BURKINA
FASO
CINQUANTE-CINQUIEME
SESSION
DE
L'ASSEMBLEE GENERALE
(Assembiée
du Millénaire)
DE S.E.M.
YOUSSOUF OUEDRAOGO
MINISTRE
D'ETAT,
Monsieur
le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Voilà exactement une semaine, se tenait dons cette
même salle, le Sommet du millénaire, auquel ont pris part de manière active et
interactive plus de 150 souverains, chefs d'Etat et de gouvernement.
Ce Sommet, que ma délégation tient une de fois de
plus à saluer, a eu le grand mérite, en mettant ensemble toutes ces éminentes
personnalités, de faire un véritable état du monde, à travers une relecture
sans complaisance de la mission et des objectifs stratégiques et fondamentaux
assignés à l'Organisation des Nations Unies.
Que dire de plus, que dire de mieux ?
Les conclusions auxquelles nos dirigeants sont
parvenus et, qui touchent à la substance même des problèmes divers et ondoyants
qui minent l'humanité, constituent la trame des questions inscrites à l'ordre
du jour de la 55ème session.
Elles nous offrent ainsi l'opportunité de
"battre le fer pendant qu'il est chaud" et, de faire le pas immédiat
de leur mise en oeuvre là où cela est possible.
De ce point de vue, Monsieur le Président, le débat
général auquel nous procédons actuellement constitue un véritable défi. Défi de
notre esprit de suite, mais aussi défi de notre capacité d'aller à l'essentiel.
Mais avant d'aller plus loin, permettez Monsieur Ie
Président que je vous exprime, au nom de ma délégation, mes vives et
chaleureuses félicitations pour votre élection à la présidence de notre
assemblée.
Cette
élection est un hommage mérité rendu à vous même et à votre pays, Ia Finlande,
avec laquelle Ie Burkina Faso entretient d'excellentes relations d'amitié et de
coopération.
Membre du Bureau de surcroît, mon pays tient à vous
assurer de toute sa disponibilité et de son entière coopération.
Nos félicitations vont également à S.E.M. Théo Ben
Gurirab, Ministre des Affaires Etrangères de la Namibie, pour l'efficacité avec
laquelle il a conduit Ies travaux de la précédente session de notre assemblée.
Je voudrais également renouveler l’appréciation et
l'appui du Burkina Faso à l’action du Secrétaire Général, S.E.M. Kofi Annan,
qui conduit les affaires de notre Organisation mondiale avec courage, lucidité
et détermination.
Monsieur le Président,
Assurément, le millénaire finissant restera à jamais
gravé dans la mémoire de l'humanité.
II le sera malheureusement en Iettres de sang, parce
qu'il aura assisté, en spectateur pratiquement impuissant, à la montée de
l'esclavage, de la colonisation, de la discrimination raciale; à l’escalade des
guerres les plus atroces, à la dégradation continue de I'environnement; à la
détérioration des termes de l’échange …
Mais il le sera aussi en lettres d'or, parce qu'il
aura été le témoin de progrès prodigieux aux plans scientifique et
technologique, au plan des croissances économiques et industrielles, quand bien
même Ia structure de répartition des fruits engendrés par ceux-ci aura été des
plus visqueuses et inégalitaires.
Aucun continent autant que le continent africain,
aucun peuple autant que les peuples africains ne portent en eux aujourd'hui,
les stigmates de ces fléaux dont ils resteront à jamais marqués et, de ces
progrès dont ils auront peu ou prou bénéficié.
Face à une telle réalité, il apparaît à ma délégation
que c'est ensemble et de manière solidaire que nous devons assumer cette
histoire, accepter d'en être la mémoire vive et collective et, tirer les leçons
qui s'imposent pour accroître notre capacité de résoudre avec plus de justice
et d'équité, les problèmes de sécurité, de paix, de développement et de mieux-être
qui forment le corpus de nos priorités.
Qu'il s'agisse de la résolution des conflits latents
ou ouverts qui continuent de décimer nos populations et de les jeter par
milliers sur les chemins de l'exil; qu'il s'agisse de la recherche de solutions
durables aux problèmes du sous développement, du poids insupportable de Ia
dette, de Ia pandémie du SIDA, du paludisme, des catastrophes naturelles et
écologiques, iI nous faut, quoique cela nous en coûte, faire constamment un
retour aux sources, un appel au passé, à l'Histoire.
En cela et pour cela, Monsieur le Président, je
voudrais ici lancer un appel solennel à la conscience des peuples des Nations
Unies, afin que l'hégémonisme et la domination des uns sur les autres ne
caractérisent pas notre Organisation au cours du troisième millénaire,
trahissant ainsi cette Histoire et faisant de notre mémoire collective, une
mémoire sélective.
Monsieur le Président,
Comme vous le savez, malgré les progrès réalisés au
cours du deuxième millénaire, les interrogations et les inquiétudes des pays en
développement, principalement ceux d'Afrique, persistent.
Ces interrogations, ces inquiétudes ne trouvent pas
seulement Ieur fondement dans l'accélération et l'aggravation sans précédent de
leur paupérisation continue.
Elles tirent également leer raison d'être, hélas!, du
fait qu'aujourd'hui encore, à l'orée du 21ème siècle, les relations
internationales continuent d'être essentiellement fondées sur des rapports de
force. Cette triste réalité est aggravée par le fait qu'avec la fin de la
guerre froide, nous assistons passifs, presque résignés, au développement du
règne de la pensée unique.
Le moment est venu, comme l’ont exprimé du haut de
cette tribune la plupart des chefs d'Etat et de gouvernement, d'entreprendre
aux plans national, régional et international les réformes nécessaires à
l'édification d'un monde plus juste, plus équitable, plus solidaire et plus
fraternel.
Gageons, Monsieur le Président, que le défi
fondamental, j'allais dire l'héroïsme du nouveau millénaire, consistera à aller
ensemble sereinement, solidairement et démocratiquement dans Ia mondialisation
tout en demeurant nous-mêmes, c'est-à-dire en gardant nos valeurs intrinsèques
et notre dignité d'hommes libres.
S'agissant de l'Organisation des Nations Unies, notre
conviction est qu'une plus grande démocratisation de l'Institution s'impose
désormais comme une nécessité impérieuse.
Cette démocratisation doit se traduire par une
profonde réforme des procédures de prise de décision au sein du système des
Nations Unies, notamment au sein du Conseil de sécurité, allant de pair avec
une plus grande prise en compte des questions de développement, en particulier
à travers l'approfondissement de l'idée d'un Conseil de Développement avancée
ici même par le Sommet du millénaire.
Elle doit également se traduire par la réalisation du
caractère véritablement universel de I'Organisation.
A ce titre, le Burkina Faso salue l'admission de
Tuvalu comme 189ème Etat membre et considère comme injuste de continuer à
marginaliser Ia République de Chine, pays qui réunit pourtant toutes Ies
conditions d'un Etat souverain pour retrouver sa place au sein de l'Organisation
des Nations Unies.
Monsieur le Président,
Tout au long de son histoire, singulièrement depuis
les années 90, le Burkina Faso, tirant les leçons de sa propre experience, experience
pétrie de la culture du dialogue et de la négociation, a fondé sa contribution
à la recherche des solutions aux conflits nationaux et sous‑régionaux,
sur le dialogue et la concertation, persuadé que seuls le dialogue et la
concertation, qui ne sont en rien les armes des faibles, constituent la seule
voie pour parvenir à une paix durable.
Aussi, est-ce avec beaucoup d'étonnement et de
déception que mon pays se voit depuis un certain temps obligé de faire face à
des accusations et à des récriminations de toute sortes, sans fondement aucun.
Est-ce Ià, Monsieur le Président, le fait dune
volonté délibérée de nuire, ou simplement dune incompréhension ?
Non, il n'est pas bon, il n'est pas juste que dans
nos efforts de recherche de solutions durables aux conflits, nous cédions à la
tentation facile des accusations, des récriminations, des condamnations et des
exclusions.
Le Burkina Faso n’a jamais hésité à donner le gage de sa bonne foi, à
manifester sa disponibilité à coopérer avec l'Organisation des Nations Unies et
la communauté internationale et, à affirmer sa volonté de transparence. C'est pourquoi, s'agissant des questions de I'Angola
et de la Sierra Leone, il a mis en place un comité interministériel chargé de
suivre et de contrôler I'application des sanctions édictées par le Conseil de
sécurité. Il a également invité celui-ci à entreprendre au Burkina Faso, toutes
irivestigations
jugées néçessaires
à Ia manifestation de la vérité.
Ainsi, deux délégations des Nations Unies viennent
d'y séjourner. Leurs responsables ont déclaré avoir accompli Ieur
mission en toute liberté et en toute sérénité.
Dans le même esprit, face aux récentes accusations
pour le moins surprenantes de la Guinée, nous tenons à rassurer ce pays frère
et ami, et Ia communauté internationale que Ie Burkina Faso n’est mêlé ni de
près ni de loin à ces événements malheureux. Nous redisons noire disponibilité
à accueillir ou à appuyer toute démarche susceptible de faire la lumière sur
cette affaire qui nous afflige profondément.
Monsieur le Président,
Au plan national, le Burkina Faso poursuit résolument
la consolidation et I'enracinement du processus démocratique engagé depuis 1990
et, qui se caractérisent principalement par:
- l'organisation régulière
et systématique d'élections au triple niveau, municipal, législatif et
présídentiel, daps des conditions d'objectivité, de transparence et d'équité
reconnues par la communauté internationale;
- le renforcement des
líbertés publiques et privées et la promotion des droits humains;
- Ie financement public des
partis pólitiques, des syndicats et de la presse privée;
- la reconnaissance à l'opposition d'un statut
officiel;
- la réforme du système judiciaire
pour lui permettre de jouer pleinement son rôle de consolidation et de
rëgulation de I'état de droit;
- l'approfondissement de la décentralisation
et de la gouvernance locale;
Dans le domaine économique, le gouvernement concentre
son action sur la mise en place d'un véritable développement soÎidaire, ayant
pour priorité, l'éradication de Ia pauvreté, la protection de l'environnement,
l'autosuffisance alimentaire, I'éducation, Ia santé pour tous.
Nous nous réjouissons de l'initiative PPTE visant à
réduire substantiellement la dette des pays pauvres et très endettés et de
l'élection de notre pays à ce mécanisme qui renforce sa stratégie de lutte
contre la pauvreté.
Au plan africain, le Burkina Faso a toujours oeuvré
au renforcement des relations de bon voisinage et à la réalisation de
l'intégration sous-régionale et régionale ainsi qu'à la promotion de la paix
et de la sécurité.
C'est ce qui justifie son engagement en faveur de
l'ancrage institutionnel et du renforcement des Organisations sous-régionales
de coopératíon et/ou d'intégration dont iI est membre, notamment:
l'Union Economique et Monétaire Ouest‑Africaine
(UEMOA), la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO),
et la Communauté des Etats Sahélo‑Sahariens (CEN SAD) dont nous espérons
qu’elle obtiendra le statut d'observateur à l'ONU.
C'est ce qui justifie également qu’il n'ait ménagé
aucun effort pour apporter sa contribution à la création de l'Union Africaine
que les peuples africains appelaient de tous leurs voeux.
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Telles sont les idées-forces que Ie Burkina Faso
tenait à partager avec la communauté internationale et qui témoignent de son
attachement indéfectible aux idéaux de l'Organisation des Nations Unies et de
sa foi inébranlable en notre capacité commune de forger ensemble un avenir
meilleur, un avenir radieux pour toute l'humanité.
Je
vous remercie.