INTERVENTION
DE
S.E.M. SANGARE ABOU
MINISTRE D'ETAT,
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
DE LA RÉPUBLIQUE DE CÔTE D'IVOIRE
26EME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLEE GENERALE CONSACREE AU VIH/SIDA
New York, le 26 Juin 2001



Monsieur le Président de l'Assemblée Générale,
Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU,
Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Honorables délégué(e)s, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais, du haut de cette tribune de la présente Session extraordinaire de l'Assemblée Générale de l'ONU, m'acquitter d'une haute mission, celle d'adresser les amicales salutations du peuple de Côte d'Ivoire et de son Président, S.E.M. Laurent GBAGBO à S.E.M Harri HOLKERI, Président de la Session extraordinaire, à S.E.M Kofi Annan pour toutes les initiatives développées au service de la lutte contre le VIH/SIDA, aux distingués délégués.

La 26ème Session extraordi.aire doit garder présent à l'esprit cette pensée du Docteur Peter Piot , Directeur Exécutif d'ONUSIDA : "le temps ne joue pas en notre faveur, une réponse plus urgente et plus rigoureuse s'impose."

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Abordant immédiatement l'expérience de la Côte d'Ivoire dans le domaine de la lutte contre le VIH/SIDA, je viens respectueusement porter à votre aimable connaissance que les premiers cas dépistés en Côte d'Ivoire datent de 1985. A cette période, une équipe de travail est mise en place à l'Institut National de Santé Publique pour recueillir des données sur la nouvelle maladie.

En 1987 est prise la décision de créer un Bureau central de coordination. Un plan de lutte à court terme 1987-1988 est alors mis en place. Le Bureau de coordination devient un Programme national et un Plan à moyen terme est expérimenté.

- En 1992 se tient à l'Assemblée nationale les premières journées de lutte contre la maladie. Pour la première fois en Côte d'Ivoire la maladie a un visage avec les premiers témoignages des personnes vivant avec le VIH.

- En 1995, les missions du Programme sont élargies à la lutte contre les MST et la tuberculose. Le Programme national devient un Secrétariat exécutif.

- En 1997 se tient â Abidjan la CISMA qui est la Conférence Internationale sur le Sida et les MST en Afrique. Un Fonds de solidarité thérapeutique international est mis en place avec une dotation initiate de cinq cent millions (500.000 000) de F CFA, soft environ six cent soixante dix mine (670.000) dollars américains. Cependant, le coût prohibitif des Antirétroviraux (ARV) ne permet pas la prise en charge thérapeutique d'un grand nombre de malades.

Honorables délégué(e)s,
Mesdames et Messieurs,

La Côte d'Ivoire est aujourd'hui un pays à forte prévalence de l' infection à VIH:

. plus de 10% de séroprévalence ;
. plus d'un million (1.000 000) de personnel infectées sur une population de 15 millions d'habitants;
. 45% des tuberculeux sont séropositifs ;
. le sex-ratio qui était de quatre (04) hommes pour une femme est passé à un homme pour une femme ;
. il ya environ 600.000 orphelins du SIDA dont certains sont euxmêmes séropositifs ;
. un enseignant décéde chaque jour de SIDA.

Monsieur le Président,

Le tableau, comme je viens de le décrire, est sombre et alarmant. Cependant des avancées importantes ont été effectuées Bans la lutte contre le VIH/SIDA en Côte d'Ivoire dont, notamment
* la mise en place dune politique nationale de prise en charge des infections sexuellement transmissibles (IST) ;
* la réduction de la transmission mère-enfant ;
* la mise en place de l'Initiative d'Accès aux médicaments ;
* l'amélioration des connaissances et attitudes des populations ;
* l' implication des ONG, des Associations et de la société civile ;
* le début d'implication des autres ministères et du secteur privé ;
* la mise en place de structures décentralisées de lutte contre le VIH/SIDA.
* la création, le 24 janvier 2001, d'un ministère délégué auprès du Premier Ministre chargé de la lutte contre le SIDA et autres pandémies, vient marquer la volonté politique d'élever la lutte contre le VIH/SIDA au rang des priorités majeures.

Ce ministère, confié à une dame, se voit assigner deux (02) fonctions principales:

1°) d'abord, planifier, orienter, coordonner, suivre et évaluer les programmes d' intervention de lutte contre le VIH/SIDA en prenant en compte la dimension genre ;

2°) ensuite, mobilrser les ressources humaines, financières et techniques au profit de tous les secteurs. d'intervention sur toute l'étendue du territoire national.

Monsieur le Président,

Des pesanteurs socio-culturelles freinent la lutte contre le VIH/SIDA. Nous pouvons citer entre autres, le lévirat, le sororat, les marriages et rapports sexuels précoces, l'excision, etc...

Des facteurs exogènes réduisent également nos efforts pour l'éradication de cette pandémie. Ainsi, la mévente de nos principaux produits d' exportation et le fardeau de la dette accentuent la paupérisation de la population et empêchent l'État de consacrer des ressources plus importantes à la lutte contre le VIH/SIDA.

Honorables délégué(e)s,

Aujourd'hui la lutte contre le VIH/SIDA nest plus médicale. C'est un problème de société, de comportement, de développement et de survie de l'espèce humaine.

Face à ce fléau qui risque de faire enregistrer à l'Afrique et à la Côte d'Ivoire plus de décès que de naissances, devant l'urgence de la situation, je voudrais lancer un appel pressant:

. aux firmes et laboratoires pharmaceutiques, afro que les
médicaments soient accessibles à tous les malades ;
. à la communauté scientifique mondiale, aux consortiums et
conglomérats financiers pour solliciter leur appui technique et
financier afro qu' ils aident à réduire l' impact négatif du VIH/SIDA
sur le développement de nos pays ;
. aux décideurs politiques, pour une meilleure prise de conscience de
la pandémie, une meilleure transparence dans le traitement de celle
ci et un engagement renouvelé en faveur de la lutte contre le
VIH/SIDA ;
. à toute la communauté internationale afro qu'elle donne une riposte
appropriée et exceptionnelle à la lutte contre le VIH/SIDA.

Je vous remercie.