ALGERIA
 

Déclaration

par

M. Djamel OULD ABBES
Ministre de l'Action Sociale et de La Solidarité Nationale ,
Chef de la Délégation

à la Session Extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations-Unies consacrée aux Enfants

New York,
le 8 mai 2002



Monsieur le Président,

Voilà plus de dix ans, les dirigeants du monde adoptaient, à l'issue du premier Sommet consacré à l'enfant, une déclaration en faveur de la survie, de la protection et du développement de l'enfant et un plan d'action pour sa mise en oeuvre.

Aujourd'hui, nous devons procéder ensemble à une évaluation objective des actions réalisées au cours de la décennie écoulée. Cette évaluation devrait déboucher sur l'adoption d'une stratégie pour l'avenir, à même d'assurer à nos enfants la pleine jouissance de leurs droits fondamentaux.

Permettez moi de constater, d'emblée, que parallèlement aux avancées certaines, notamment, l'adhésion quasi universelle à la Convention relative aux droits de l'enfant, la baisse sensible de la mortalité infantile, l'amélioration en matière d'accès à l'éducation de base et les progrès enregistrés dans la lutte contre les maladies infantiles, nous devons reconnaître la persistance de nombreux défis à relever, particulièrement dans les pays en développement.

Monsieur le Président

C'est en Afrique où près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté, que la situation des enfants est fort préoccupante. Le taux de mortalité infantile reste des plus élevés. Le niveau de scolarisation demeure des plus bas. La couverture sanitaire est des plus faibles. Des millions d'orphelins des conflits armés et de la pandémie du SIDA souffrent dans leur être et dans leur chair. La situation des populations africaines interpelle nos consciences et appelle une action urgente globale et coordonnée.

A cet égard, la nouvelle initiative africaine pour le développement (NEPAD), entérinée par le dernier Sommet de l'OUA, peut servir de cadre général de cristallisation des mesures visant l'éradication des causes socio-économiques qui entravent l'épanouissement de l'enfant en Afrique. A l'instar de tous les enfants du Monde, l'enfant africain a droit de vivre dans la paix et la sécurité, libéré de la peur et de la faim et prémuni de l'incertitude des lendemains.

Si de tout temps, les enfants - de même que les femmes - ont été les victimes toutes désignées de la sauvagerie des hommes, comme c'est aujourd'hui le cas en Palestine occupée, qu'ils ont servi de butin de guerre et alimenté les marchés d'esclaves, jamais cependant ils n'ont été aussi systématiquement et de manière aussi éhontée, massacrés, violentés, violés, mutilés, exploités, déportés, dépossédés de leur innocence et dépouillés de leurs rêves d'enfants comme ils le sont en ce début de millénaire.

Comment en sommes nous arrivés là alors même que nous pensions avoir mis en place les mécanismes et les garde-fous nécessaires à la protection de nos enfants ?
La rupture des équilibres subtils sur lesquels s'étaient longtemps appuyées la famille et la société, les bouleversements des modes de vie et de pensée liés aux pressions sociales inhérentes à la compétitivité et aux impératifs de rendement ont entrainé l'émergence d'une nouvelle société humaine âpre au gain facile et d'où semblent bannies l'éthique et la morale. C'est ainsi que des milliers d'enfants sont victimes des réseaux criminels, livrés à la délinquance et à la prostitution ou exploités sans scrupules.

Monsieur le Président,

La pauvreté, qui a déjà été fort justement, qualifiée " d'ennemi commun de l'humanité ", fait le lit des atteintes aux droits de l'enfant et ne cesse d'étendre son aire de privations et de frustrations, menaçant certains acquis obtenus au prix de lourds sacrifices. A cet égard, la globalisation rend encore plus complexe l'équation entre un développement soutenu et durable et la mobilisation des ressources financières nécessaires pour améliorer la condition sociale.

II est incontestable que la baisse drastique de l'aide publique au développement, le lourd fardeau de la dette extérieure ainsi que l'impact négatif des programmes d'ajustement structurel sur les services sociaux de base ont une répercussion directe sur la qualité de vie des populations et en particulier des enfants.

C'est pourquoi, le renouvellement de notre engagement politique en faveur des enfants est nécessaire. Cette volonté politique est essentielle à une démarche collective inspirée et à une action décidée. Mais plus que cet engagement, I'amélioration de la situation des enfants est tributaire d'une nouvelle dynamique de la coopération internationale.

Au nom de mon pays, j'entends, ici et maintenant, insister en particulier sur l'impérieux besoin d'idées novatrices pour réunir les conditions suffisantes pour une concrétisation des politiques et stratégies destinées à l'enfance. A cet effet, outre le concours effectif des traditionnelles sources de financement, il y a lieu d'encourager les initiatives d'autres partenaires tels le secteur privé et les Organisations Non Gouvernementales et les alliances entre les secteurs public, privé et la société civile.

C'est que les objectifs majeurs que nous nous sommes assignés lors du Sommet de l'enfant demeurent plus que jamais à l'ordre du jour.

L'accès égal à l'éducation de base, la garantie d'un statut nutritionnel adéquat, l'assurance d'une protection sanitaire ainsi que la préservation de l'environnement constituent une somme de défis qu'il faut relever pour permettre aux enfants d'accéder à un épanouissement physique, mental, affectif et social. Nous devons également veiller à les protéger contre la violence, les abus, l'exploitation, la discrimination, et surtout à les mettre à l'abri des horreurs de la guerre pour leur offrir un monde de paix et de sécurité.

Monsieur le Président,

En Algérie, les enfants qui représentent plus de la moitié de la population, constituent une préoccupation majeure et permanente de l'Etat. L'Algérie a consenti des moyens considérables et a déployé des efforts gigantesques pour promouvoir les droits fondamentaux des enfants à travers l'adoption de mesures législatives, réglementaires, administratives et sociales visant la mise en oeuvre de programmes et plans d'action intersectoriels coordonnés et intégrés.

Le programme national d'action adopté au lendemain du Sommet de l'enfant a visé, en particulier, la réduction de la mortalité maternelle et infantile, l'amélioration du statut nutritionnel de l'enfant et des femmes enceintes ou allaitantes, la promotion de l'accès universel à l'éducation de base, et à l'assistance aux enfants vivant dans des conditions difficiles.

En dépit des résultats probants que nous avons enregistrés dans différents domaines, notamment en matière de mortalité infantile et d'accès à l'éducation, nous entendons intensifier nos efforts, en nous appuyant sur les différentes structures publiques, mais également sur les associations non gouvernementales algériennes dont je voudrais saluer ici le dévouement à la cause de l'enfant, pour répondre aux besoins et aux attentes légitimes des enfants algériens.

Je voudrais rappeler qu'au lendemain de l'indépendance, 94,6% de la population algérienne étaient analphabète et que la couverture sanitaire était dérisoire. Aujourd'hui, les indicateurs en matière de santé et de l'éducation se sont nettement améliorés. A titre d'exemple, le taux de natalité est passé de 50,1 pour mille, en 1970, à 22,47 pour mille en 1997. Le taux de croissance démographique se situe, aujourd'hui, à 1,46 % ce qui place désormais notre pays parmi ceux dits de transition démographique.

Depuis trois ans, le Gouvernement, a adopté un train de mesures sociales pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion, et dont la cible est l'enfant.
Parmi ces mesures, je citerai : l'allocation scolaire destinée à aider les familles démunies à répondre aux exigences de la rentrée des classes, la réintroduction de la cantine scolaire pour garantir les minima nutritionnels, et le transport scolaire gratuit dans les zones rurales enclavées ou difficile d'accès.

Monsieur le Président,

Les enfants sont notre bien le plus précieux, ils symbolisent notre pérennité comme ils sacralisent notre existence. Ils portent aussi les germes de l'espoir d'un monde plus équitable et plus juste, empreint de paix et de tolérance, de compréhension mutuelle et de solidarité effective.

Ensemble, nous avons la responsabilité historique de restructurer l'action internationale autour de développement en conciliant les remarquables progrès de l'humanité, notamment scientifiques et technologiques avec l'impérieuse nécessité de résoudre la lancinante question de la pauvreté pour une meilleure prise en charge des problèmes que rencontrent les enfants en tant que composante la plus vulnérable de la société.

Ensemble, nous nous devons de réagir à temps et faire en sorte que la pauvreté et la misère ne soient pas une fatalité pour les générations futures. Ensemble nous nous devons d'agir afin de léguer à nos enfants un monde qui soit, comme nous le proclamerons dans notre Déclaration finale, effectivement digne d'eux.

Je vous remercie