CANADA
 

Déclaration

par

L'honorable John Manley
Vice-Premier Ministre du Canada

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 9 mai 2002





C'est avec fierté que, au nom du premier ministre du Canada et du peuple canadien, je viens renouveler et réaffirmer aujourd'hui l'engagement pris il y a onze ans, au Sommet mondial pour les enfants, en faveur des droits et du bien-être des enfants. Le fait que cette assemblée en faveur des enfants ait été retardée de sept mois par des attentats terroristes perpétrés: à deux pas d'ici donne une impulsion d'autant plus grande à notre mission d'assurer un monde:meilleur à la prochaine génération.

Il ne s'agit pas là d'une idée abstraite, car la nécessité d'agir et de maintenir un engagement soutenu est bien réelle et urgente. L'UNICEF estime qu'il y a aujourd'hui sur la planète 2,1 milliards d'enfants et que pas moins du quart d'entre eux, soit plus de 600 millions de bébés et d'enfants, vivent dans la pauvreté. Plus de 120 millions ne peuvent fréquenter l'école. Et, le plus tragique, c'est que chaque année, environ 11 millions d'enfants, ce qui est proprement inimaginable, meurent de causes qu'il serait possible de prévenir, comme la faim, la maladie ou la guerre.

L'appel lancé au monde lors du Sommet pour les enfants de 1990 a permis d'accomplir des progrès dans notre communauté entière. La Déclaration et le Programme d'action du Sommet, ainsi que la ratification quasi universelle de la Convention de l'ONU sur les droits de l'enfant adoptée en 1989, ont amélioré les conditions d'existence des enfants de manière bien réelle et concrète et ont guidé l'action des gouvernements. Depuis, nous avons aussi accueilli avec satisfaction les deux protocoles facultatifs à la Convention sur les enfants dans les conflits armés et sur la vente des enfants et la prostitution et la pornographie juvénile, ainsi que les nouvelles normes qui ont été définies sur des questions comme le travail des enfants.

Le Canada croit que les enfants et les jeunes ont le droit, comme tout le monde, de participer à la prise des décisions qui influent sur leur vie. Nous constatons avec satisfaction que ce droit est de plus en plus reconnu et respecté. La participation d'un peu moins de 400 enfants et jeunes à cette session extraordinaire et à son processus préparatoire -- dont cinq jeunes canadiens brillants et dévoués représentant toutes les régions de notre pays incluant nos Autochtones -- a été enrichissante et instructive pour eux comme pour nous.

La protection des enfants et la promotion de leurs droits sont essentielles non seulement à leur propre bien-être, mais aussi au progrès et à la prospérité de nos sociétés et de nos pays dans leur ensemble. Au Canada, le dernier recensement national, en 2001, a dénombré quelque 5,9 millions d'enfants de moins de 14 ans. C'est le cinquième de notre population. Nous sommes résolus à faire en sorte qu'ils aient tous le meilleur départ possible dans la vie et à les accompagner dans leur développement. 11 nous incombe de veiller à les préparer à apprendre, en les dotant des bons outils, pour qu'ils acquièrent les connaissances et les compétences, la motivation et la liberté créatrice dont ils auront besoin pour mener une vie gratifiante et bien remplie. Pour atteindre cet objectif, il faut aussi offrir des services de santé de qualité, sans égard au revenu, des collectivités sûres et un environnement propre et sain.

Ce sont là des caractéristiques qu'on associe souvent au Canada, et nous sommes conscients de la chance que nous avons de connaître chez nous une telle prospérité et une telle qualité de vie.

Néanmoins, nous sommes gravement préoccupés par de trop nombreuses familles qui, au Canada même, vivent des circonstances difficiles. Nous voulons aider les parents à réaliser les espoirs et les rêves qu'ils entretiennent pour leurs enfants, et c'est pourquoi notre gouvernement offre aux enfants canadiens des services et des programmes dont la valeur dépasse les 11 milliards de dollars. Forts de ces initiatives, nous savons qu'une réaction énergique du Canada aux défis que soulèvera cette session spéciale de l'ONU guidera mieux notre démarche à l'avenir.

Le gouvernement fédéral s'allie aux provinces et aux territoires du Canada, qui sont ses partenaires à part entière, pour servir les intérêts des enfants. Ensemble, nous avons adopté la Prestation nationale pour enfants, qui procure un soutien du revenu plus substantiel directement aux familles à revenu modeste. Depuis 2001, le gouvernement du Canada engage 2,4 milliards de dollars par année dans la Prestation nationale pour enfants. Nous croyons que c'est le plus important nouveau programme social de notre pays depuis l'instauration de l'assurance-maladie, dans les années 60.

Dans le cadre de l'Accord sur le développement de la petite enfance conclu en 2000 avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, nous avons commencé à mettre sur pied un système complet de services pour les jeunes enfants et leurs familles. Le gouvernement canadien a prévu 2,2 milliards de dollars sur cinq ans pour offrir de meilleurs programmes et services à cette fin.

Le bien-être des enfants autochtones est une priorité fondamentale pour le Canada. Nous améliorons et élargissons les programmes et services fédéraux visant le développement de la petite enfance dans les collectivités autochtones de l'ensemble du pays. Cela englobe le fructueux Programme d'aide préscolaire aux Autochtones, qui propose une approche holistique du développement et de l'éducation de l'enfant, garantissant un sain développement précoce aux enfants autochtones et contribuant à les préparer à l'école. Nous travaillons en étroite collaboration avec les collectivités autochtones, les provinces et les territoires pour réduire l'incidence du syndrome d'alcoolisation foetale chez les nouveau-nés autochtones et nous offrons un soutien aux enfants autochtones ayant des besoins spéciaux qui éprouvent des difficultés d'apprentissage à l'école.

Ces programmes rejoignent à eux seuls plus de 10 000 enfants autochtones au Canada, et bien plus si, de surcroît, on tient compte de ceux qui reçoivent une aide spéciale pour leurs études. Pourtant, nous pouvons faire encore plus et nous allons faire plus. En décembre dernier, le gouvernement canadien annonçait qu'il effectuait un investissement additionnel dans ce domaine de 185 millions de dollars sur deux ans afin d'étendre la portée des programmes et d'aider davantage les enfants autochtones à prendre le meilleur départ possible dans la vie.

Au niveau mondial, la réduction de la pauvreté et de son impact sur les enfants reste notre cause commune. E faut agir énergiquement dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés pour étendre la portée et améliorer la qualité des efforts d'allégement de la dette. Nous devons veiller par ailleurs à ce que le développement ne dégrade pas l'environnement mondial et à ce que prévale une bonne gestion publique capable de réaliser les mesures de développement social qui sont prioritaires.

Au niveau international, nous devons tous coopérer ensemble et avec l'UNICEF et d'autres organisations, y compris la société civile et les ONG, pour faire face à ces problèmes.

Ainsi, le Canada a été l'un des principaux donateurs de programmes qui visent à éliminer les problèmes d'apport insuffisant en micronutriments. Plus de deux milliards de personne dans le monde souffrent de carences en vitamine A, en fer et en iode. Les conséquences sont terribles des centaines de milliers d'enfants meurent; chaque année, 250 000 enfants perdent la vue; des millions d'enfants accusent une baisse de leur capacité d'apprentissage de 15 %. Travaillant avec des partenaires comme les responsables de l'Initiative pour les micronutriments et l'UNICEF, le Canada a fourni plus d'un milliard de capsules de vitamine A pour faire en sorte que les deux tiers des enfants africains reçoivent de la vitamine A au moment de l'immunisation. Nous avons également fait notre part pour que les enfants de plus d'une quarantaine de pays puissent consommer du sel iodé. Nous sommes déterminés à tabler sur ces succès pour faire en sorte qu'aucun enfant ne souffre de ces formes de malnutrition dans la décennie à venir.

Le Canada participe à la lutte contre l'effet dramatique du VIH/sida sur les enfants, leurs familles et communautés, particulièrement en Afrique où UNICEF estime qu'il si trouve 85% des 10.4 millions d'enfants orphelins du VIH/sida. À ce titre, nous avons quadruplé le financement des initiatives de prévention et de lutte contre le VIH/sida dans les pays en voie de développement ce qui représente un investissement de 270 millions de dollars sur cinq ans.

Le Canada s'intéresse beaucoup à l'impact dévastateur des conflits armés sur les enfants. Au cours de la dernière décennie, ces conflits ont entraîné la mort de plus de deux millions de garçons et de filles, et ont privé des millions d'autres de tout ce qui constitue une enfance normale. Les mines antipersonnel continuent également de tuer ou d'estropier des milliers d'enfants chaque année, et elles demeurent une terreur constante dans au moins 68 pays.

Nous avons accompli des progrès : la convention d'Ottawa sur les mines antipersonnel, le statut de la Cour pénale internationale, le Protocole facultatif concernant la participation d'enfants aux conflits armés et la conférence de Winnipeg sur les enfants touchés par la guerre sont des jalons marquants de notre parcours, mais il y a encore beaucoup à faire.

Des dangers guettent aussi nos enfants en dehors des zones de conflit. Il faut faire preuve de vigilance et les protéger même dans les sociétés qui vivent en paix. Le gouvernement du Canada est résolu, sans équivoque aucune, à protéger les enfants contre toutes les formes de mauvais traitements et d'exploitation, aux niveaux national et international. Les lois canadiennes qui répriment la pornographie juvénile sont parmi les plus sévères du monde. Mais nous nous gardons de toute complaisance. Nous nous apprêtons à rendre nos lois encore plus sévères en légiférant pour criminaliser l'utilisation d'Internet pour des fins de pornographie juvénile et pour piéger des enfants sans méfiance.

Nous devons continuer de progresser par des politiques et des initiatives qui placent la sécurité de nos enfants au premier rang et qui empêchent qu'on ne les agresse, qu'on ne les exploite, qu'on ne les mette en danger.

Tel est notre travail, non seulement à titre de dirigeants et de décideurs, mais aussi à titre de parents et d'adultes. C'est notre responsabilité.

Certes, ces questions ne sont pas faciles, mais, s'il nous arrivait de douter du succès, il devrait nous suffire de nous tourner vers l'Afghanistan pour trouver une nouvelle inspiration, un nouvel espoir. Si ce pays, cette population, qui a souffert une oppression sans borne, porté un si lourd fardeau de pauvreté, de violences et de privations, si elle, en moins de six mois de transition, a pu ramener les enfants dans les écoles, garçons et filles, comme elle l'a fait en mars, assurément, la communauté mondiale toute entière peut réaliser des gains importants en relevant les défis posés par la pauvreté, la maladie et les torts faits aux enfants.

Nous avons devant nous la génération la plus nombreuse et la plus jeune que la terre ait portée. Les enfants représentent le tiers de la population mondiale. De la protection et du respect que nous saurons accorder à nos enfants dépendent rien de moins que la survie de la planète, et la paix et la prospérité que nous souhaitons tous. De tous les problèmes qui se posent à la communauté mondiale, aucun n'est plus universel, aucun n'est plus fondamental, aucun n'est plus urgent.