SENEGAL
 

INTERVENTION

DE

S.E. MAITRE ABDOULAYE WADE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU SENEGAL

DEVANT LA 26ème SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES CONSACREE AU VIH/SIDA

New York, le 25 juin 2001



Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Monsieur le Président de l'Assemblée Générale,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation,
 

Monsieur le Président,

En se réunissant pour trois jours consécutifs et au plus haut niveau possible pour débattre de la question du VIH/SIDA,.l'Assemblée générale des Nations Unies traduit bien les préoccupations de la Communauté internationale quant à la gravité persistante de ce fléau, véritable menace de portée mondiale, qui exige de ce fait, une action globale et concertée pour apporter la réponse qui sied à la dimension du mal.

Au-delà de la diversité des situations, il faut reconnaître qu'aucun pays au monde n'est aujourd'hui épargné par cette terrible maladie dont les ravages touchent beaucoup plus les femmes et les jeunes au plus bel age, dérègle les structures familiales et communautaires et affecte gravement des secteurs entiers de l'économie.

Le temps des constats est donc révolu. Il nous faut agir d'urgence et à tous les échelons de la société pour arrêter la spirale destructrice du SIDA.

Agir contre le SIDA, c'est d'abord en parler et rompre définitivement la conspiration du silence; c'est ensuite briser les tabous et vaincre les préjugés qui entourent le mal et les malades; c'est enfin informer, sensibiliser, éduquer et prendre en charge le patient au plan thérapeuthique, psychologique et social, en évitant sa marginalisation.

En Afrique, la pandémie du VIH/SIDA a créé une situation d'exception reconnue comme telle au Sommet de l'Organisation de l'Unité Africaine sur le VIH/SIDA, la tuberculose et les autres maladies infectieuses connexes, tenu à Abuja, au Nigéria, en avril dernier.

Je voudrais notamment rappeler ici l'engagement pris à Abuja de consacrer 15% de nos budgets nationaux à la sauté et en priorité à la lutte contre le SIDA.

Monsieur le Président,

Au Sénégal, nous aeons, dès l'apparition des premiers cas en 1986, pris les mesures .idoines pour faire face à la situation par la création d'un Comité national de lutte contre le SIDA, le renforcement de la politique transfusionnelle avec le dépistage systématique des dons de sang et la mise en vente à des prix subventionnés par l'Etat, de tests commerciaux de, dépistage du SIDA.

A cela s'ajoute une politique hardie d'information, d'éducation et de sensibilisation menée de concert par les pouvoirs publics, les ONG, les leaders d'opinion y compris les guides religieux qui, par le serrnon et la prêche, apportent la touche spirituelle et morale indispensable à la croisade contre le mal.

Ces actions, combinées à bien d'autres, out permis au Sénégal de maintenir le taux de prévalence à moms de 2% de sa population.

Du reste, des instances internationales faisant autorité, à l'instar du Programme ONUSIDA, out reconnu et apprécié le succès du Sénégal dans ses efforts d'endiguer la maladie.

C'est dire que la corrélation entre le sous-développement et la propagation du SIDA nest pas toujours fondée.

Le Sénégal est en tout cas disposé à paxtager son expérience et l'expertise de ses chercheurs et autres personnel ressources comme contribution à la synergie de nos efforts communs et solidaires contre le péril du VIH/SIDA.

Monsieur le Président,

Si en l'absence d'un vaccin, la prévention reste encore le rempart le plus sûr contre la maladie du SIDA, on ne peut passer sous silence la problématique de l'accès aux soins aujourd'hui disponibles.

Le coût exhorbitant des médicaments, suivant la logique exclusive du profit, est, il faut l'admettre, simplement immoral et inacceptable en ce sens qu'il porte atteinte au droit sacré et fondamental de l'homme à la vie.

L'efficacité d'un traitement médical n'a de signification positive et de portée réelle que si ce traitement est accessible au plus grand nombre de patients.

Voilà pourquoi, grâce à un dialogue ouvert et constructif avec ses partenaires, mon Gouvernement est parvenu à un accord faisant baisser de manière substantielle le coût du traitement contre le SIDA.

Dans le même élan, le Sénégal procèdera dès l'année prochaine aux premiers essais d'un vaccin préventif contre le SIDA.

La réunion internationale sur l'accès aux soins des personnes atteintes du SIDA que le Sénégal organisera les 30 novembre et 1 er décembre prochains s'inscrit également dans cette double approche préventive et curative contre la maladie.

Je voudrais exprimer ici mes sincères remerciements au Gouvernement français pour son soutien et convier tons les partenaires, à prendre part à cette rencontre dans un esprit de partenariat dynamique pour forger un nouveau consensus conciliant les intérêts des uns et le droit légitime à la vie des autres.

C'est le lieu de rendre un hommage appuyé au Secrétaire général Kofi ANNAN pour la constance de son dévouement dans la lutte contre le SIDA. Je sais que tout rëcemment, joignant le geste à la parole, il a versé une contribution personnelle au Fonds Mondial créé à cet effet.
 

Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Au moment où nous tenons ces assises, des millions d'hommes et de femmes vivant avec le SIDA à travers le monde sont envahis par la souffrance physique et morale, tiraillés entre la hantise dune mort programmée et l'espoir d'une survie incertaine.

Ces hommes et ces femmes, Mesdames et Messieurs, ne sauraient se satisfaire de déclarations d'intention. Seules des mesures urgentes et concrètes soutenues par une mobilisation de moyens conséquents, pourraient entretenir la lueur d'espoir dans notre combat commun contre ce mal qui, indifférent  aux frontières et aux barrières sociales, nous interpelle tous, riches ou pauvres.

La Communauté internationale a relevé d'autres défis. Elle á aujourd'hui les ressources nécessaires pour venir à bout de la pandémie du SIDA. Le reste est une question de volonté politique; c'est le rôle qui nous revient ici et sur lequel l'histoire nous jugera.

Alors, faisons ensemble pour qu'au delà des convenances diplomatiques, cette 26ème session extraordinaire de l'Assemblée générale soit immédiatement suivie d'actes concrets et décisifs pour la sauvegarde des générations présentes et futures.

Le temps d'agir, c'est maintenant. Demain il sera trop tard.

Je vous remercie.