CENTRAL AFRICAN REPUBLIC
 

Déclaration
par
M. Martin Ziguele
Premier ministre, chef de gouvernement de la République Centrafricaine

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 8 mai 2002



Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames et Messieurs, Distingués Délégués,

II y a douze ans, mon pays la République Centrafricaine, à l'instar des autres pays de la planète, participait devant cette même Auguste Assemblée au Sommet mondial pour les enfants.

A cette occasion, la Centrafrique comme la communauté internationale, s'est engagée à protéger et promouvoir les droits des enfants et des jeunes.

Au plan national, plusieurs assises ont eu lieu, offrant ainsi un cadre à toutes les communautés de base et à la communauté internationale, de jeter les bases d'une analyse critique de la situation globale des enfants et des jeunes, assorties d'un Plan national d'action, dont la mise en oeuvre devait améliorer substantiellement les conditions de vie et les chances de survie de tous les enfants Centrafricains.

A l'heure du bilan, j'ai l'honneur de prendre la parole, à l'occasion de la Vingt-septième Session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée aux enfants, pour partager avec vous notre modeste expérience de la mise en oeuvre des objectifs du Sommet mondial sur les enfants de 1990, dont les résultats sont très mitigés.

Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames et Messieurs, Distingués Délégués

Permettez-moi de présenter les principaux résultats obtenus après la mise en oeuvre du Plan national d'action, qui a fait l'objet d'une adoption consensuelle, non seulement de toutes les couches sociales, mais aussi de tous les partenaires au développement bi et multilatéraux.

A- Au plan de la Santé

Après une baisse sensible du taux de mortalité infantile entre 1990 et 1995, la lecture actuelle des indicateurs nous fait observer une augmentation vertigineuse en l'An 2000, passant de 132 à 97 pour 1000 à 130, 6 pour 1000.

Le taux de mortalité maternelle est l'un des plus élevés de la sous-région. Le taux de couverture vaccinale contre les maladies de la petite enfance reste encore faible en dehors de la poliomyélite qui est en voie d'éradication: 9 enfants sur 10 ont été vaccinés en l'An 2000.

La proportion des ménages qui accèdent à l'eau potable a sensiblement augmenté passant de 37,5 % en 1996 a 54,9 % en 2000.

Enfin la lutte contre les maladies dues à la carence en iode donne des résultats très encourageants, car pratiquement tous les ménages consomment de plus en plus du sel iodé.

Cependant la pandémie du VIH/SIDA sévit au niveau de la jeunesse (14% de la population); ce qui à terme privera la Nation des bras nécessaires à son développement.

B- Au plan de l'Éducation

Le taux net de scolarisation a littéralement baissé entre 1996 et 2000 (62,7 à 42,9 % de 1995 à 2000).

A cela vient s'ajouter le faible taux de réussite des enfants qui entrent au primaire (7%). II en est de même du taux d'analphabétisme encore très élevé chez les femmes en milieu rural (81,9%).

Les ratios mage/élève et maure/classe, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, constituent une véritable préoccupation.

II y a d'un autre coté des résultats très encourageants dans le domaine de la protection et de la participation dont le Gouvernement se réjouit.

C- Au plan de la Protection

II est instituée en République Centrafricaine une Commission Nationale de Suivi de la Convention relative aux droits de l'enfant, qui est fonctionnelle et dont les rapports initial et périodique ont été approuvés à Genève.

Sur le plan judiciaire, un Tribunal des enfants est institué non seulement â Bangui, mais également dans les Sept régions du pays, et s'étendra progressivement dans tout le pays, aux fins de soustraire les enfants en conflit avec la loi de la justice des adultes.

D- Au plan de la Participation

Un Parlement des enfants a été crée, offrant ainsi une tribune à nos Députés Juniors pour se prononcer sur les grandes questions de la nation qui touchent leurs intérêts.

En vue de familiariser nos enfants aux techniques de prévention et de règlement des conflits, une structure dénommée "Les Ambassadeurs de la Paix" constituée des jeunes de 16-18 ans, a été mise en place. Cette Structure a beaucoup pesé dans la médiation en vue du retour de la paix, après les événements de 1996 et 1997. Elle anime beaucoup d'émissions sur les médias nationaux sur la culture de la paix, la culture de la démocratie et la tolérance...

Depuis 1997, Son Excellence Monsieur Ange Félix PATASSE, Président de la République, Chef de l'Etat a promulgué le Code de la famille dont plusieurs dispositions offrent les garanties nécessaires pour une meilleure protection des droits de l'enfant.

Enfin, la mise en oeuvre de la politique de décentralisation et de régionalisation de la vie politique et administrative lancée par le Gouvernement est porteuse d'espoir, car elle impliquera la population, les jeunes et le couple mère/enfant dans le processus de développement: elle responsabilisera les communautés à la base quant à leurs choix du modèle de développement.

Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames et Messieurs, Distingués Délégués

Vous avez certainement remarqué avec nous que le niveau de la mise en exécution du plan d'action demeure en deçà de nos attentes. Permettez-moi cependant de vous présenter très rapidement le contexte global de mon pays depuis près de 10 ans, qui explique en partie ce phénomène: un contexte socio-politique et économique hostile, marqué par quelques événements perturbateurs dont les plus notoires sont:

1- Les mouvements socio-politiques de 1990-1993, qui se sont traduits par une transition vers la démocratie et l'Etat de droit,
2- La dévaluation du Franc CFA dont les effets pervers sur l'économie déjà fragilisée, n'ont contribué qu'à exacerber la pauvreté existante,
3- Les troubles militaro-politiques de 1996 et 1997, et dernièrement ceux de Mai et Novembre 2001, qui ont fortement inhibé les efforts du Gouvernement dans la mise en oeuvre des divers programmes de développement, dont celui concernant les enfants,
4- La réduction de l'aide publique au développement,
5- Et la rareté des ressources propres de l'Etat suite à la destruction de la quasi-totalité du tissu économique pendant les événements militaires de 1996 et 1997,
6- Très préoccupé par la situation de vulnérabilité avancée des enfants et des jeunes dans notre pays, Son Excellence Ange Félix PATASSE, Président de la République, Chef de l'État, à l'occasion du lancement du Mouvement Mondial en faveur des enfants dans le Monde 2002 a lancé un appel pressant à la communauté nationale et internationale pour qu'elle se mobilise pour créer les conditions de concrétisation des droits des enfants dans notre pays, car notre survie en dépend.
C'est pourquoi, au nom de mon pays, je renouvelle les engagements non réalisés du sommet mondial de 1990. J'en formule de nouveau, pour la prochaine décennie, que le Gouvernement centrafricain s'engage à faire ce qui suit pour le bien être intégral de ses enfants
1) Faire de la lutte contre le V.I.H./SIDA, la priorité numéro 1 de notre Gouvernement, et à mettre en oeuvre des programmes visant à protéger les enfants face à la propagation de la tuberculose, le paludisme, les M.S.T. (Maladies sexuellement transmissibles)
2) N'épargner aucun effort pour promouvoir et favoriser le droit des enfants à prendre part davantage aux décisions les concernant.
3) Déployer tous les efforts possibles pour lutter contre la pauvreté et la corruption, et amoindrir leur impact négatif sur les enfants, notamment en réduisant les disparités économiques.
4) Promouvoir l'acquisition de compétences psychosociales, l'éducation dans le domaine de la santé et l'hygiène, ainsi que les programmes d'éducation et de participation, porteur d'un message de paix, de justice, d'excellence et de tolérance.
5) Je m'engage en outre à mettre en oeuvre les résolutions pertinentes des rencontres nationales et internationales qui ont trait aux enfants, et notamment la rencontre du Caire assortie de la position Commune Africaine, la rencontre de la NEPAD, ainsi que tous les engagements qui seront pris à l'issue de la présente session.
6) Le Gouvernement entend poursuivre et intensifier ses efforts, afin de s'intégrer davantage dans le concert des nations, pour que soit immortalisé le Mouvement Mondial en faveur des enfants. La lutte contre la pauvreté, la bonne gouvernance et la recherche des conditions d'un développement humain durable, restent nos préoccupations permanentes.
Je lance un appel à la communauté internationale pour:
- Accélérer l'application effective de l'initiative de réduction de la dette en faveur des pays pauvres très endettés, créneau susceptible d'aider mon pays â mieux s'assumer face aux programmes en faveur des enfants, notamment des services sociaux de base,
- Accorder à mon pays le bénéfice du traitement réservé aux pays, dits « post-conflit»,
- Enfin, créer les conditions de la consolidation de la paix en République Centrafricaine, sans laquelle toute action en faveur de l'enfant est d'office vouée à l'échec.
Je vous remercie