CAMEROON
 
 

Déclaration
par
S.E. M. Paul BIYA
Président de la République du Cameroun

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 8 mai 2002


Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

C'est à la fois avec gravité et espérance que le Cameroun participe à cette Session Spéciale qui, je n'en doute pas, tiendra une place à part dans l'histoire de notre Organisation.

Avec gravité, car il n'existe pas de causes humaines plus dignes que celle de la défense et de la promotion des droits et de l'avenir des enfants qui, selon la bible, sont « un héritage de Dieu ».

Hélas, comme vous le savez, le sort des enfants, dans bon nombre de régions du monde et en particulier en Afrique, demeure synonyme d'angoisse, de souffrances physiques et de désespoir.

L'éducation, la santé et l'épanouissement sont des droits incontestables pour tout enfant sur cette terre. Pourtant, la vie, pour des centaines de millions d'entre eux, à travers le monde, s'apparente à un combat contre l'adversité et l'avenir, à un horizon barré par des obstacles infranchissables.

Malgré ces dures réalités, l'espérance demeure présente dans notre esprit.

La tenue de cette Session de l'Assemblée Générale donne en effet à espérer... Elle montre que la communauté internationale, dans son ensemble, considére que la situation de ces milliers d'enfants est inacceptable et qu'elle est déterminée à l'améliorer.
Nous avons donc l'obligation morale d'aboutir à des actions et décisions concrètes qui soulagent la détresse des enfants les plus déshérités de la planète.

Monsieur le Président,

Le Cameroun a toujours soutenu et accompagné les initiatives du système des Nations Unies en faveur des droits des enfants. A cet égard, j'estime que le Sommet mondial réuni en septembre 1990 a contribué à des avancées appréciables. Il a notamment permis la mise en oeuvre de la Déclaration mondiale sur la survie, la protection et le développement des enfants ainsi que l'application des recommandations de la Convention sur les droits de l'enfant.

Comme vous le savez, cet instrument juridique; qui est le traité international sur les droits de l'homme le plus ratifié, demeure le principal cadre de référence, à portée universelle, sur les droits de l'enfant. Il nous appartient de lui donner une pleine et entière application à tous les niveaux.

Comment en effet accepter, aujourd'hui, que des millions d'enfants meurent encore chaque année de maladies telles que la diarrhée ou la rougeole, faute de traitements et de prévention ? . .

Jusqu' à quand continuera-t-on de tolérer que 150 millions d'enfants ne puissent manger à leur faim ?

Est-il digne, au 21e siècle, que près de 100 millions d'enfants, en majorité des filles, n'aient pas accès à l'éducation ?

A ces conditions de vie dramatiques liées à la pauvreté s'ajoutent parfois celles résultant des guerres et des conflits armés.
On estime aujourd'hui qu'à travers le monde, prés de 300.000 enfants sont enrôlés de force à partir de l'âge de cinq ou six ans pour participer à des affrontements armés. Sur ce nombre d'enfants confrontés à l'horreur, à la mort et aux massacres, pas moins de deux tiers sont Africains.

Consciente de la gravité de ces situations, la communauté internationale n'est heureusement pas restée sans réaction.

Le Cameroun se félicite, à cet égard, de l'adoption par la 55é Session de l'Assemblée Générale de la série de protocoles venue renforcer la Convention sur les droits des enfants.

Dans le même esprit, il convient également de saluer la Convention 182 de l'Organisation Internationale du Travail sur le travail des enfants.

Dans les domaines liés à la protection de l'intégrité des enfants dans les conflits, le Cameroun estime que l'on doit aller plus loin au niveau du continent africain. Nous allons préconiser, lors de la mise en place de l'Union Africaine, la création d'un mécanisme spécifique en charge de cette question au sein de l'organe de prévention, de gestion et de règlement des conflits.

Monsieur le Président,

On ne le dira jamais assez, l'action concertée de la communauté internationale pour l'éradication de la pauvreté constitue le fer de lance de tout combat en faveur du respect des droits des enfants. Hélas, force est de constater que les résolutions sur les droits économiques, sociaux et culturels des enfants prises lors du Sommet mondial sur l'enfance sont loin d'avoir été suivies d'effets en ce qui concerne notamment l'Afrique. La communauté internationale a le devoir moral d'honorer ses engagements.

Parallèlement aux concours que nous pouvons légitimement attendre de la communauté internationale, chacun de nos Etats doit s'efforcer de développer une politique constante en faveur de l'enfance.

C'est la raison pour laquelle, le Cameroun a ratifié la quasi-totalité des instruments internationaux se référant aux droits des enfants.

Par ailleurs, nous avons lancé un programme d'action largement inspiré des recommandations du Sommet mondial de l'Enfance.
Nous avons notamment mis l'accent sur les priorités que sont:
 

La protection des enfants en situation difficile notamment en milieu urbain ; Enfin, la promotion de l'éducation sociale.

Pour sa part, mon Gouvernement continuera avec les moyens qui sont les siens et avec l'appui que la communauté internationale voudra bien lui apporter, à appliquer une politique vigoureuse de défense des droits de l'enfant et d'amélioration de ses conditions de vie.

Je veux croire que la Déclaration intitulée « un monde digne des enfants » qui conclura cette Session et que nous approuvons sans réserve, sera le texte fondateur de la nouvelle condition enfantine que nous léguerons à la postérité.

Je vous remercie.