Déclaration
De
Mme Ruth Dreifuss
Cheffe de la délégation suisse Conseillère
fédérale, Ministre de la santé, des affaires sociales,
de l'éducation, de la science et de la culture
VINGT-SIXIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE CONSACRÉE AU VIH/SIDA
New York
le 25 juin 2001
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs,
L'ensemble des nations du monde sont réunies ici à New York non seulement pour discuter des problèmes liés au VIH/sida mais encore pour décider d'actions concrètes destinées à lutter contre cette pandémie.
Pour le gouvernement suisse, la lutte contre le VIH/sida commence en premier lieu par une bonne coordination au niveau national permettant au gouvernement de collaborer avec les autres acteurs de la société, notamment les organisations internationales, les ONG, le secteur économique et celui de la recherche, ainsi que les personnes vivant avec le VIH/sida et leur famille.
Par ailleurs, tout programme efficace de lutte contre le VIH/sida doit être doté de moyens financiers suffisants et à long terme et avoir pour axe principal la prévention, afin d'empêcher le plus possible les nouvelles infections. La prévention est d'autant plus importante qu'il n'existe actuellement pas de médicaments permettant de guérir cette maladie. Ces stratégies de prévention doivent mettre l'accent sur les groupes et personnes vulnérables, notamment les jeunes et tout spécialement les jeunes filles, les personnes s'injectant des drogues, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les migrants, les personnes travaillant dans le milieu de la prostitution. Il nous faut reconnaître le rôle prépondérant d'une société civile qui se prend en charge, « fully empowered » comme on le dit parfois, en particulier pour la prévention et les soins, mais aussi pour aider les programmes à mieux assurer le suivi de leurs activités. Il est aussi très important à nos yeux que les actions de lutte contre le VIH/sida reposent clairement sur les principes de l'interdiction des discriminations et du respect des droits humains.
L'une des conséquences les plus tragiques du VIH/sida est certainement d'avoir rendu des millions d'enfants orphelins de père et / ou de mère. Beaucoup de ces orphelins sont en outre infectés par le VIH/sida. Il est dès lors impératif d'utiliser une partie des moyens financiers supplémentaires pour aider ces orphelins. Il faut assurer à ces enfants la pleine jouissance de leurs droits fondamentaux et leur éviter la stigmatisation.
Les soins, les traitements et le soutien constituent à côté de la prévention des éléments inséparables d'une réaction efficace. L'accès aux médicaments doit être rendu possible également pour les personnes vivant avec le VIH/sida dans les pays pauvres. Nous devons persévérer dans nos efforts visant à diminuer le coût des médicaments. Il ne faut par ailleurs ni minimiser les problèmes de résistance qui pourront se développer en cas de prises de médicaments incorrectes, ni se cacher derrière cette crainte pour justifier l'inaction. La prise en charge d'un grand nombre de personnes affectées par la maladie nécessite un renforcement des systèmes de santé dans beaucoup de pays en développement. Aussi, la Suisse soutient-elle l'octroi de moyens financiers supplémentaires en appui à des programmes multisectoriels et horizontaux et non pas seulement à des projets spécifiques qui, trop souvent, manquent de durabilité. Il s'agit de saisir cette occasion d'améliorer l'ensemble de l'infrastructure sanitaire des pays concernés. Parmi les projets spécifiques, des efforts prioritaires doivent être mis en oeuvre pour empêcher la transmission du virus de la mère à l'enfant, ce d'autant plus que les traitements sont relativement simples et applicables à grande échelle.
Finalement, nous devons accroître nos efforts de recherche et de développement d'un vaccin contre le VIH/sida, de microbicides et de médicaments destinés à lutter contre les diverses maladies opportunistes liées au VIH/sida, notamment la tuberculose.
Les pays pauvres auront besoin d'un accroissement considérable des ressources destinées à la lutte contre le fléau du VIH/sida. Les ressources supplémentaires devront provenir des budgets nationaux, de fonds internationaux et de fonds privés.
Pour répondre à l'urgence, le gouvernement suisse a d'ores et déjà décidé de pratiquement doubler sa contribution multilatérale destinée au VIH/sida en 2001, portant sa contribution à ONUSIDA à 4 millions de francs suisses. Il a également été décidé que cette enveloppe multilatérale pour le VIH/sida serait doublée à nouveau en 2002. Par cet effort financier accru, la Suisse manifeste sa volonté d'être solidaire et démontre qu'elle accorde une très haute importance à la lutte contre le VIH/sida. Nous sommes par ailleurs convaincus que notre engagement doit être soutenu à long voire très long terme.
Dans cette perspective, la Suisse tient à féliciter les Nations Unies pour la promotion de l'idée d'un « Fonds mondial pour le sida et la santé ». On peut attendre de ce Fonds qu'il assure la durabilité des efforts de la communauté internationale et qu'il mobilise des ressources véritablement additionnelles.
En vue d'un accroissement à long terme de l'effort financier de la Suisse destiné à la lutte contre le VIH/sida dans les pays en développement, de nouvelles voies de financement seront examinées, notamment en faveur du Fonds mondial précité.
Je vous remercie de votre attention.