INTERNATIONAL ORGANIZATION FOR MIGRATION



M. le Président, Excellences, mesdames et messieurs,

L'Organisation internationale pour les migrations estime qu'à l'heure où nous sommes réunis, il y a de par le monde environ 150 millions de personnes qui sont des migrants.  Chaque année, entre 2 et 4 millions de personnes émigrent de manière définitive.  Plus de 15 millions de personnes sont des réfugiés ou des demandeurs d'asile qui ont fui les guerres ou les situations de non-respect des droits de l'homme.

Les raisons qui poussent les populations à émigrer sont nombreuses.  Au cours de la seule année 2000, on a pu constater que près de 7 millions de personnes originaires de 24 pays différents avaient dû quitter leurs foyers pour échapper aux conflits, à la violence sociale, à la répression et aux persécutions.  Pendant ce temps, d'autres personnes effectuent des déplacements dans une perspective nettement plus réjouissante, par exemple pour rejoindre des membres de leur famille.  D'autres encore partent en quête d'une vie meilleure.  C'est une chose triste à dire, mais chacune de ces motivations peut être assortie de facteurs susceptibles de rendre les migrants plus vulnérables face au VIH.

Prenons l'exemple des personnes qui émigrent en quête d'un emploi : lorsqu'ils obtiennent un emploi, les travailleurs immigrés se trouvent fréquemment cantonnés à des besognes dont personne d'autre n'a voulu.  Ce sont souvent des jeunes, loin de leur famille et isolés au sein de la communauté dans laquelle ils vivent.  La solitude est rarement évoquée comme facteur de vulnérabilité face au VIH, mais il ne fait pas de doute que c'en est un pour les travailleurs migrants.  Un facteur de risque supplémentaire est la facilité qui leur est offerte de consommer de l'alcool et d'avoir des rapports sexuels avec des prostituées.  Les femmes encourent parfois un risque particulier, soit en qualité de travailleuses migrantes, soit en tant que partenaires de travailleurs migrants qui rentrent au pays infectés par le VIH.

Parmi ceux qui s'exilent en quête d'une vie meilleure, certains réalisent qu'ils se sont trompés : au bout du voyage, l'emploi qu'ils croyaient trouver n'est pas au rendez-vous.  Ceux-là sont plus isolés encore.  Ils vivent en marge de la société.  Les solutions qui leur restent pour subvenir à leurs besoins, telles que le commerce de leurs charmes, les exposent à un risque élevé de contamination par le VIH.

Ces dernières années, le monde a pris conscience de l'ampleur prise par la traite des êtres humains.  Le fait d'avoir été enrôlé dans des réseaux de prostitution par des trafiquants est sans doute, entre tous, l'un des facteurs de vulnérabilité les plus conséquents face au VIH.  En effet, les jeunes des deux sexes que les trafiquants ont condamnés à la prostitution n'ont guère le moyen de contrôler quoi que ce soit, pas même celui de décider d'utiliser ou non des préservatifs.

Il y a beaucoup de moyens d'action possibles pour atténuer la vulnérabilité des migrants et des personnes mobiles face au VIH.  Les gouvernements, les organisations non gouvernementales, et aussi des groupes de migrants dans pratiquement chaque pays, s'efforcent de réduire les risques de contamination et de favoriser l'accès des populations mobiles aux soins et aux structures d'aide.

Pour citer quelques exemples pris dans les projets de l'OIM, en Afrique du Sud, nous utilisons les tournois de football pour sensibiliser les migrants.  Les manifestations sportives favorisent les rassemblements et elles peuvent constituer un vecteur utile pour la transmission des messages de prévention du SIDA à l'adresse des personnes se trouvant en situation irrégulière dans un pays.  La première d'une série de matchs de football a donc eu lieu en avril.  Chaque spectateur s'est vu remettre un dépliant et a pu entendre les communications qui ont été faites à cette occasion.  Des préservatifs et des tee-shirts ont été distribués.  Mais les préparatifs qui ont précédé ces rencontres sportives revêtent une importance plus grande encore.  Les agents mandatés pour cette campagne de sensibilisation au VIH/SIDA ont d'abord eu de longs entretiens avec les équipes en présence.  Les idées fausses sur les habitudes sexuelles des habitants d'autres pays ont été débattues et un certain nombre de malentendus sur le VIH et le SIDA ont été dissipés. Les premiers joueurs ayant assisté à ces débats reçoivent en ce moment une formation devant leur permettre d'éduquer eux-mêmes leurs pairs, et beaucoup d'autres encore recevront une formation semblable au cours des prochains mois.  Mais ce qui importe plus encore à long terme, c'est que des liens ont désormais été noués entre les clubs, une ONG active dans la lutte contre le VIH/SIDA et les dirigeants des communautés de migrants.

Un autre exemple à citer est celui du Nigeria.  Dans ce pays, l'OIM s'efforce de mettre au point des moyens et des messages appropriés pour sensibiliser les femmes et les fillettes courant le risque d'être emmenées en Europe par des trafiquants qui les forceront à se prostituer.  Le principal objectif est de prévenir la traite par un effort d'information et de venir en aide aux victimes de la traite, mais le projet dont il est question met aussi l'accent sur la problématique VIH/SIDA.  Un autre projet encore - celui-ci en Ethiopie - vise les personnes qui sont en déplacement.  L'OIM collabore avec des partenaires nationaux et des ONG pour mettre sur pied des unités mobiles dans des zones à risque le long des grands axes routiers de transit. Ces unités informent les populations mobiles et les résidents locaux et assurent à leur intention des services de conseil et de dépistage du VIH et des autres maladies sexuellement transmissibles.

Les projets nationaux sont importants, mais ils sont manifestement insuffisants.  Puisque les gens franchissent des frontières, il faut de même déployer des efforts par-delà les frontières pour les sensibiliser à la prévention du VIH/SIDA et leur donner accès aux soins.  Plusieurs initiatives régionales ont été mises sur pied à l'intention des populations mobiles, notamment en Afrique de l'Ouest et en Asie du Sud-Est.  Il faut qu'elles fassent école.  Récemment, l'OIM a favorisé des rencontres entre fonctionnaires dans les Caraïbes et dans les Balkans, le but étant de débattre des besoins des migrants et des populations mobiles de ces régions face au SIDA.

Les besoins dans ce domaine sont immenses.  Il s'agit notamment de recueillir une masse d'informations plus consistante afin d'aider les planificateurs et les décideurs à plaider pour l'adoption de programmes d'action.  Il s'agit aussi de former des personnes susceptibles de mettre sur pied de tels programmes et qui ne disposent pas aujourd'hui du savoir-faire requis.  Il s'agit enfin de créer des centres régionaux spécialisés afin que les connaissances qui auront été acquises puissent être partagées.  La santé publique, le savoir-faire et l'expérience doivent pouvoir voyager tout aussi facilement que font les gens.

Monsieur le Président, aujourd'hui, le problème du VIH/SIDA et de la mobilité des populations n'est pas un problème national, et pas davantage un problème régional.  C'est un problème d'envergure mondiale.  C'est pourquoi, l'OIM se réjouit de la création d'un Fonds global pour combattre le VIH/SIDA.  Et c'est aussi pourquoi nous croyons fermement que tout fonds de ce genre devrait prendre en compte la vulnérabilité particulière des migrants face au VIH, et prévoir spécifiquement de les prendre en compte.

Mesdames et Messieurs, beaucoup d'entre nous qui sommes ici réunis sont venus de loin.  Nous avons bien de la chance car nous pourrons rentrer à la maison où nous sommes attendus par nos familles.  Nous avons un travail.  Nous avons accès à l'information et aux services de santé.  Tous ceux qui sont amenés à se déplacer n'ont pas cette chance.

Merci, M. le Président.