BURKINA FASO

Déclaration
par
M. Gilbert Ouedraogo
Ministre de l'action sociale et de la solidarité nationale

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 8 mai 2002

 
Monsieur le Président,
Excellences
Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,
Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs,
Chers enfants,

Me retrouvant dans cette prestigieuse enceinte, huit mois jour pour jour après les odieux attentats contre les Etats Unis, je voudrais, avant tout propos, et bien que mon pays l'ait déjà fait, réaffirmer notre condamnation du terrorisme sous toutes ses formes et réitérer le soutien du peuple du Burkina Faso au peuple américain.

Monsieur le Président,

Parmi les grands défis de ce nouveau siècle, celui de promouvoir une politique de progrès pour nos enfants apparaît le plus impérieux, tant il est évident que sur eux repose l'avenir de l'humanité.

De leur bien-être, de la conscience qu'ils auront du devoir et du sens des responsabilités dépendront en effet, la paix et l'équilibre du monde.

Voilà qui explique et justifie que tant d'éminentes personnalités et de hauts responsables aient répondu aujourd'hui à l'appel du Secrétaire Général des Nations Unies, afin de se pencher tous ensemble sur la délicate situation des enfants, une décennie après le Sommet Mondial de 1990.

Dix ans, c'est assez pour faire le bilan : mesurer les succès obtenus, s'interroger sur les échecs et, de ce constat, repartir sur des bases solides.

Face aux enjeux, à l'importance même des assises, le Burkina Faso qui a toujours placé l'enfant au centre de ses préoccupations ne pouvait être en reste; ce d'autant qu'en matière de lutte pour la promotion des droits de l'enfant, il a mis en oeuvre, dans le cadre des objectifs fixés par le sommet mondial, les mesures ci-après qui méritent d'être soulignées

-organisation des états généraux de l'enfance, à l'occasion de la célébration de la journée de l'enfant africain en juin 1991,
-adoption, en décembre 1991, d'un Plan d'Action National pour l'Enfance ;
-mise en place en 1992, d'un Comité National chargé à la fois du suivi et de l'évaluation du Plan d'Action National et du suivi de l'application de la convention relative aux droits de l'enfant ;
-création d'un. Secrétariat Permanent au sein de ce comité afin de rendre celui-ci plus opérationnel ;
-institution d'un parlement des enfants;
-création d'un Fonds National pour l'Enfance ;
-enfin, ratification par le Burkina Faso en 1997, de la convention de l'OIT sur l'âge minimum d'admission à l'emploi, et de la convention sur l'élimination des pires formes de travail des enfants, en 2001.
Toutefois, la concrétisation de ces mesures institutionnelles et structurelles, nécessitait une stratégie d'accompagnement. Si bien que des actions spécifiques ont été entreprises.

Ainsi, depuis 1992, des campagnes d'information, de formation et de sensibilisation sur les droits de l'enfant sont menées à tous les niveaux.

En matière de santé et de nutrition, l'institution de la journée nationale de vaccination a permis, depuis 1996, de réduire considérablement l'ampleur des épidémies de méningite qui frappent de manière récurrente les enfants de notre sous-région.

Cette année encore, nous venons d'en faire l'amère expérience.

En tout état de cause, la stratégie de Prise en charge intégrée des Maladies de l'Enfant, parviendra, j'en suis sûr, à améliorer efficacement la santé des enfants burkinabé dans les années à venir.

S'agissant du cas des orphelins du SIDA, un fonds national a été créé pour leur prise en charge effective.

Dans le domaine de l'éducation, les efforts du gouvernement ont permis d'améliorer le taux de scolarisation au primaire qui est passé de 33% en1991 à 40,5% en 1999.

Par ailleurs, une plus grande attention est accordée à l'éducation environnementale, dans le souci d'amener tous les enfants à adopter une attitude plus active et plus respectueuse de l'environnement.

Le sport, la culture et les loisirs, on le sait, contribuent à forger chez l'enfant, le goùt de l'effort et de la persévérance, une meilleure connaissance de son identité et de ses capacités et cultivent en lui l'éveil de la conscience. D'où l'ouverture de Centres de lecture et d'activités culturelles dans les principales villes du pays, l'aménagement de centres municipaux multimédias, de même que la création d'un parc national d'attraction pour les enfants.

Parallèlement, pour les enfants vivant dans des circonstances particulièrement difficiles, privés de liberté, des structures d'accueil sont en train d'être aménagées, telles que des quartiers pour mineurs, des cellules de garde à vue, des services sociaux dans les prisons du pays dont l'objectif est de créer de meilleures conditions de détention des enfants en conflit avec la loi.

Par ailleurs, pour lutter contre le travail des enfants qui prend de plus en plus la forme de trafic à des fins d'exploitation sexuelle et économique notamment, le gouvernement a mis en place des comités de vigilance dans les provinces ainsi qu'une commission interministérielle de lutte contre ce fléau.

Une structure d'encadrement, dénommée « Village d'Enfants SOS », a été érigée pour offrir aux enfants orphelins et en détresse, une famille, un foyer et une préparation solide à une vie entièrement autonome.

Monsieur le Président,

Si les initiatives que je viens d'énumérer sont incontestablement louables, les actions qui sont menées connaissent des limites tant au niveau de la mobilisation sociale et financière qu'au plan juridique où subsistent des insuffisances.

Et pourtant, les enfants âgés de 15 ans représentent 48% de la population et les moins de 18 ans 56% sur une population totale estimée à plus de dix millions d'habitants, en 1996.

Cette fluctuation est imputable à la persistance de la pauvreté et aux pesanteurs socioculturelles, à l'insuffisance des actions d'information, d'éducation et de communication, ainsi qu'à l'insuffisance de données désagrégées sur la situation des enfants, qui ne permet pas de disposer d'indicateurs précis pour des actions mieux ciblées.

Dans ces conditions, quelle devrait être notre action à l'avenir pour nos enfants au Burkina Faso ?

S'il est vrai que le contexte socio-économique et culturel de mon pays devient de plus en plus difficile, l'espoir est permis au regard des efforts déjà consentis et de la prise de conscience grandissante, sur la nécessité de promouvoir et de préserver les droits de l'enfant. En outre le soutien sans faille de nos partenaires au développement nous encourage à persévérer.

C'est pourquoi, nous envisageons d'organiser des concertations entre partenaires et de développer des initiatives impliquant les communautés à la base, à travers des stratégies appropriées et opérationnelles.

Cette implication des communautés de base passe nécessairement par une parfaite maîtrise du processus de décentralisation.

Quant à la participation des enfants eux-mêmes dans la mise en oeuvre de la Convention relative aux droits de l'enfant, un processus d'introduction des droits de l'enfant dans les programmes d'enseignement est en cours, depuis 1999. De surcroît, le Parlement des enfants va être renforcé pour une plus grande participation des enfants à la prise de décision.

II est en outre envisagé d'élaborer un texte global. De même, des actions devant permettre de créer des tribunaux pour enfants couvrant le territoire national et la spécialisation de juges pour enfants sont en cours.

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

En ratifiant les différents instruments juridiques relatifs aux droits de l'enfant et en élaborant un Plan d'Action National pour la concrétisation effective de ces droits, le Burkina Faso entendait témoigner par là, de son engagement total en faveur d'une réelle promotion de la condition de l'enfant.

Ce disant et pour conclure, je voudrais rendre un vibrant hommage à Monsieur le Secrétaire Général, Koffi Annan, et à l'ensemble de ses collaborateurs pour la parfaite organisation de cette rencontre, et pour l'occasion qu'ils donnent à la communauté internationale de se pencher une fois de plus sur un problème aussi brûlant.

Plus particulièrement, je voudrais féliciter et remercier l'UNICEF pour l'action hautement appréciable qu'elle mène dans nos pays en faveur des enfants.

Le souhait du Burkina Faso est que tous les Etats, sans exception, au terme de nos délibérations, adhérent aux décisions qui seront adoptées. Cela m'amène à rappeler la nécessité de tenir compte d'un pays comme la République de Chine à Taiwan dont l'expérience, l'esprit de solidarité et les capacités en matière de coopération peuvent énormément contribuer à l'avancée notable des droits de l'enfant.

Nous attendons beaucoup de cette session extraordinaire dont les résultats, nous en sommes persuadés, nous aideront à mieux conforter notre politique et notre action pour le bien-être de l'enfant.

Je vous remercie pour votre attention.