Déclaration
De
S.E. Monsieur Eddy BOUTMANS
Secrétaire d'État à la Coopération
au Développement
VINGT-SIXIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE CONSACRÉE AU VIH/SIDA
New York
le 25 juin 2001
Mesdames, Messieurs,
Avant toute chose, je veux, au nom de la Belgique, féliciter le Dr Peter Piot, Directeur de l'ONUSIDA, qui vient de recevoir le prix Nelson Mandela.
Introduction
L'épidémie du SIDA prend des proportions dramatiques. Les statistiques qui le démontrent sont innombrables et bien connues au sein de ce forum. Les conséquences humaines, sociales et économiques sont immenses. La contamination par le virus HIV et le SIDA engendre une problématique médicale et culturelle excessivement complexe, pour laquelle il n'existe pas de solutions simples. La pauvreté, au sens large du terme, est le moteur de l'épidémie. Le SIDA est clairement un problème lié au développement. J'apprécie le fait que le titre du Plan d'Action de la Commission européenne sur les maladies transmissibles, mentionne ce cadre de la lutte contre la pauvreté. Cela montre bien le choix qui est posé, et la prise de conscience de l'enjeu de cette épidémie. Comment s'imaginer que les jeunes dans les bidonvilles des métropoles changeront leurs comportements sexuels, grâce à une abondante information, si en même temps leurs perspectives ne leur donnent aucun espoir de mener une vie digne. La lutte contre la pauvreté et le développement durable constituent l'enjeu global dans lequel s'inscrit n'importe quel autre défi. Tous ceux qui connaissent le terrain confirmeront que le « business as usual » ne suffira pas. Nous devons entre autres être prêts à revoir les relations socioéconomiques internationales d'une manière fondamentale pour permettre aux pays les plus pauvres de sortir de l'impasse. Nous n'échapperons pas à la nécessité d'envisager, à un moment ou à un autre, la redistribution des ressources, même si cela implique des sacrifices.
La prise de conscience de la gravité de la situation de l'épidémie de sida s'est fortement amplifiée au cours de ces dernières années, aussi bien auprès des leaders des pays les plus affectés que de la communauté internationale. La lutte contre le sida est une priorité à l'agenda de nombreuses réunions politiques, comme celle de cette semaine. De nouvelles formes d'alliances et de coordinations apparaissent. Cette attention accrue vis-à-vis du problème est, en soi, positive et nécessaire. Il y a toutefois de grands risques de voir des sommes importantes libérées à destination de programmes verticaux de prestige, et à des priorités contestables.
Une politique globale
La situation actuelle de développement de l'épidémie et particulièrement l'impact des facteurs sociaux sur son extension implique des réponses et des stratégies multiples: à la fois des démarches de prévention d'action sur les comportements par le biais de l'éducation, d'intervention sur l'environnement social et politique et d'action thérapeutique.
Les déterminants éducatifs restent des leviers importants. Avançant dans la connaissance de l'épidémie, il s'agit d'en informer la population afin de lui donner les capacités de développer un comportement adéquat et de vivre avec l'épidémie. Outre une information spécifique, ce processus doit s'inscrire dans les dispositifs éducatifs et renforcer la lutte contre les inégalités sociales face à l'infection.
Les personnes atteintes par le VIH doivent pouvoir être associées aux dispositifs de prévention, notamment en étant impliquées dès la conception des campagnes de promotion et jusqu'à leur évaluation. La participation des populations concernées doit s'inscrire comme un critère de qualité des programmes: c'est à ce prix qu'ils répondront à leurs besoins, prendront en compte leurs contextes de vie et seront susceptibles d'entraîner leur adhésion.
Une attention particulière doit être apportée aux personnes les plus vulnérables: par exemple, les femmes, les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes, les migrants sans statut, les prostituées, les personnes victimes d'exclusion sociale, les usagers de drogues par voie intraveineuse, les détenus, les enfants et les jeunes séropositifs et les femmes séropositives désireuses d'avoir un enfant. Puissions nous rendre hommage aux personnes qui se sont exprimés publiquement sur leurs situations.
En ce qui concerne la politique belge dans le domaine du SIDA un de nos objectifs est de la mettre en oeuvre dans le cadre d'une action internationale coordonnée. Un nouveau concept de coopération a été lancé grâce à « l'International Partnership against Aids in Africa (IPAA) », l'initiative de l'ONUSIDA. L'IPAA laisse la responsabilité aux pays partenaires de développer leur « national strategic plan ». La communauté des bailleurs de fonds doit y répondre de manière coordonnée. L'IPAA n'est pas une superstructure de plus, mais un engagement à réaliser un objectif commun avec différentes catégories de partenaires et acteurs sociaux à différentes échelles. Lors du lancement de l'IPAA en décembre 1999 à New York, auquel j'ai pu assister, il y avait des représentants des pays africains, des organisations onusiennes, des pays donateurs, des ONG et des organisations du secteur privé (entreprises pharmaceutiques et autres, syndicats, média). Cette diversification des acteurs réunis pour aborder des défis globaux, surpassant les capacités de tout acteur isolé, exige une ouverture d'esprit et une nouvelle créativité dans la recherche de solutions. Ces nouvelles formes de partenariat, Mesdames et Messieurs, ne sont pas seulement enrichissantes, mais sont devenues une nécessité si nous voulons arriver à des résultats réels à moyen terme.
Avec nos moyens limités, mais dans un effort commun avec de nombreux partenaires, la coopération belge essaie de contribuer au défi global et ainsi d'agir en complémentarité et en synergie avec l'effort commun. De manière globale notre soutien à la lutte contre le sida a doublé entre l'année 1999 et l'année 2000. A cet effort s'ajoute celui des Communautés néerlandophone, francophone et germanophone de la Belgique.
Accès aux médicaments - Conférence d'Anvers
Les événements au Brésil, en Afrique du Sud et les campagnes des sociétés civiles ont engendré un effet de `boule de neige' sur la baisse des prix des médicaments antirétroviraux. Cette avalanche ne s'arrêtera pas, même si le parcours est encore long. Des millions d'êtres humains réclament un traitement. Des milliers de femmes enceintes devraient accéder aux médicaments. La question du droit à la santé n'a jamais été posée avec une telle acuité. La Commission des Droits de l Homme de l'ONU a récemment reconnu l'accès aux médicaments comme élément fondamental du droit humain à la santé. Le Parlement belge a adopté presque à l'unanimité une résolution relative à l'accès aux médicaments dans le tiers-monde. Notre devoir à tous est de contribuer à cette évolution positive et d'essayer de l'orienter jusqu'aux bénéficiaires réels.
Toutefois, le traitement des personnes atteintes par le VIH reste une activité complexe, qui exige que les services de santé fonctionnent d'une manière satisfaisante et qui, jusqu'à maintenant, ne guérit pas les malades. Le traitement des personnes atteintes améliore leurs conditions de vie, mais ne jugule pas en soi cette épidémie.
La Santé est globalement en crise. La réalité actuelle est telle que des millions d'êtres humains n'ont pas accès à des soins de santé de qualité. La Belgique organisera donc au mois d'octobre une Conférence avec l'Institut Tropical d'Anvers sous le thème 'L'accès aux soins de santé pour tous'.
Nous impliquerons davantage d'acteurs internationaux dans le processus de cette Conférence.
Global health fund
Les discussions politiques s'articulent autour des instruments à renforcer ou à mettre en ouvre pour ce combat. Je me limiterai plus particulièrement au `fonds global'.
Nous rejoignons la vision prônée entre autres par la Présidence de l Union européenne demandant que le fonds à établir s'inscrive dans les plans stratégiques des pays bénéficiaires, et parte des besoins et des opportunités existantes dans les pays. Il faut un équilibre entre les moyens destinés à la prévention et les moyens destinés au traitement.
A notre sens la gestion d'un tel fonds doit répondre à plusieurs critères :
Enfin, `l'argent' n'est qu'un aspect de la lutte contre le sida. L'engagement humain de millions de personnes faisant preuve d'un courage remarquable dans cette lutte a tout autant de valeur. L'enjeu est profondément humain. C'est notre solidarité et notre capacité à travailler ensemble qui nous permettront, j'en suis sûr, de faire face à ce combat!
Je vous remercie.