BENIN
 

Déclaration

par

S. E. Mathieu Kerekou
Président de la République du Bénin

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 10 mai 2002

Monsieur le Président de l'Assemblée Générale,
Monsieur le Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies,

Mes premiers mots du haut de cette tribune universelle, et devant cet aréopage d'éminents participants venus de tous les continents du monde entier, seront pour saluer chaleureusement l'heureuse initiative de Monsieur Kofi ANNAN, Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies (ONU), de marquer une pause pour faire le bilan exhaustif des onze (11) dernières années d'intenses activités entreprises sur le plan national et international au service de la survie, de la protection et du développement de l'Enfant.

Mon Pays, le Bénin, se réjouit de la tenue de la présente Session extraordinaire consacrée exclusivement aux enfants, et espère que de nos Assises sortiront des résultats concrets susceptibles de promouvoir un meilleur avenir de tous les enfants de nos Pays respectifs.

Chez nous, au Bénin, le problème des enfants occupe une place importante dans les préoccupations de l'Etat et dans la politique sociale du Programme d'action du Gouvernement.

Ainsi, plusieurs actions, bien connues de la Représentation de l'UNICEF au Bénin ont été initiées dans le sens de la mise en oeuvre méthodique d'un concept nouveau fondé sur les engagements pris par le Sommet mondial de septembre 1990 etqui valorise visiblement l'enfance et l'adolescence.

Toutes ces actions qui prennent appui sur des dispositifs institutionnels et qui impliquent une contribution de plus en plus accrue de l'Etat dans l'éducation et la santé des enfants visent essentiellement à :

 
- réduire les taux de mortalité infantile, juvénile et maternelle ;
- satisfaire les besoins fondamentaux et la promotion du rôle de la famille dans le bien-être et le développement de l'enfant;
- exonérer des droits d'écolage les jeunes filles dans les zones rurales, et créer à leur intention des foyers dans chaque département;
- promouvoir l'éducation de base des filles en milieu rural et urbain.


Dans ce cadre, une initiative dénommée « fille pour fille » a été conçue qui consiste à placer les jeunes filles sous l'encadrement des écolières plus âgées dans le milieu scolaire.

II convient de mentionner également le combat salutaire mené patiemment contre les mutilations sexuelles féminines, l'exploitation sexuelle et les pires formes de travail des enfants.

Grâce au concours des Organisations Non Gouvernementales (ONG) et des Institutions Internationales, les résultats obtenus dans ces domaines sont encourageants, mais ils demeurent insuffisants et limités, au regard de l'ampleur, de l'acuité et de la complexité des problèmes qui assaillissent les Pays les Moins Avancés (PMA).

Tous ces problèmes sociaux qui sont le corollaire du phénomène de la pauvreté trouvent pour la plupart leur origine et leur explication dans le poids écrasant de la dette, l'iniquité du système commercial international, et la baisse continue de l'aide publique au développement.

Face à ce tableau «clairsombre», il est évident que beaucoup reste à faire pour assurer aux enfants des Pays les Moins Avancés le minimum nécessaire pour une vie décente et épanouie.

- Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,

De nos jours, la communauté internationale s'accorde à reconnaître que la protection de l'enfant, la lutte contre le trafic interne et transfrontalier des enfants et la lutte pour la réduction de la pauvreté sont des grands défis à relever.

Qu'il vous souvienne que mon Pays a été grossièrement et cyniquement indexé il y a quelques mois, par une certaine presse internationale comme plaque tournante du phénomène ignoble de placement et de trafic d'enfants.

A ce sujet, le devoir d'honnêteté intellectuelle et morale nous fait obligation de replacer ici les choses dans leur vraie nature et dans leur véritable contexte. Comme tout le monde le sait, c'est une réalité que chez nous en Afrique, l'une des formes les plus anciennes et les plus courantes de l'entraide sociale et de l'esprit communautaire consiste dans la prise en charge d'enfants issus de milieux défavorisés par des familles jouissant de meilleures conditions de vie et de travail. Malheureusement, la dégradation accélérée de la situation socio-économique de notre continent et le mercantilisme frénétique de nombreux individus sans scrupules ont tôt fait de pervertir cette pratique jadis louable en un trafic inhumain des enfants.

La seule conclusion positive à retenir pour la communauté internationale, c'est que la lutte contre la pauvreté est et demeure la pierre angulaire de toute action noble visant à enrayer ce phénomène abject du trafic des enfants.

Telle est la détermination du Gouvernement béninois qui a engagé des actions hardies pour éradiquer ce fléau des temps modernes, par la création des Comités locaux de lutte contre le trafic des enfants avec la participation des populations, des 4NG et des Agences du système des Nations Unies, notamment l'UNICEF.

C'est le lieu et le moment d'exprimer la reconnaissance de mon Pays à tous nos partenaires qui s'impliquent et accompagnent nos efforts dans la lutte pour la protection du droit de l'enfant.

En développant les acquis des onze (11) dernières années, en continuant d'accorder la primauté aux besoins et aux droits de l'enfant, en atténuant les ravages provoqués par les maladies endémiques et la pandémie du VIH/SIDA, en mettant un terme aux manipulations machiavéliques des consciences juvéniles, je reste convaincu qu'ensemble nous pourrons gagner le pari d'assurer un meilleur devenir à nos enfants.

C'est avec une volonté politique forte et convergente de tous les Etats membres de la Communauté Internationale, et grâce à une action d'envergure se traduisant par une mobilisation effective des ressources consacrées aux enfants que nous devons relever les nombreux défis auxquels nos Peuples et nos Etats sont aujourd'hui confrontés.

Pleins succès à nos travaux Je vous remercie !