l'Amérique et toute l'humanité, attentat que mon Gouvernement a condamné dès les premières heures.

Permettez-moi, Monsieur le Président, qu'au seuil de ce propos, j'adresse la gratitude de ma délégation à Son Excellence Madame Patricia Durant, Représentant Permanent de la Jamaïque auprès des Nations Unies et aux autres membres du bureau, à Madame Carole Bellamy, Directrice générale de l'Unicef et à tout le bureau de l'Unicef pour leur contribution remarquable aux travaux préparatoires, plus particulièrement dans l'élaboration de la documentation qui sous-tend le soubassement de nos travaux.

C'est aussi l'occasion de remercier très sincèrement Monsieur Kofi Annan, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies pour la clarté de son rapport intitulé "Examen de fin de décennie" de la suite donnée au sommet mondial pour les enfants ainsi que pour l'orientation qu'il a donné à l'examen des résultats enregistrés durant la décennie.

Monsieur le Président,

Dix ans après l'historique sommet mondial, des progrès importants ont été réalisés dans de nombreux domaines, notamment dans le domaine de la santé, de l'éducation et de la participation. Cependant, le Secrétaire général nous a, dans son rapport intitulé "Nous les enfants", rappelé les défis redoutables qu'il nous faut encore relever pour la mise en aeuvre effective du plan d'action du Sommet mondial et faire face aux nouveaux problèmes qui persistent.

Aujourd'hui, les mesures clés à prendre en faveur des enfants portent sur les domaines suivants : un bon départ dans la vie ; une éducation de base de bonne qualité et la possibilité pour tous les adolescents de développer pleinement leur potentialité et de participer activement à la vie de la collectivité.

Dans plusieurs pays en développement, particulièrement dans mon pays, la République Démocratique du Congo, la situation humanitaire ayant atteint des proportions alarmantes, dans les zones urbaines, la pauvreté a chassé de nombreux enfants du toit familial. Ainsi de nombreux enfants sont sans logis et vivent sans la protection sociale et l'amour qui devraient leur revenir de droit au sein de la famille et sont à la merci de tous genres de prédateurs. Le phénomène des enfants de la rue a fini par s'imposer malgré la structure familiale forte et inclusive qui n'existait pas auparavant dans notre société étant donné la structure familiale forte et inclusive de notre société.

II y a un besoin impérieux de renouveler les engagements internationaux pris en vue de mettre les enfants au premier plan afin de ne pas gaspiller la ressource humaine la plus précieuse au monde et de bâtir une société stable et productive.

Monsieur le Président,

Les problèmes de l'enfant sont au centre des préoccupations du Gouvernement de la République Démocratique du Congo. Cette attention particulière est traduite par l'existence d'un cadre juridique et institutionnel susceptible de garantir les droits de l'enfant. Ce cadre juridique comprend, d'une part, les instruments juridiques internationaux ratifiés par la RDC et, d'autre part, des dispositions pertinentes de l'arsenal juridique national, pour faire face aux nombreux problèmes qui persistent notamment la violence, la pauvreté et des fléaux tels que le sida, la guerre :

Monsieur le Président,

Par rapport à ces questions importantes, la situation de l'enfant congolais est de plus préoccupantes. La pauvreté qui sévit dans la plupart des familles ne permet pas à nos enfants d'accéder aux services sociaux de base.

Sur le plan de la santé, la situation des enfants est marquée par

· un taux élevé de mortalité infantile qui se situe actuellement à 127 pour 1000 naissances vivantes,
· une couverture vaccinale en général faible exceptée pour la paralysie flasque aiguë pour laquelle la stratégie des journées nationales de vaccination a permis une sensible amélioration ;
· une prévalence de la malnutrition protéino-énergétique due à une insécurité alimentaire particulièrement importante ;
· En 2001, on a dénombré environ 900.000 enfants congolais âgés de moins de 15 ans orphelins de père ou de mère ou de deux parents à cause de la pandemie du virus VIH SIDA dont le taux de prévalence atteint près de 15 dans certaines villes du Pays.


Sur le plan de l'éducation,

Depuis 1990, le taux net de scolarisation au niveau de l'enseignement de base connaît une régression constante. Actuellement, il s'est stabilisé autour de 58%.
Sur le plan de la protection,

II est apparu que le phénomène de l'enfant de la rue qui n'existait pas auparavant dans notre société étant donné que la structure familiale était forte et inclusive, a pris maintenant de l'ampleur ces dix dernières années.

Par ailleurs, on observe à travers le monde, un phénomène aux conséquences graves qui foulent au pied les valeurs universellement reconnues notamment la tragédie que vivent au quotidien, des dizaines des millions d'enfants du fait de la guerre.

A cet égard, nous nous réjouissons de l'entrée prochaine en vigueur le 1er juillet 2002 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale dont le 60ème instrument de ratification a été déposé le 11 avril dernier. Ce traité comporte un important dispositif de protection des droits de l'enfant en ce qu'il qualifie de crime de guerre l'enrollement d'enfants de moins de 15 ans dans les forces armées nationales.

Malgré la situation de guerre qui prévaut, la République Démocratique du Congo a réagi positivement aux recommandations de la résolution 1261 (1999) du 25 août 1999 par laquelle le Conseil de sécurité a demandé aux Etats et aux organismes compétents des Nations Unies de redoubler d'éfforts en vue de mettre fin au recrutement et à l'utilisation d'enfants dans les conflits armés. C'est pour cette raison que mon pays a adhéré aux principaux instruments internationaux de protection des droits de l'enfant dont

· la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant,
· la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant,
· le Protocole facultatif aux droits de l'enfant concernant l'implication des enfants dans les conflits armés,
· le Protocole-facultatif aux droits de l'enfant concernant le vente de l'enfant, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants,
· la Convention no 138 concernant l'âge minimum d'admission à l'emploi,
· la Convention concernant l'interdiction des pires formes de travail des enfants,
· le Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale.
Aussi, il sied de signaler que le Président de la République, le Général Major Joseph KABILA s'est personnellement investi dans ce processus par la promulgation du Décret-loi no 066 du 09 juin 2000 portant démobilisation et réinsertion des groupes vulnérables présents au sein des forces combattantes. II a concrétisé sa volonté politique par la mise en place d'une structure appropriée, le Bureau National de Démobilisation et de Réinsertion chargé de l'exécution et de suivi de cette décision en partenariat avec l'Unicef.

J'aimerais souligner devant cette auguste assemblée que mon pays n'enrolle plus des enfants au sein des forces armées en dépit du fait que nos agresseurs poursuivent le recrutement forcé de nos enfants dans les régions du pays qu'ils occupent pour les retourner contre nous.

Au plan interne,

Un effort d'harmonisation de tous ces instruments cités plus haut aux lois nationales est en cours. Bientôt, l'arsenal juridique congolais affichera complet quant à l'importance des dispositions légales protectrices des droits de l'enfant. Le projet de code de protection de l'enfant congolais a déjà été élaboré et n'attend plus que son approbation par le Parlement avant d'être promulgué par le Chef de l'Etat.

La guerre d'agression qui sévit dans mon pays depuis 4 ans déjà, n'a pas seulement été à l'origine du phénomène «enfants soldats». Elle a en plus provoqué des déplacements forcés, brutaux et dramatiques des populations à l'intérieur des frontières de la République Démocratique et renvoyer nombre de nos compatriotes à l'exil forcé vers les pays voisins. Ces populations sont constituées en majorité des enfants et des femmes qui sont les catégories les plus vulnérables. Selon les dernières estimations, le nombre de personnes déplacées à l'intérieur de notre pays s'élève à 2.000.000 tandis que celui des réfugiés est estimé à environ 332.000.

Ceci sans compter les enfants orphelins.

Monsieur le Président,

Malgré la situation alarmante que je viens de brosser à l'attention de l'auguste assemblée, je dois assurer la Communauté internationale que la situation de l'enfant demeure au centre des préoccupations de mon Gouvernement. Cette attention particulière se traduit de prime abord par l'existence d'un cadre juridique et institutionnel qui garantit le droit de l'enfant. Elle se traduit ensuite par la mise en oeuvre de programmes multisectoriels de survie, de développement, de protection et de participation avec l'appui de nos partenaires extérieurs en particulier l'UNICEF et des ONG internationales notamment SAVE THE CHILDREN.

Actuellement, des efforts importants ont été déployés pour ramener les protagonistes à la table des négociations en vue d'une paix durable. C'est le sens qu'il faut donner à la signature le 19 avril 2002, de l'Accord cadre dans la ville touristique de Sun City, en Afrique du Sud pour la gestion consensuelle de la transition. Cet Accord a été signé par les 314 des participants au Dialogue National prévu par l'Accord de Lusaka.

C'est le lieu pour moi d'inviter la Communauté internationale à bien vouloir soutenir cet Accord pour le retour rapide de la paix dans notre Pays, une des conditions majeures pour garantir un avenir meilleur à nos enfants.

Je profite également de cette occasion pour inviter tous les acteurs de la vie internationale représentés dans cette auguste assemblée afin qu'ils ne ménagent aucun effort pour persuader les autres composantes à adhérer à cet Accord pour la réunification totale du territoire national .

Monsieur le Président,

Comme je viens de le dire tout à l'heure, mon pays vient d'amorcer un tournant décisif qui va nous permettre de mieux DIRE OUI AUX ENFANTS en disant OUI A LA PAIX.

Le peuple congolais tient à la paix, à la réconciliation, au développement et à un avenir meilleur pour ses enfants, Et comme le Président de la République, le Général Major Joseph KABILA n'a cessé de le répéter, je cite : "la République Démocratique du Congo entend vivre en paix avec ses voisins, la politique du bon voisinage est l'un des principes directeurs de notre politique étrangère. Nos enfants ont d'abord besoin de la paix puis du bien-être qui devra provenir de nos ressources naturelles qui malheureusement, continuent d'être l'objet des pillages par des armées étrangères. C'est pourquoi, mon pays s'engage fermement à assurer un avenir meilleur à nos enfants à travers le Mouvement Mondial en faveur des enfants". Fin de citation.

Je tiens à souligner d'ores et déjà que la République Démocratique du Congo souscrit à la Déclaration et au Plan d'Action que cette Auguste Assemblée va adopter à l'issue de cette session extraordinaire.

Nous nous engageons par ailleurs à prendre toutes les dispositions qui s'imposent pour donner effet à ladite déclaration dans le cadre de notre plan d'action national que nous comptons réaliser avec le concours de la société civile congolaise et la participation des enfants.

Ma délégation émet le souhait que les Gouvernements présents dans cet hémicycle vont tous ensemble oeuvrer en faveur d'un plan concerté pour un monde digne des enfants, qui va adhérer aux principes contenus dans la convention des droits de l'homme.

Pour conclure, je lance un appel à tous nos partenaires au niveau international, régional et sous-régional à nous aider à réaliser notre programme visant la promotion et la protection des droits de l'enfant. Car pour nous, l'avenir de la RDC réside dans le bien-être de ses enfants et des jeunes. Investir aujourd'hui dans les enfants c'est assurer la paix, la stabilité, la sécurité, la démocratie et le développement durable de demain.

Que vive l'enfant ! Que vive la solidarité internationale !

Je vous remercie.