Mali
 

DISCOURS

DE

SON EXCELLENCE MONSIEUR ALPHA OUMAR KONARE
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A LA SESSION

EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLÉE GENERALE DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES CONSACRÉE AU VIH/SIDA

( New York le 25 juin 2001 )








Excellences Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement,
Monsieur Le Secrétaire Général des Nations Unies, Honorables Invités,
Mesdames, Messieurs,

Aujourd'hui, dans notre maison commune, il s'agit de faire partager aux peuples et aux nations un grand dessein. L'ONU, en effet se réunit comme conscience agissante de la communauté internationale pour donner une impulsion décisive à la lutte entreprise depuis près d'un quart de siècle contre une maladie qui suscite les plus grandes interrogations et inquiétudes quant à l'avenir du continent africain. Ces instants doivent être cependant des moments intenses d'amour, de partage, de confiance et non de peur ou de repli sur soi ou de spectacle.

J'aimerais vous faire part d'une conviction profonde L'avenir de l'Afrique commande la paix , la sécurité et la stabilité internationales.

II n'y a pas de futur de l'humanité conçu sans l'Afrique ou même en dehors d elle. Cela est singulièrement attesté par le cas qui nous occupe aujourd'hui.

J'ajoute aussi qu'il n'y a pas de lutte contre le SIDA qui ne s'appuie précisément et principalement sur l'Afrique, sur son expérience douloureuse, mais combien instructive, sur sa volonté lucide et sa détermination à endiguer le fléau.

Face à la grave menace qui plane, il est indispensable d'avoir un regard critique sur les actions passées, procéder à une analyse réaliste dans une acception plus globale, en abandonnant le sentiment d'impuissance lié à l'ampleur des difficultés et en prenant en compte l'environnement particulièrement défavorable dans lequel évolue le SIDA.

C'est la raison pour laquelle je situe cette rencontre comme celle de la responsabilité et celle de l'espoir. Responsabilité, car elle atteste de la vitalité d'une communauté internationale, assumant pleinement ses devoirs à l'égard de ses composantes défavorisées.

Rencontre de l'espoir, aussi ai je dit, car, nous aurons donné écho à la revendication de solidarité de millions de malades pour lesquels l'avenir ne peut s'inscrire qu'au présent.

Rencontre inspirée par une éthique, celle du respect de l'Homme, celle de la confiance en l'Homme.

Excellences,
Mesdames et messieurs,

Au moment où nous nous apprêtons à ouvrir la session extraordinaire, je voudrais évoquer le souvenir de NKOSI JOHNSON, rappelé à Dieu le ter juin, cet éveilleur de conscience, symbole de notre tragédie, mais également comme l'a dit Nelson MANDELA «icône de la lutte pour la vie».

Pour les pessimistes, le décor de l'apocalypse africain est fatalement tracé, résignés qu'ils sont à voir le continent emporté par ses difficultés et l'holocauste dévastateur.

C'est le rôle et la vocation de l'ONU d'indiquer aujourd'hui la voie, d'inspirer les efforts nécessaires, de faire converger les moyens de la lutte et les coordonner avec les Etats concernés, avec leur pleine participation, c'est à dire leur responsabilisation.

Aujourd'hui l'universalité du défi implique que tout citoyen de la planète se sente concerné et interpellé par la pandémie du SIDA.

L'Afrique et le monde attendent donc légitimement beaucoup de cette session.

Excellence,
Mesdames et Messieurs,

II nous faut saluer la victoire incontestable, remportée en Afrique du sud par les combattants de la lutte contre le SIDA.

L'intérêt général universel oblige, en effet, à refuser l'imposition d'un système au bénéfice exclusif des seules puissances d'argent.

Nous devons dans ce domaine particulier comme dans toute question qui met en cause la survie de l'humanité faire progresser le droit et la jurisprudence internationale en adoptant la notion de « bien public global » pour les biens indispensables à la survie du genre humain.
 

Excellences,
Mesdames et messieurs,

Aujourd'hui, plus de trente six millions (36 000 000) de personnes sont contaminées par le VIH dans le monde, et 90% d'entre elles vivent dans les pays en voie de développement. L'épidémie fait des ravages particulièrement catastrophiques en Afrique Subsaharienne, une région où vivent 12 % de la population mondiale et 70 % de toutes les personnes séropositives.

Dans cette partie du continent, l'épidémie et ses effets dévastateurs sont à l'origine du nombre sans précédent de cas en terme de morbidité, de mortalité avec un fardeau social et économique inacceptable, de réduction de l'espérance de vie, de diminution importante de revenu national au cours des dix prochaines années.
 

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

L'Afrique est donc en situation d'urgence absolue.

Plus que jamais la conscience universelle est interpellée par cette épidémie dont la trip
tyque tragique SIDA-PALUTUBERCULOSE décime les forces vitales du continent.

Le SIDA est une maladie de la pauvreté, s'accroissant dans et par la pauvreté. S'il se développe d'une façon aussi fulgurante en Afrique, c'est parce qu'il y'a un terreau africain particulièrement favorable à son développement plus que partout ailleurs.

II est favorisé par la pauvreté, les guerres et les conflits armés avec leur corollaire de réfugiés.

II est indéniable que ces zones de conflit font le lit d'importants fléaux comme la famine et le manque d'accès à des services sociaux de base comme l'accès à l'eau potable, les soins de santé, l'éducation; l'augmentation des cas de viols et la recrudescence de la transmission du VIH. L'engagement à lutter contre le SIDA commande l'exigence morale de mettre fin aux conflits.
 

Excellences,
Mesdames et messieurs,

L'épidémie a atteint un niveau insupportable pour notre Continent. Elle constitue une menace grave pour son développement économique et social. C'est la raison pour laquelle, les chefs d'Etats africains réunis en spéciale à Abuja ont réaffirmé solennellement leur engagement à combattre le fléau par tous les moyens.

Abuja est une étape importante et significative de notre action, significative en ce sens que pour la première fois, nous abordons le SIDA dans sa problématique globale, en consacrant le lien scientifique indissociable entre sida, sous développement et pauvreté.

Mais, l'engagement de l'Afrique au plus haut niveau dans le combat contre le VIH/SIDA est fort ancien.

Déjà au cours des réunions de l'OUA à Dakar en 1992, celle de Tunis en 1993, d'Addis-Abeba et du Caire en 1999 et enfin celle d'Alger en 1999 des décisions importantes ont été prises pour faire face à cette redoutable épidémie.

Au Mali, depuis la mise en place de nos différents Programmes Nationaux de Lutte contre le SIDA beaucoup d'efforts ont été entrepris pour endiguer l'épidémie. Toutes les composantes nationales ont été lentement mais progressivement engagées.

Ensemble le Gouvernement et la société civile jouent un rôle de premier plan dans la réponse locale à l'épidémie notamment à travers « l'initiative une ONG, un district sanitaire ».

Les associations de personnes vivant avec le VIH/SIDA contribuent actuellement de façon déterminante à briser le silence autour de l'épidémie. Elles contribuent en outre à la prise en charge des personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA.

L'Assemblée Nationale, à l'instar des autres Institutions de la République s'est également mobilisée, notamment en matière de plaidoyer et de mobilisation sociale.

Dans le domaine de la communication, les médias en particulier, les radios nationales, privées et communautaires ont largement contribué à la diffusion de l'information. « L'initiative synchro SIDA » qui consiste à mettre en réseau toutes les radios du pays autour de la thématique SIDA pendant tout le mois de décembre mérite d'être soulignée en raison de son originalité.

Les Imams et Ulémas, de même que les organisations confessionnelles chrétiennes ont apporté une contribution remarquable dans le cadre de la prévention et de la prise en charge des personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA. Les tradipraticiens dont le rôle est souvent occulté participent à la prévention et à la prise en charge des malades, en traitant les maladies opportunistes du SIDA.

Sous l'impulsion de nombreux leaders jeunes, des clubs anti SIDA ont vu le jour dans le
s établissements scolaires. II existe un réseau dense et dynamique de « pairs éducateurs jeunes » pour lutter contre le VIH/SIDA sur l'ensemble du territoire national. Aujourd'hui, le développement de l'approche « pairs éducateurs » est reconnu comme moyen efficace de communication entre jeunes pour lutter contre le SIDA.
 

Excellences, Mesdames, Messieurs,

L'action au plan sous régional mérite d'être soulignée. L'intégration de nos différents Programmes Nationaux de Lutte contre le VIH/SIDA permettra d'économiser des moyens et d'éviter des duplications inutiles en matière de rechercheaction.
 

Excellences,
Mesdames et messieurs,

S'il est indiscutable que le continent africain est aujourd'hui le plus touché, il faut reconnaître qu'il n'y a pas de sanctuaire étanche pour les nations riches. Aucun repli derrière des contreforts législatifs ne peut protéger les pays riches, car le sida est la maladie de la vie. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes de cette épidémie qui prend naissance aux fondements même de la vie.

En janvier 2000, les Nations Unies, à travers le Conseil de Sécurité, comprenant le caractère inéluctable d'un holocauste planétaire et la nécessité d'une action concertée urgente et décisive de la communauté internationale ont rappelé le caractère universel du combat contre le sida, désormais considéré comme une menace à la paix et à la sécurité internationales.

La situation de l'Afrique exige un engagement exceptionnel de la communauté internationale pour arrêter cette pandémie.

Nous souhaitons que Les Nations Unies s'impliquent pleinement pour qu'un système de production et de distribution efficace, fiable et sûr de médicaments en dénomination commune internationale soit mis en place pour l'accès de tous aux soins.

Nous souhaitons vivement que l'ONU participe et soutienne la recherche africaine afin que dans les meilleurs délais un vaccin, seule réponse scientifique à la maladie soit trouvée.

La communauté mondiale doit tout mettre en oeuvre pour une mobilisation exceptionnelle de fonds au plan national et international pour lutter contre l'épidémie.

La présente Session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies doit lier la parole à l'acte, se donner les moyens d'une croisade contre le VIH/SIDA à l`échelle mondiale.

En effet, l'engagement sans réserve des leaders mondiaux, au plus haut niveau, peut mobiliser les forces nécessaires pour combattre l'épidémie, en inverser le cours et finalement l'éradiquer.
Notre conviction, c'est qu'aucun Etat ne doit être livré à lui-même face au VIH/SIDA.

Si des pays ne sont pas éligibles à tel ou tel financement, il faut trouver des mesures exceptionnelles pour les aider à faire face. II faut dès maintenant déclarer «Une exception SIDA », constituer dès maintenant une coalition de partenaires nationaux et internationaux contre le SIDA.

Ce n'est que de cette façon que nous pourrons nous protéger pour préserver la société, contribuer à entretenir la vie et faire partager autour de nous les raisons de vivre et d'espérer.

C'est pour toutes ces raisons que nous soutenons l'initiative du Secrétaire Général des Nations-Unies de créer un « Fonds Mondial SIDA et santé » ; dont la gestion doit être rigoureuse, transparente mais sans procédures compliquées pour faciliter son accès aux terrains et aux personnes qui en ont besoin.

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». Le rôle des organisations sous-régionales, des personnes infectées ou affectées par le VIH/SIDA dans les prises de décision et les organes de gestion dudit fonds est primordial. Quant à la question des médicaments génériques, la communauté internationale doit assumer des responsabilités partagées entre les Nations Unies et les firmes internationales. Au-delà des aspects liés au profit, les firmes ont leur part éminente dans la lutte et nous devons éviter toute initiative de nature à retarder ou entraver la découverte d'un vaccin.

C'est pourquoi le Mali tout en se félicitant des résultats encourageants obtenus par certains pays en matière de réduction des coûts des médicaments lance un appel pour que des négociations avec les firmes pharmaceutiques soient entreprises par les autres afin que l'accès aux soins de qualité pour les maladies opportunistes du VIH/SIDA et en antirétroviraux soit une réalité partout en Afrique.

Nous demeurons convaincus que l'Afrique unie et assurée d'un partenariat renforcé de la communauté internationale vaincra le SIDA et tous les comportements négatifs nés du SIDA.
 

Excellences,
Mesdames et messieurs,

Notre problématique à la fin est des plus simples
Allons nous, pour le siècle nouveau, bâtir une civilisation de valeurs et de progrès, ressoudé autour de l'homme ou laisserons-nous détruire l'humanité par manque d'imagination et de volonté ? Par manque de solidarité ?

Notre choix est clair : Vivre et se battre ensemble pour vaincre le Fléau.

Tel est le défi auquel nous sommes condamnés à répondre au cours de cette session.
1e vous remercie de votre bienveillante attention.