DÉCLARATION
DU
CHEF DE LA DÉLÉGATION
HAÏTIENNE
MADAME MILDRED
ARISTIDE
SESSION EXTRAORDINAIRE
DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DES NATIONS-UNIES
New York
26 Juin 2001
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs,
Au nom du Président de la République d’Haïti, Son Excellence Monsieur Jean-Bertrand ARISTIDE, au nom du Gouvernement Haïtien et au nom du peuple haïtien, je voudrais profiter de cette opportunité pour féliciter le Secrétaire Général de l’ONU d’avoir convoqué cette Session Extraordinaire, en application de la résolution 55/13 de l’Assemblée Générale, afin d’examiner, sous tous ses aspects, le problème du VIH/SIDA et de susciter un engagement mondial pour lutter contre l’épidémie sur tous les fronts.
Une pandémie qui a déjà fait environ 21.8 millions de décès dont 17.5 millions d’adultes, 9 millions de femmes et 4.3 millions d’enfants de moins de 15 ans. La distribution spatiale de cette épidémie se superpose presqu’effroyablement à la géographie de la misère et de la pauvreté dans le monde.
Dans ce monde de PARADOXE, il est intéressant de noter que les pays pauvres particulièrement affectés par l’épidémie du SIDA, déploient des efforts importants de construction durable de la démocratie et d’épanouissement des libertés fondamentales malgré les difficultés politiques, entretenues parfois par des enjeux économiques et géopolitiques qui laissent très peu de place à la liberté et au développement de l’homme.
Monsieur le Président, à cet égard je voudrais
saisir cette occasion pour vous informer que la crise politique persistante
dans mon pays Haïti, est en voie d’être résolue avec
l’appui de l’Organisation des Etats Américains. La nouvelle compréhension
politique de la situation haïtienne devrait porter la communauté
internationale à soutenir les efforts du Gouvernement dans le renforcement
de la DEMOCRATIE, la lutte contre la PAUVRETE et la lutte contre le VIH/SIDA.
Ce trinome DEMOCRATIE - PAUVRETE - SIDA pourrait servir de repères
solides aux actions et aux interventions de l’Organisation des Nations-Unies
en vue de contrecarrer cette épidémie qui menace le développement,
a sécurité alimentaire et l’espérance de vie tout
en constituant un fardeau dévastateur pour l’ECONOMIE.
Haïti est l’un des pays de la région où l’épidémie est la plus généralisée. La prévalence est aujourd’hui située entre 4.5% et 6% à l’échelle nationale. Sur une population de 8.000.000 d’habitants, environ 260.000 personnes vivraient avec le VIH.
Le 7 mai dernier, le Ministère de la Santé Publique et de la Population a lancé officiellement le processus d’élaboration du Plan Stratégique National de lutte contre le VIH/SIDA pour la période 2002-2006. La participation du Président, du Premier Ministre et son gouvernement à cette activité de mobilisation nationale, témoigne de l’engagement du Gouvernement dans la lutte contre le VIH/SIDA en Haïti ; un engagement et une volonté politique inscrits dans un cadre de Partenariat avec le secteur privé impliqué dans la lutte contre le VIH/SIDA.
La politique sociale du Gouvernement axée sur l’investissement dans l’homme, met l’accent sur la réalisation de la croissance en synergie avec le développement humain. Cette politique sociale accorde, entre autres, une place de choix au droit à la santé qui s’harmonise bien avec la construction d’un cadre institutionnel où le Ministère de la Santé Publique et de la Population est appelé à mettre en œuvre sa politique de réorganisation du système national de santé et d’amélioration de ses performances à travers la décentralisation des responsabilités et services.
Les ressources du secteur santé sont insuffisantes alors que la plupart des financements destinés à appuyer les efforts de développement sont gelés depuis plusieurs années. Malgré ces difficultés, le Ministère de la Santé Publique et de la Population, en coopération avec les partenaires a mis en place un programme national de lutte contre le VIH/SIDA axé sur la prévention, la réduction des infections sexuellement transmissibles autres que le SIDA, la transmission mère-enfant, la sécurité transfusionnelle, la recherche vaccinale, la prise en charge des personnes infectées, etc..
L’Assistance assurée par les ONGs peut permettre de surmonter en partie les difficultés, mais le renforcement de la gouvernance étatique s’inscrit nécessairement dans la logique de la lutte contre la pauvreté, la régulation de l’exécution des programmes de santé en vue de faire reculer le VIH/SIDA.
Toutefois, il nous paraît difficile de faire reculer la pandémie si au-delà du secteur santé des moyens ne sont pas apportés à la réalisation des droits fondamentaux tels que le droit à l’Education, le droit à l’Information, le droit à la Justice, le droit à disposer d’une source de revenu pour assurer les besoins les plus élémentaires, le droit à des conditions de vie décentes, en fait le droit au développement. Le renforcement institutionnel permet de doter l’Etat de moyens nécessaires à la prise en compte de l’interaction entre tous ces facteurs et à assurer la cohésion des interventions des différents partenaires.
Pour conclure, je voudrais rappeler que le SIDA est partout dans le monde et la lutte contre le VIH/SIDA est le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face au début de cette période post-moderne du 21ème siècle. Dans cet ordre d’idée, je profite de l’occasion pour saluer l’initiative du Secrétaire Général de créer le fonds global de lutte contre le VIH/SIDA.
Les Chefs d’Etat et de Gouvernement, les Membres du Gouvernement, de
la Société Civile, y compris les ONGs et le Secteur Privé,
chaque jour nous devrions nous sentir interpelés par ce fléau
; et chaque jour, quand elle se présente, nous devons saisir l’occasion
de poser un geste de solidarité avec la lutte contre le VIH/SIDA
au plan mondial, régional, national, voire au plan individuel...
Un simple geste susceptible de faire reculer les discriminations et les
stigmatisations liées à cette pandémie. Me référant
à la devise de mon pays qui est « L’UNION FAIT LA FORCE
», je terminerai en rappelant ce slogan :
SIDA, ENSEMBLE NOUS VAINCRONS !
Merci
Mildred Aristide
Première Dame de la République