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Le docteur Tangon Munjaiton milite pour l'eau

Photo de Tangon Tangon Munjaiton a grandi sur les rives du fleuve de Bangpakon en Thaïlande, une longue voie navigable sinueuse, située à l'Est de son pays. Quand elle était jeune, elle allait tous les jours à l'école en bateau à moteur, traversant les eaux limpides du fleuve. Lorsque Tangon est partie de la maison pour faire son doctorat à l'étranger, des constructions immobilières avaient déjà commencé à détruire les rives de son précieux fleuve.

De retour dans son pays, les très bons souvenirs qu'avait Tangon des canaux complexes de la Thaïlande l'ont inspiré à s'intéresser à leur restauration. Maintenant professeure à l'Institut national thaïlandais de l'administration du développement, Tangon est reconnue comme l'une des militantes les plus innovatrices et les plus impliquées de son pays sur les questions relatives à l'eau.

Quand Tangon a lancé en 2003 son ambitieux projet pour restructurer et nettoyer les voies d'eau de Sansaeb, en Thaïlande, ses collègues disaient sur le ton de la plaisanterie qu'elle devrait attendre jusqu'à sa prochaine vie pour en voir les résultats. Personne n'aurait pu prévoir que tant de communautés s'impliqueraient dans ce projet ou que plus de 350 étudiants se passionneraient pour cette même cause.

En dépit du peu de chances de réussite, Tangon a poursuivi son objectif. Elle est aujourd'hui reconnue, avec ses étudiants, pour avoir nettoyé plus de 130 canaux dans 18 régions thaïlandaises.

La Thaïlande est confrontée au même problème en matière d'assainissemet que la plupart des pays en développement. Au moment où de nouveaux bâtiments ont été construits le long des rives de voies d'eau à travers la Thaïlande, des tuyaux d'évacuation d'eaux usées n'ont pas été simultanément installés. En revanche, des tuyaux sans systèmes de traitement d'eau qui rejettent les eaux d'égout directement dans les canaux, ont été ajoutés individuellement par des entreprises et des habitations. Selon Tangon, seulement 2 pour cent des maisons de Bangkok sont reliés à des systèmes d'hygiène qui ne filtrent habituellement que les déchets compacts.

Autrefois surnommée « la Venise de l'Est » pour ses voies d'eau pittoresques, la plupart des canaux renommés de la Thaïlande sont devenus de véritables dépôts de détritus, si denses que l'on pourrait les traverser à pied. L'écoulement persistant des eaux d'égout dans les voies d'eau a également tué une grande partie de la faune et a généré une forte odeur. « L'eau est très importante pour la Thaïlande - nous craignions une crise », ajoute Tangon.

Tangon était déterminée à trouver une solution durable et simple pour résoudre les problèmes des voies d'eau de la Thaïlande. Après beaucoup d'expérimentation, elle a trouvé par hasard une concoction d'écorce d'orange qu'elle appelle « essence d'eau organique ». Ce mélange qui neutralise les eaux d'égout dans les canaux, et cela a été prouvé scientifiquement, est facile à fabriquer, ce qui représente la clé de son succès. Tangon a établi un projet, en utilisant initialement ses propres fonds et l'a appelé « les compagnons de coeur pour la revitalisation des canaux de Sansaeb. »

Le succès de Tangon est sans précédent et elle l'attribue principalement à la simplicité de sa solution : une préparation à base d'écorce de citron ou d'ananas, d'eau et de sucre brun. Cet agent « bio-neutralisant » peut détruire les odeurs d'un fleuve en une heure et après de multiples applications, des poissons sont même revenus dans 13 canaux.

Tangon et ses étudiants avaient conscience qu'ils devaient faire participer les populations locales dans l'exécution de leur projet pour que celui-ci ait un avenir. Les étudiants sont allés de porte à porte dans les communautés autour des canaux et ont organisé des réunions. « Cela a progressé plus rapidement que je ne pensais », indique Tangon. « Les gens ont tout de suite coopéré et se sont investi dans leurs canaux ». Tangon et ses étudiants ont enseigné aux populations locales comment réaliser l'extrait biologique afin que les membres de la communauté puissent continuer à aseptiser leurs eaux usées.

Puisque tester les voies d'eau avec des instruments scientifiques est coûteux, Tangon plaisante en disant que « les résultats sont si évidents que les canaux peuvent être examinés avec le nez et les yeux », et que « le projet trouve sa qualité dans sa simplicité ». En raison de la créativité et du succès de son projet, Tangon et ses étudiants ont pu recueillir des fonds du gouvernement pour aider leur cause. Elle espère que d'autres pays en développement adopteront ce procédé simple de traitement des eaux usées.

La potion de Tangon n'est pas magique. Peut-être est-ce la raison de son succès. Le projet simple, facile à mettre en place, a permis de redonner vie aux sources d'eau d'une communauté et de motiver ses habitants à nettoyer leurs voies d'eau.


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