Allocution de

 

H.E. Mr. Hubert Wurth

Président de la Délégation

du Grand-Duché de Luxembourg

 

devant la 55ème session ordinaire

de l’Assemblée Générale des Nations Unies

 

New York, le 16 septembre 2000

 

 



Discours prononcé par le Représentant Permanent du Luxembourg auprès de l'Organisation des Nations Unies

 

Mme Lydie Polfer, Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères du Luxembourg regrette beaucoup d'avoir dû écourter son séjour à New York, et de ne pas être en mesure de présenter ce discours aujourd'hui. Elle m'a demandé de le faire à sa place.

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les Délégués,

 

Le Sommet du Millénaire nous a apporté les témoignages des chefs d'Etat et de Gouvernement. Incontestablement cette rencontre exceptionnelle aura été l'occasion d'une relance de l'engagement des Etats du monde dans notre Organisation. Cet engagement est essentiel pour pousser en avant des efforts davantage communs en vue d'assurer la liberté de bénéficier de conditions de vie correctes à tous les citoyens, et d'ouvrir la voie à l'épanouissement des individus et à leurs communautés.

 

Grâce à l'habilité des Co-Présidents, et des Présidents des tables rondes les travaux auront été marqués par une grande hauteur de vue. Notre reconnaissance leur est assurée. Au-delà de ces quelques jours particulièrement intenses se situera maintenant le travail de mise en oeuvre. Nos meilleurs voeux de succès accompagnent les félicitations que nous adressons au nouveau Président de l'Assemblée Générale, Son Excellence Monsieur Harri Holkeri. Notre gratitude est également acquise à son prédécesseur, Son Excellence Monsieur Théo-Ben Gurirab pour la vigueur de sa présidence.

 

Notre Secrétaire général Kofi Annan a inlassablement mis en évidence l'urgence d'agir par la capacité d'innover et d'assurer un rythme soutenu à la marche de l'Organisation universelle. Lui aussi doit recevoir nos félicitations et surtout aimerions-nous l'encourager à persévérer: notre appréciation ne lui fera pas défaut.

 

Mes propos d'aujourd'hui prendront appui sur les thèmes abordés dans le message luxembourgeois présenté au Sommet du Millénaire. Le discours que mon collègue Hubert Védrine a fait au nom des pays de l'Union Européenne devant cette enceinte reflète pleinement le point de vue de mon pays sur le grand ensemble de problèmes que nous avons choisis de vous présenter en tant que groupe.

 

1999 avait été l'occasion de reprendre à l'Assemblée générale les lignes de force de l'engagement luxembourgeois sur le plan européen, à l'intérieur de l'ONU, et en faveur d'une solidarité internationale renforcée. Celle-ci est illustrée en l'an 2000 par le fait que mon pays atteindra cette année l'objectif fixé par l'ONU d'une aide publique au développement correspondant à 0,7% du revenu national brut. Cette année sera le moment de parler davantage du principe de la responsabilité partagée. Car en ce nouveau siècle le monde doit relever les défis anciens de la violence et du développement, ainsi que le défi plus récent de la globalisation.



Monsieur le Président,

 

L'Assemblée du Millénaire ne pourra être seulement l'analyse annuelle des petites et des grandes souffrances prévalant dans l'actualité la plus pressante. Elle interpelle:

portons le regard plus loin, reprenons les interrogations qui se sont exprimées par les voix des dirigeants du monde rassemblés à New York. Traduisons en action leurs conseils, fixons des priorités. Ne rangeons pas dans un tiroir le remarquable texte de Kofi Annan sur « Nous les peuples : le rôle des Nations-Unies au XXlème siècle ».

 

La globalisation est une source de performances et de préoccupations. Ambivalente elle requiert des instruments adéquats pour la gérer et l'orienter vers le développement équitable. Sans la définition en commun de règles juridiques appropriées elle pourrait provoquer amertume et révolte.

 

Mais l'usage de la violence pourra compromettre la marche vers le développement. II est inquiétant que les ventes d'armes dans le monde soient en hausse constante depuis 96. L'horreur que soulèvent les violences incessantes commises par des êtres humains contre d'autres pourrait conduire à s'en tenir à une longue lamentation. Or une attitude aussi peu dynamique ne rendrait pas justice aux réalités dans le monde: le nombre des conflits armés a diminué, passant de 55 en 92 à 36 en 1998. Certes cette statistique brute ne dit rien sur la manière dont cette diminution s'est produite. Toutefois un autre chiffre retient l'attention: entre 1974 et 1999, 113 pays sont passés d'un régime autoritaire à un système multipartite. Plus parlant que des statistiques est le fait encourageant que les processus de négociation se sont multipliés, avec souvent à la clé des formules inédites en vue de réaliser la coexistence pacifique là où prévalaient blocages et ressentiments.

 

Timor oriental, la conférence entre Somaliens à Djibouti, le nouveau dialogue intra­coréen ne sont que des exemples récents. L'ensemble de ces évolutions constructives, malgré des difficultés flagrantes, montre par la multiplication et la diversité du phénomène, que la prévention des conflits est une stratégie en marche. II s'agit de la consolider en vue de démontrer que c'est aussi une stratégie qui produit des résultats durables. Ces précédents sont autant de raisons de penser que les processus les plus ardus ne sont pas voués à l'échec, et donc autant de raisons d'intensifier les efforts.

 

Certes les rechutes graves sont légion et il ne serait en aucune manière approprié de fermer les yeux devant les difficultés auxquelles il s'agit de faire face.

 

Au Kosovo en particulier le comportement intolérant a mené à l'aveuglement, même chez des personnes ayant eu à subir l'oppression. La psychologie nous apprend que les anciennes victimes n'échappent pas toujours ultérieurement à la condition de bourreau. II faut enrayer ce cercle vicieux et mettre un terme à la criminalité débridée.

 

L'engagement de l'envoyé spécial Bernard Kouchner, et de tous ceux qui se démènent pour éclaircir un ciel gris, convie un message d'espoir qui portera des fruits. Lors de la fin de la guerre froide nos anticipations furent peut-être en bonne partie inspirées par l'impatience, aujourd'hui nous voyons que des fondements solides apparaissent : au­delà des recherches académiques et de l'éveil des consciences, l'action concrète est au rendez-vous. Voilà pourquoi nous disons merci à la grande communauté d'individus et d'organisations présents sur le terrain. En particulier notre souci est de ne pas décevoir ceux qui ont fait de l'aide leur domaine, leur cap. Car ceux qui paient de leur personne attendent des autres appui et moyens.

 


Mais la grande responsabilité c'est de ne pas décevoir ceux qui ont directement besoin d'aide: les victimes, les personnes déplacées ou réfugiées, ceux à qui est déniée la protection de l'Etat de droit, voire les moyens de subsistance tout simplement. Et quand les déficiences de gestion mènent à la surexploitation myope et à la pollution étouffante d'un environnement naturel qui ne saurait en encaisser davantage le phénomène doit être renversé, la responsabilité établie et assumée.

 

Car comment croire que les catastrophes passeront inaperçues, ou que la solidarité internationale se passera d'une analyse de la causalité des événements ?

 

Le crime ne doit pas payer. Ce concept passera de la théorie à la pratique à l'époque de la globalisation. Inéluctablement l'information se répand et les évolutions s'engagent. Le droit international connaîtra peut-être un décalage par rapport à certaines technologies, mais son évolution est en cours.

 

Regardons du côté de la participation universelle à la structure d'ensemble des traités multilatéraux, fortement stimulée par le Sommet du millénaire.

 

Mais regardons aussi du côté des juridictions compétentes pour juger les crimes de guerre, le génocide ou les crimes contre l'humanité. Après les tribunaux crées par le Conseil de sécurité pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, certains pays pensent à établir des juridictions en coopération avec l'ONU. Des poursuites sont engagées par des juridictions nationales et en conséquence l'ère de l'impunité s'éloigne. Le Luxembourg a été le 18ème Etat à ratifier le statut de Rome pour la Cour pénale internationale. Celui-ci entrera en vigueur après 41 ratifications supplémentaires.

 

En démocratie le droit prime, mais l'action politique est primordiale pour le faire évoluer. Par les grandes conférences des années 90 et leur suivi, l'ONU a apporté la démonstration éclatante que le mouvement des sociétés permet de rapprocher les perspectives d'épanouissement dans la plupart des sociétés dans le monde.

 

Car les conférences de l'ONU sur les grandes questions sociales constituent, elles aussi, une importante source de droit. Les critères qui s'en dégagent stimulent la formation des droits internes et leur juxtaposition finira par former un vaste filet internationalement reconnu. Ainsi seront progressivement transfigurées des existences auparavant subordonnées. Ainsi les femmes et les enfants, les handicapés bénéficieront d'une dignité assurée. Les actions futures, dont la lutte contre les armes légères, mais très meurtrières, le financement du développement, et la Conférence internationale contre le racisme, qui reste une très grave menace, permettront elles aussi de promouvoir l'Etat de droit.

 

Stable mais non figé, transparent et se soumettant au contrôle démocratique, l'Etat de droit est incontestablement l'un des piliers les plus fiables du développement dans le monde.

 

Pour que le monde fasse sa mue à travers la globalisation et que le développement devienne solide, la communauté internationale, et son expression politique qu'est l'Organisation des Nations Unies, auront à s'attaquer, avec courage et imagination, à

d'autres chantiers, à d'autres piliers que celui du droit pour édifier une architecture que la violence et la pauvreté ne menaceront plus. Permettez-moi d'évoquer, de manière un peu plus circonstanciée, le devoir de mémoire, le respect de l'égalité, la volonté de la prévention et l'ouverture à la coopération

 


Le siècle qui se termine fut, en chiffres absolus de victimes, le plus terrible de l'histoire de l'humanité. II le fut aussi en termes conceptuels puisqu'il a mené au développement et à l'usage des armes de destruction massive. Il a connu et subi surtout plusieurs génocides d'une envergure insoupçonnée et ouvertement générés par le racisme le plus abject. L'étude des mécanismes qui ont mené à ces déviations vers l'inhumanité est essentielle, car une répétition d'engrenages aussi destructeurs ne saurait être rejetée comme impossible.

 

II s'en dégage le devoir de mémoire, lequel comporte un effort conséquent pour échapper à l'ignorance, et le souci de garder à l'esprit et devant les yeux les leçons du passé. Si les pays de l'Union européenne ont la sensibilité à fleur de peau dès qu'apparaît la xénophobie, le racisme et le rejet de ceux qui sont différents, c'est parce que nous sommes à tout prix résolus à l'action pour éviter de succomber à nouveau à la maladie de la haine. Une Europe à la population en évolution, une Union européenne en voie de s'élargir à l'Est et au Sud se doit d'agir avec responsabilité et détermination pour maintenir le cap de l'ouverture.

 

Le Luxembourg est un laboratoire où se mélangent les peuples, résultat de notre localisation sur le carrefour des cultures française et allemande. S'y greffe l'impact d'immigrations d'origines plus lointaines. Les Luxembourgeois en tirent leur conscience des apports créatifs qu'apporte le respect des autres et de leur personnalité. Par l'arrivée de la souveraineté, l'indépendance et le développement sont devenus réalité pour notre pays, et il s'est dégagée une forte adhésion au principe de l'égalité lorsqu'il vise les personnes et lorsqu'il vise les Etats.

 

C'est la responsabilité de tous les Etats, et peut-être une responsabilité spéciale des plus petits d'entre eux, de soulever les dangers de la propension au mépris. Hélas, la pente de la division et le manquement au respect de la valeur de l'individu se rencontrent sur tous les continents. II y a seulement quelque cinq ans que les crimes racistes les plus violents furent à déplorer en Bosnie et au Rwanda. Its ne suscitent que rejet. Ainsi se créent les avenues qu'empruntent sans tarder les préjugés. Nous devons collectivement assumer la responsabilité de la lutte contre cet engrenage.

 

Le respect de l'égalité requiert qu'on ne fasse pas de l'indépendance un sanctuaire, mais demande plutôt la disponibilité réciproque de s'accepter comme partenaire, et de reconnaître la légitimité de l'intérêt venu de l'extérieur. Grâce aux progrès de l'Union européenne, la souveraineté classique s'est trouvée remplacée pour ses Etats membres par une interdépendance dont les effets positifs sont éclatants. La solution, en l'an 2000, n'est plus l'indépendance abstraite, mais la coopération concrète.

 

Pendant toute cette année 2000, le Conseil de Sécurité a accordé beaucoup de temps à l'Afrique, reconnaissant la gravité du phénomène de la prise en otages de portions de pays entières par des forces qui ne sauraient prétendre à être davantage que des exploiteurs, des trafiquants ou des criminels tout court. Certains de ces feux se nourrissent de l'exploitation par la terreur des ressources naturelles. La réaction désormais large et internationale est encourageante, mais doit encore mener à l'élimination de ces situations. Parmi celles-ci, il convient de mentionner les problèmes en Angola, en Sierra Leone et en RDC. Ils requièrent un engagement intense. Le Conseil de Sécurité et l'Assemblée Générale auront à unir les efforts pour infléchir les choses.

 

Ces cauchemars ont contribué, avec d'autres évolutions, notamment au Timor oriental, au Liban sud, dans la zone frontière entre l'Ethiopie et l'Erythrée, à développer considérablement les actions de l'ONU dans le contexte du maintien de la paix. Or, celles-ci souffrent du manque de moyens, au point que tant leur déroulement que leur crédibilité se trouvent compromis. Leur force de dissuasion risque de céder le pas à une fonction d'alibi.

 

J'espère que la 55ème session de l'Assemblée Générale des Nations Unies pourra décider des mesures énergiques et concrètes pour mettre en oeuvre les recommandations du Comité d'experts sur les opérations de paix sous la conduite de M. Brahimi. Le manque de moyens financiers ne devrait pas être un obstacle insurmontable. Par ailleurs, il est approprié d'inscrire la question du barème des quote­parts pour les opérations de maintien de la paix à l'ordre du jour de cette session.

 

Mais en fait ces actions sont surtout des opérations du maintien du cessez-le-feu. La paix, quant à elle, relève d'autres efforts, et en premier lieu de la volonté de prévention des conflits et de la détermination d'éviter leur résurgence.

 

Après les recherches, les discussions passionnées et les débats, dont ceux dernièrement au Conseil de Sécurité et au sein du Comité de l'Assemblée Générale pour la prévention des conflits en Afrique, une disponibilité suffisante serait-elle réunie pour passer à l'action ? Cette masse critique est requise pour que la volonté de prévenir les conflits puisse s'articuler avec détermination.

 

La solidarité humaine est de mise lorsque des parties auront démontré leur incapacité d'éviter le conflit, et que des atteintes à l'intégrité des personnes et des séquelles matérielles importantes sont clairement prévisibles.

 

L'indifférence et la non-assistance en présence du danger ne sont plus compatibles avec la prise de conscience universelle, en parallèle à la circulation du savoir, de la réalité des liens entre nous.

 

C'est une question éthique, mais c'est aussi une question de connaissances et de moyens techniques. Afin de pouvoir assumer ses responsabilités, le Luxembourg entend créer un corps d'action civil avec l'objectif de disposer d'un réservoir de personnel qualifié pour des missions dans le contexte humanitaire et du développement humain. II a décidé d'apporter une contribution au Fonds des Nations Unies pour la construction de la paix. Le Luxembourg est également engagé dans des opérations de maintien de la paix ou de reconstruction.

 

La volonté de prévention des conflits pourra choisir, parmi une large panoplie, ceux des instruments qui lui paraîtront qualifiés pour dissuader ceux que la cécité ou la provocation mène à l'agressivité. Cette volonté sera d'autant mieux intégrée dans la gestion des différends qu'elle se situera bien en amont d'une utilisation de la violence. Je citerai en exemple l'action du Haut-Commissaire aux minorités nationales de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, M. Max van der Stoel, qui a

montré en huit ans de travail, que la confiance placée en lui par 55 Etats européens et issus de l'ancienne Union soviétique, a été amplement justifiée et a permis d'importants résultats.

 


La prévention des conflits est possible dans nombre de cas, si toutefois la communauté internationale se montre disposé à la vouloir. La charnière du siècle et du millénaire pourra pour l'ONU apporter la résolution d'approcher les pays menacés par des conflits en les prévenant du danger et d'éliminer ainsi de grandes hypothèques grevant leurs perspectives de développement. Alors que certains se débattent en solitaire, un effort de coopération et de solidarité venu de l'extérieur pourra faire reculer les obstacles les plus pesants. Le remarquable rapport 2000 du PNUD sur le développement humain souligne l'importance de la prévention des conflits, de la démocratie intégratrice et du respect des droits de l'homme pour éviter que des pays exsangues restent en marge des bienfaits de l'économie et de la technologie mondiale.

 

De leur côté, MM. Annan et Brahimi retiennent que toute mesure pour réduire la pauvreté et asseoir la croissance sur une base large est un pas vers la prévention des conflits. Celle-ci est l'une des clés du développement. C'est le moyen le plus sûr de faire apparaître la confiance et de réduire la pauvreté. C'est une responsabilité qu'il nous incombe de partager.

 

L'effort ne saurait être lancé que si la coopération extérieure ne constitue pas un obstacle en elle-même. Celle-ci ne manque pas de soulever en bien des endroits des interrogations, voire des réticences. Mais une coopération qui nest pas la bienvenue n'a pas de sens. En contraste, elle en a d'autant plus si elle est accueillie de manière franche. Hélas, la méfiance ou un certain sentiment de fierté prévaut parfois et provoque le réflexe du retrait dans la forteresse. La mise en exergue de l'identité propre et l'élaboration d'un bouclier mental peuvent accompagner ce repli. C'est un mécanisme qui tient de l'auto-destruction.

 

Lorsqu'un effroyable tremblement de terre a secoué la Turquie en 1999, les Grecs ont offert leur assistance. Le geste et son acceptation par les Turcs ont transformé en profondeur une relation bilatérale notoirement difficile. Mais ce développement positif spontané s'est greffé sur la prise de conscience des Ministres des affaires étrangères Papandreou et Çem, du caractère inacceptable et de la nocivité persistante de la méfiance. Cette évolution se poursuit désormais. II serait très souhaitable qu'elle trouve sans tarder un prolongement parallèle dans les conversations sous l'égide de l'ONU entre communautés chypriotes grecques et turques, indirectes à ce stade.

 

Tant que la confiance se heurte à un mur invisible, celui de l'incompréhension, même la main tendue ne sera pas saisie. Il appartient donc à ceux qu'un gouffre psychologique sépare, de jeter un pont, et d'exprimer de la manière juste la disponibilité à la reconnaissance mutuelle.

 

Les conversations à Camp David entre Israéliens et Palestiniens furent l'occasion de rapprochements importants. Le Président Clinton pour sa persévérance, le Premier Ministre Barak et le Président Arafat pour leur conscience de l'histoire et leur commune acceptation du principe de la responsabilité partagée devant l'avenir méritent les encouragements et l'appui le plus ferme dans leur effort d'achever ce processus historique. Les paroles ne devraient pas défaire l'ouvrage Car je suis convaincue que les ressources du dialogue ne sont pas épuisées. II existe une chance de parvenir au cours des prochaines semaines à un accord-cadre mutuellement satisfaisant entre Israéliens et Palestiniens. II doit rester clair que la disponibilité à coopérer a été fermement établie dans ce contexte particulièrement difficile. Celle-ci trouvera un relais dans la disponibilité de la communauté internationale, et notamment de l'Europe d'offrir leur appui à la conclusion de la paix et à la reconstruction.

 

M. le Président,

 

La sculpture du rôle de l'ONU, le dégagement du relief de son action future sera une tâche complexe et exigeante, en tout cas si nous entendons obtenir que l'Organisation s'éloigne de la fragilité et affirme sa responsabilité. Mais il est peut-être pas pensable qu'elle pourra s'appuyer de manière progressivement plus forte sur une large expérience acquise au cours des actions passées.

 

Le développement de ce bagage d'expérience commun présuppose l'existence d'une cohésion interne de plus en plus forte. La responsabilité de permettre celle-ci revient à ses membres. Voilà le cap que nous devons viser. Pour nous engager dans cette voie, il faudra qu'à la disponibilité à la coopération de tous ses membres s'ajoutent des structures administratives et financières saines et efficaces, ainsi que des relations équilibrées entre les organes principaux, dont aucun ne devrait échapper à une adaptation régulière.

 

Aujourd'hui, l'ONU ne peut pas se dire en état de satisfaire à ces critères. Ainsi, nest-il pas indispensable que ses membres s'acquittent de leur contribution sans délai ni condition, et de manière intégrale ?

 

La non-réforme du Conseil de Sécurité et la distance entre ce Conseil et les très nombreux autres membres de l'AGNU ne stimulent pas l'impact de l'Organisation. Parmi les ponts que l'ONU s'efforcera à construire, pourrait figurer la recherche d'une plus grande unité d'action grâce à une relation revigorée entre Assemblée Générale et un Conseil de Sécurité dûment élargi.

 

Car l'ONU sera mise à l'épreuve. La poursuite de la globalisation fera en sorte qu'elle sera sollicitée. Saura-t-elle relever le défi et apporter des éléments de réponse qui feront qu'elle sera pleinement le point de passage naturel des grands débats internationaux? Même après le Sommet du Millénaire, il serait téméraire d'affirmer que la question ne reste pas ouverte. Le Luxembourg souhaite qu'une réponse positive pourra lui être donnée et il affirme sa volonté à coopérer pour aller ensemble dans cette direction.

 

Je vous remercie de votre attention.