ASSEMBLEE DU MILLENAIRE
55EME SESSION ORDINAIRE
DE
L'ASSEMBLEE GENERALS DES NATIONS
UNIES
ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE
MONSIEUR
MOHAMED EL AMINE SOUEF
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET
DE LA
COOPERATION
New York, le 21 Septembre 2000
Monsieur
le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
II m'est
très agréable, de vous adresser, Monsieur le Président, du haut de cette
tribune, les chaleureuses félicitations de la délégation comorienne que j'ai
l'honneur de conduire, pour votre brillante élection à la présidence de cette
55ème Session ordinaire de l'Assemblée générale de notre organisation.
Homme de
talent et de grande expérience des affaires internationales, vous nous
apportez, par votre profil, la garantie du succès de nos travaux, sous votre
conduite éclairée.
Je voudrais vous rassurer du
soutien et de la collaboration totale de la délégation comorienne.
Je
faillirais à un devoir, si je ne saisissais pas cette agréable opportunité,
pour remercier votre prédécesseur S.E.M Theo Ben Gurirab, Ministre des Affaires
Etrangères de la Namibie pour l'efficacité avec laquelle il a su diriger les
travaux de notre précédente session ordinaire.
Qu'il me
soit permis, Excellences, de rendre un vibrant hommage au Secrétaire-général de
notre Organisation, Son Excellence KOFI ANNAN, pour les efforts inlassables
qu'il ne cesse de déployer au service de notre organisation.
Sa manière
réfléchie et responsable d'appréhender les problèmes auxquels le monde
d'aujourd'hui se trouve exposé et les réformes qu'il vient d'initier au sein de
l'ONU, méritent toute notre attention et notre soutien à tous les niveaux.
Je
voudrais, par ailleurs, souhaiter la bienvenue au sein de la famille des
Nations à l'Etat de Tuvalu.
Monsieur le Président,
Considérant
l'énorme responsabilité de l'ONU, en matière de maintien de la paix, de défense
des droits de l'Homme et de promotion du bien-être social, l'on se rend compte
que celle-ci, cinquante cinq ans après sa création, demeure toujours une
institution qui a encore beaucoup à faire.
L'action
multiforme qui est la sienne exige d'elle des structures plus solides, rénovées
et adaptées aux conditions actuelles, des moyens suffisants et prévisibles, une
gestion saine, transparente et rigoureuse, mais également une exécution des tâches,
suivant les priorités du moment et les préoccupations des régions. De son côté,
le Sommet du millénaire a davantage réaffirmé le rôle primordial de notre
Organisation.
C'est
pourquoi le nouveau schéma de l'Organisation doit pouvoir répondre aux
exigences d'un monde aujourd'hui confronté à de profonds bouleversements qui
suscitent à la fois interrogations et réflexions intenses.
Sa réforme
s'impose également comme préalable à la garantie de structures solides et
fiables, avec des tâches équitablement réparties, en vue de consacrer son
universalité et projeter des résultats meilleurs.
Ainsi,
s'agissant essentiellement du Conseil de Sécurité, la nécessité se fait sentir
d'ouvrir ce principal organe en charge de la paix et de la sécurité
internationales, à d'autres pays membres permanents et non permanents, afin de
le rendre plus représentatif, et faire en sorte que sa composition et ses
modalités de travail reflètent les réalités actuelles.
Monsieur le Président,
Au moment
où le monde évolue et se globalise, les Etats insulaires et les pays pauvres
aux ressources limitées, s'interrogent sur la menace de marginalisation qui
pèse sur eux.
Cet état
de fait, ajouté aux crises de tout ordre qui secouent nos pays interpellent
notre conscience, dans l'urgente nécessité d'une action de soutien et d'aide,
mais surtout de sensibilisation, sur les dangers auxquels nous sommes
confrontés.
I - Les dangers émanant des
conséquences immédiates et à terme des conflits qui embrasent la planète,
faisant des millions de victimes, en majorité des enfants, des femmes et des
personnes àgées.
Il - Les dangers d'un monde assistant de plus en
plus à la multiplication des actions de terrorisme.
A ce sujet, il importe non
seulement de prendre conscience de ce danger potentiel, d'y trouver des moyens
de lutte efficaces, mais surtout de distinguer parfaitement et de ne pas lier
des actions de gens agissant au mépris du droit et de la dignité humaine, à des
considérations religieuses notamment.
IlI - Les dangers issus de violations flagrantes des droits de l'Homme. Pour lutter contre cette situation, la République Fédérale Islamique des Comores souscrit entièrement à la mise en place de la Cour Pénale Internationale, devant mettre fin à ces abus. Elle s'apprete à ratifier dans un délai assez bref, le document y afférant, et souhaite que la mise en place de cette juridiction puisse étre effective.
IV- Les dangers émanant des catastrophes naturelles et de la dégradation de l'environnement, d'une manière générale, dont la vulnérabilité sans cesse croissante constitue une source de préoccupations majeures pour le monde.
Les petits Etats insulaires, en
développement et de superficie réduite, sont davantage exposés à ces dangers.
L'attention
à accorder à la protection du système écologique s'avère de plus en plus
urgente, compte tenu de la manière accrue dont ce problème se pose.
V - Les dangers de graves maladies
qui affectent nos populations, tels que le SIDA, le paludisme et tant d'autres
et celui de l'extréme pauvreté.
VI - Les dangers d'exclusion des pays pauvres, face à un monde en pleine mutation où ils risquent de ne pas retrouver leur chemin.
VII - Enfin, Monsieur le
Président, les dangers pesant sur ces mémes pays pour lesquels le fardeau de la
dette extérieure les préoccupe au plus haut point et bouleverse les prévisions
nationales en matière budgétaire.
C'est
dire, Monsieur le Président, qu'en cette étape première de notre entrée au 3ème
millénaire, de nombreuses interrogations subsistent encore, quant à l'avenir de
l'humanité et nécessitent un examen attentif.
Le tableau que présente le monde
d'aujourd'hui, est sombre dans son ensemble.
Aussi, sur
le plan économique, il va sans dire que le monde connaît dans ce domaine, une
situation qui appelle à un sérieux examen et à une action conjuguée des
partenaires du développement, en appui aux efforts nationaux, sous-régionaux et
régionaux.
S'agissant
de l'Afrique, les problèmes économiques auxquels elle se trouve confrontée
d'une manière générale, suscitent des inquiétudes, parce qu'aggravés
aujourd'hui, face à un monde de plus en plus engagé dans la globalisation, et
face à une dette extérieure dont le poids pese lourdement sur nos économies.
Aussi, est-il
légitime de se préoccuper sur le sort d'un continent, marginalisé, notamment
par rapport aux pratiques commerciales mondiales, à la révolution au niveau de
l'information, et marqué par des fléaux de toute sorte.
II est
nécessaire que le continent puisse, en plus des efforts que les pays engagent
individuellement et dans le cadre d'une intégration régionale, bénéficier de la
bienveillance des institutions financières internationales, dans l'examen et le
traitement des différents cas.
A ce
sujet, il me plaît de réitérer notre appréciation à l'action du Programme des
Nations Unies pour le Développement, pour la lutte qu'il mène aux côtés de nos
gouvernements contre le sous-développement sous toutes ses formes.
Monsieur le Président,
En tant
que petit état insulaire en développement et pays africain, la République
Fédérale Islamique des Comores connaît évidemment un sort similaire. Mais l'on
ne saurait, en dépit de notre situation, nier la volonté ferme du gouvernement,
de rechercher les voies et moyens de sortir le pays du gouffre dans lequel il
est enfoncé et de créer des conditions favorables à une vie sociale meilleure.
L'effort
engagé en vue d'assainir les finances publiques, de redresser et de
restructurer l'économie nationale attestent de la détermination du gouvernement
comorien à améliorer la situation socio-économique qui a prévalu toutes ces
années en République Fédérale Islamique des Comores.
Dans cette
lutte engagée, nos partenaires bilatéraux et multilatéraux ne cessent de nous
soutenir.
Mais il
importe de réitérer la nécessité de renforcer cette assistance, afin de nous
aider à relever le défi majeur du sous développement et surtout de ne pas
devoir subir les effets pervers de la mondialisation.
Monsieur le Président,
L'attention
devrait être portée également à la situation politique du monde, aujourd'hui
divisé par des guerres et des crises de différent ordre, qui ébranlent
sévèrement la paix et la sécurité des peuples.
Ces deux
notions, essentielles et constituant les fondements même de notre Organisation,
devraient bénéficier davantage d'attention et de réflexion sur la manière de
les préserver.
C'est
pourquoi, parlant de guerres, je voudrais appeler à la bonne volonté des
parties concernées par le problème au Congo Démocratique et toute la région des
Grands Lacs, à axer leurs efforts vers des démarches tendant à trouver des
solutions négociées aux différends qui les opposent, les uns aux autres.
Parlant de
la Somalie, mon pays se réjouit du dénouement heureux de la situation qui y
prévalait, et de la mise en place d'un gouvernement de transition.
La
République Fédérale Islamique des Comores souhaite que des bases solides soient
désormais posées, afin d'assurer une paix durable dans ce pays frère. Dans le
même ordre d'idées, le gouvernement comorien apprécie les efforts engagés en
vue des négociations de CampDavid, et rend hommage à l'action du gouvernement
des Etats-Unis d'Amérique dans ce sens.
Dans le
prolongement de ces efforts, le gouvernement comorien, dont le soutien à la
cause palestinienne est constant, émet le souhait de voir la crise au Moyen-Orient
prendre fin rapidement, pour l'intérêt des peuples de la région, longtemps
secoués par l'instabilité qui y règne en permanence.
II est
également d'avis que toute solution à cette crise devrait nécessairement passer
par la création d'un Etat palestinien indépendant , avec comme capitale, la
ville d'AI Qods AI Sharif.
Par
ailleurs, nous insistons sur la nécessité d'une levée totale de l'embargo qui
frappe la Libye comme nous demandons également la levée de l'embargo en Irak.
Nous lancons un appel au gouvernement
Irakien pour plus de coopération en vue de la libération des prisonniers kowetiens
Monsieur le Président,
Des foyers de tension subsistent dans tous
les continents.
La charte
des Nations Unies étant écrité pour les peuples, l'O.N.U se doit de renforcer
son action, en vue de la prévention et de la résolution des conflits, par la
voie pacifique.
II
importe, en effet, d'insister sur l'impérieuse nécessité de se pencher sur la
question de la paix dans le monde, car sa remise en cause compromet tout effort
en vue d'un réel Développement Humain Durable.
A ce
titre, permettez-moi, Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et
Messieurs, de vous faire état de la situation qui prévaut dans mon pays, la
République Fédérale Islamique des Comores et vous dire,combien la menace de la
paix préoccupe le peuple, confronté à une crise séparatiste de I ile soeur
d'Anjouan depuis environ 3 ans.
La
République Fédérale Islamique des Comores a tenté d'y mettre fin par tous les
moyens, et avec le soutien de la communauté internationale, notamment l'O.U.A,
la Ligue des Etats Arabes, IÚnion Eurpoéenne, 1 Órganisation Internationale de
la Francophonie, et l'Organisation de la conférence Islamique.
L'intransigeance
de la partie anjouanaise après les déclarations faites, lors des conférences
inter-îles organisées, à Addis-Abeba et à Antananarivo avait conduit l'O.U.A à
prendre des mesures répressives à son encontre, lesquelles devaient être
appliquées de manière graduelle.
En
imposant l'embargo économique à Vile soeur d'Anjouan, l'objectif était de
pouvoir ainsi amener les anjouanais à la raison.
La
situation n'avait guère évolué, et pendant ce temps, les couches sociales les
plus pauvres d'Anjouan souffraient terriblement des effets de ces mesures, de
même que tous ceux qui étaient partisans de l'unité nationale.
Consciente
du fait que cette situation rendait victime la population anjouanaise,
particulièrement les couches les plus démunies, devant le durcissement de la
position du mouvement, d'une part, et convaincue, d'autre part, qu'une solution
autre que militaire pourrait être trouvée entre les comoriens que nous sommes
tous, l'actuelle équipe dirigeante du pays, sous la conduite éclairée du
Colonel AZALI Assoumani, Président de la République Fédérale Islamique des
Comores, a insisté pour engager des discussions directes avec la partie
anjouanaise dans un souhait de parvenir à une réconciliation nationale.
Les
tentatives de dialogue initiées ont ouvert la voie à la signature d'un premier
texte le ler Juillet 99 à Fomboni, considéré comme un pas important franchi par
l'actuel régime en place, en vue d'un rapprochement des deux tendances.
Les
négociations ayant été poursuivies ces derniers temps, celles-ci ont abouti à
la signature d'une Déclaration commune à Fomboni, le 26 Août dernier, un autre
cadre approprié pour préserver l'unité et l'intégrité territoriale des Comores.
En
permettant d'ouvrir le dialogue avec nos frères anjouanais, sur le futur
ensemble comorien, ladite déclaration revêt une signification particulière aux
yeux des Comoriens.
La
Déclaration de Fomboni précise que le nouvel ensemble comorien est seul sujet
du droit international, dans les frontières des Comores reconnues par la
communauté internationale.
En vue de poursuivre le processus
engagé, un calandrier a été établi, fixant les étapes devant faire aboutir à la
soumission à référendum, l'Ácte fondemental qui régira le futur ensemble
comorien.
Je
voudrais préciser que la Déclaration Commune de Fomboni tient compte et
respecte l'essentiel et l'esprit de l'Accord d'Antananarivo rejeté par la
partie anjouanaise.
Aujourd'hui,
plus que jamais, un espoir est né, quant à la possibilité de régler ce
malheureux problème, par la voie pacifique et mettre sur place les jalons d'un
Etat démocratique.
Aussi,
aurait-il été juste de rejeter cette voie ouverte, et pénaliser des enfants et des
femmes innocents, durement éprouvés par l'embargo, pour ensuite envisager la
solution militaire?
S'il
aurait fallu faire la guerre pour ensuite avoir la paix, pourquoi ne pas
l'éviter si possible, pour ne pas devoir en faire des victimes? La République
Fédérale Islamique des Comores s'est engagée à privilégier le dialogue dans le
règlement des conflits, en respect des principes de notre Organisation.
C'est en
tout cas ce principe de sagesse, qui a animé les autorités comoriennes, dans la
démarche engagée auprès de leurs frères d'Anjouan.
Je
voudrais, en conséquence, du haut de cette tribune, faire appel à la bonne
compréhension de tous nos partenaires qui nous ont toujours accompagnés dans la
recherche d'une solution négociée et durable à cette crise.
C'est la
raison pour laquelle, tout en respectant la position de l'O.U.A. et celle de
tous nos autres partenaires, au nom du gouvernement comorien, nous réitérons
notre volonté de continuer ce combat engagé avec eux, en vue de préserver
l'unité et l'intégrité territoriale de notre pays.
Le
Gouvernement Comorien rend un hommage particulier au Secrétaire Général de
l'O.U.A, Son Excellence Salim Ahmed Salim, pour ses efforts personnels et dans
le cadre le l'O.U.A, en vue du règlement de cette crise.
Nous
tenons également à exprimer toute notre gratitude à la Ligue des Etats Arabes,
à l'Organisation de la conférence Islamique, à L'Organisation Internationale de
la Francophonie, aux pays de la région, et aux pays amis parmi lesquels la
France pour leur accompagnement.
Nous
souhaitons vivement que la raison a fini par l'emporter chez nos frères
anjouanais et qu'ils ont réellement compris que la rupture du pacte de l'unité
et celui de la fraternité qui nous lient et lieront pour toujours, nous
comoriens des quatre îles de notre EtatArchipel, ne nous sera d'aucun service.
Nous
espérons enfin que nous tous avons tiré les leçons sur tout ce qui a affecté
gravement le pays, au niveau humain, matériel, psychologique et j'en passe,
pour avoir présent à l'esprit, que la guerre restera toujours un mauvais
rnaître et le pire des choix à faire.
Le processus de reconciliation est
un travail de longue haleine qui nécessite beaucoup de moyens.
A
cet effet, nous lancons un appel à la Communauté Internationale pour soutenir
le programme de reconstruction et de réconciliation nationale que le
gouvernement comorien a élaboré avec la Banque mondiale.
Monsieur le Président,
Fidèle aux
principes fondamentaux de la Charte de notre Organisation, que le gouvernement
Comorien continue à privilégier la voie du dialogue et de la concertation pour
résoudre tous les problèmes.
C'est dans
le profond respect de ces principes qu'il lance un appel à la France, pays avec
lequel les Comores entretiennent depuis longtemps d'étroites relations d'amitié
et de coopération afin qu'elle envisage l'ouverture d'un dialogue direct et
constructif devant permettre d'aboutir à une solution rapide et négociée par
rapport à la réintegration de l'ile comorienne de Mayotte dans son giron
naturel..
La
stabilité, la compréhension, l'unité, l'harmonie entre les populations, le
partenariat et le progrès allant de pair, créer les conditions susceptibles de
garantir ces valeurs serait le meilleur cadeau que la Communauté Internationale
puisse offrir aux générations présentes et futures à la veille du prochain
millenaire.
Je vous remercie.