CAPE VERDE

Déclaration
par
Commandant Pedro Pires
Président de la République du Cap-Vert

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 08 mai 2002


 

Monsieur le Président,
Honorables Participants,
Mesdames, Messieurs,

J'aimerais commencer mon propos, en félicitant très chaleureusement le Secrétaire Général et les Organes du système des Nations Unies, en particulier l'UNICEF, pour l'action et le travail en profondeur et systématique menés depuis l'adoption de la Convention des Droits de l'Enfant, laquelle n'est que le prolongement de là Charte de l'ONU qui oriente l'action internationale et les politiques nationales en la matière. Cette action fondamentale en direction des enfants s'intègre parfaitement dans le cadre global de la lutte pour le respect des droits de l'homme et comme tel, met l'accent sur tous les domaines qui intéressent l'homme dans sa totalité.

A l'heure où nous parlons dans cette enceinte prestigieuse, des rapports minutieux aux statistiques préoccupantes, nous disent que, malgré tous les efforts consentis par les membres de la communauté internationale, depuis la Déclaration et le Plan d'Action adoptés au Sommet Mondial pour les enfants tenu, en septembre 1990, des enfants, par millions, continuent de mourir chaque année de causes qui auraient pu être évitées au départ.

L'une des dernières publications de l'UNICEF estime à 150 millions le nombre d'enfants sous-alimentés et considère que près de 120 millions d'enfants ne sont toujours pas scolarisés, dont 53% sont des filles.

Les guerres ne laissent aucun répit. Au cours de la décennie 1986-1996, 2 millions d'enfants ont été tués lors de conflits armés, 6 millions ont été blessés ou sont aujourd'hui invalides, notamment à cause des mines antipersonnel ; enfin, plus de 1 million ont perdu leurs parents. En outre on compte actuellement plus de 22 millions d'enfants réfugiés ou déplacés du fait de la violence. Nombreux sont ceux qui demandent l'asile politique et ne l'obtiennent pas, rajoutant à la souffrance de l'isolement le martyre de l'exclusion.

Beaucoup meurent de faim, du VIH/SIDA ou, enfants de l'émigration sont victimes de politiques inadaptées, du racisme, de l'intolérance et de l'exclusion.

Dans des cercles plus restreints et jusque dans la famille qui devrait garantir la protection et cultiver l'amour, des enfants souffrent de maltraitance, de coupables négligences et de la violence silencieuse intra muros.

En ce moment précis, je me demande combien d'enfants errent sur les routes en quête de survie ou transitent de camps de réfugiés en camp de regroupement, au gré de conflits interminables imposés pour des raisons qui leur sont étrangères et qui devient chaque jour plus inacceptables? Voyez l'exemple de la Palestine qui est une violence faite à la conscience humaine.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Je crois qu'il est juste de reconnaître que l'humanité a consenti des efforts considérables, tout au long de l'histoire, en vue de la promotion de la dignité humaine dans toutes ses dimensions. II convient, ici, de saluer toutes les avancées de lois à portée universelle, les efforts soutenus des Nations Unies pour faire de la question des enfants touchés par la guerre, notamment, une priorité de l'action internationale, l'opiniâtreté pour intégrer leur protection dans les processus de paix.

La dignité humaine, en effet, réclame un monde de liberté, de respect mutuel, de justice, de solidarité et de tolérance. Je crois encore que notre intention est de travailler ensemble, en tant que dirigeants de nos peuples respectifs, à la construction des bases d'un monde réellement en paix, de relations pacifiques entre peuples et nations, où la guerre ne constituerait plus un moyen pour continuer la politique.

Je partage l'opinion selon laquelle la différence entre un pays et un autre réside dans le traitement que les générations d'aujourd'hui réservent aux enfants. Mieux: le monde auquel nous aspirons et que nous sommes désireux de bâtir serait mieux à même d'éclore, si nous pouvions nous convaincre tous qu'investir dans l'enfant, c'est assurer le futur de l'humanité.

Malgré les dimensions modestes de mon pays et son expression économique relative, je puis vous assurer que le Cap Vert a fait l'option de la paix et se trouve profondément engagé dans la construction de la stabilité, de la démocratie et du développement, conditions indispensables au surgissement d'un cadre approprié de développement de l'enfant et des nouvelles générations. Dès la proclamation de l'indépendance, l'Etat du Cap Vert a reconnu à l'enfant une place privilégiée dans la société, cherchant à créer les conditions de base pour la santé et l'éducation nécessaire à sa croissance normale, domaine où des progrès substantiels ont été effectués et sont reconnus par les instances internationales. Mais, nous saurions oublier que pour assurer le développement intégral et harmonieux de sa personnalité, l'enfant doit vivre dans un milieu familial sain et équilibré.

C'est ainsi que l'Etat CapVerdien, au cours des deux dernières décennies a adopté un ensemble de mesures d'ordre institutionnel, législatif, administratif et judiciaire dans le sens d'une amélioration progressive du statut de l'enfant Capverdien, anticipant pour une bonne part de celles-ci, ce que la Convention des Droits de l'Enfant viendrait consacrer.

Dans ce cadre et en honorant les engagements pris en vue d'appliquer les dispositions de la Convention des Droits de l'Enfant, découlant de notre adhésion à celle-ci, des améliorations tangibles ont été introduites dans la situation de l'enfant capverdien, notamment en ce qui concerne ses droits à la survie et au développement, comme cela ressort du Rapport Initial présenté au Comité des Droits de l'Enfant, en octobre 2001 à Genève et des observations que son appréciation a suscitées au dit Comité. Nous demeurons cependant lucides sur le fait qu'il reste beaucoup à faire, pour que les droits de l'enfant soient respectés par tous, surtout en ce qui concerne les droits à la protection et à la participation.

L'Etat Capverdien se montre disposé à tout faire, notamment par la mise en oeuvre des recommandations pertinentes du Comité des Droits de l'Enfant au Rapport Initial du Cap-Vert, afin que les enfants Capverdiens puissent jouir d'une protection complète pour leur développement harmonieux aussi bien physique qu'intellectuel.

Ainsi, l'enfant dans mon pays jouit d'un ensemble de droits renouvelés, toutes les conventions et tous les protocoles applicables à l'enfant ayant été ratifiés.
Toutefois, j'estime qu'avoir des droits est une chose, pouvoir les réaliser est tout autre chose. Le défis, qui est le nôtre, est de créer les conditions essentielles pour que l'enfant puisse jouir pleinement de ces droits. Le chemin est long qui nous mènera à ces ambitions légitimes.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Selon le PNUD, plus de 50 pour cent de la population africaine vit en dessous du seuil de pauvreté. L'allègement du fardeau de la pauvreté, objectif éminemment prioritaire du développement, est la condition sine qua non pour créer le cadre favorable à l'épanouissement de l'enfant.

Or, nous pensons que la pauvreté n'est pas une fatalité : c'est une situation qui peut et doit être dépassée. La force qui alimente la lutte contre la pauvreté réside dans notre capacité d'entraide et de solidarité, dans notre capacité d'initiative et dans notre volonté de perfectionner le cadre actuel des relations entre Etats et entre Nations. En tant que pays en développement et malgré la pression sur nos maigres ressources, pour satisfaire les nécessités immédiates, le Cap Vert estime que pour dépasser le stade actuel de pauvreté, il nous faut également compter sur notre capacité de programmer à moyen et à long terme. Dans ce cadre, l'investissement dédié à l'enfant est un investissement stratégique fondamental. Les enfants sont, en effet, des miroirs qui renvoient à nos sociétés les déséquilibres qui les traversent et la fragilité de nos propres vies.

C'est pourquoi, nous devrions reconnaître que l'une des solutions de fonds à la problématique de l'enfance réside dans l'éducation et dans une politique de développement humain soutenu. II n'est pas d'avenir hors l'éducation. II me semble que nous devrions lancer une orientation commune selon laquelle des politiques publiques adéquates dans le domaine de l'éducation seraient mises en oeuvre avec l'appui des institutions internationales intéressées et de la communauté internationale afin de préserver l'avenir tout en garantissant l'épanouissement de l'enfant.

Nous avons la foi que les enfants qui sont nés avec ce nouveau siècle pourront vivre dans un monde plus juste et solidaire, où la faim ne sera plus le lot du plus grand nombre, où la justice ne dépendra ni de la couleur de peau, ni des croyances, ni du statut social, enfin, un monde plus sûr pour tous, ouvert aux aspirations légitimes des peuples, bâti sur les fondements solides de la paix, de la coopération et du multilatéralisme et ancré dans la légalité internationale.

II nous revient de tout faire pour que la jeunesse d'aujourd'hui et de demain soient à même de faire barrage aux idéologies de la haine, de l'obscurantisme, de la violence et du rejet de l'autre.

Nous avons foi en l'avenir de l'homme que sera l'enfant d'aujourd'hui.

Je vous remercie !