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Le docteur Seidu combat une maladie qui s'attrape par l'eau

Photo de Seidu Andrew Korkor Seidu est un défenseur qui s'est fait lui-même. En tant que directeur du Programme d'éradication du ver de Guinée au Ghana, Seidu s'occupe d'une des maladies les plus endémiques du pays : le ver de Guinée. Grâce à ses efforts, cette maladie handicapante qui trouve son origine dans l'eau, touche des millions de gens en moins chaque année.

Seidu, âgé de 46 ans, est né dans un petit village appelé Seripe, situé à 16 kilomètres au sud de Bole, dans le Nord du Ghana. Il a été élevé dans une famille pauvre de huit enfants et a du exercer des travaux dégradants afin de pouvoir se payer ses études. Il rêvait d'être ingénieur et passait ses après-midis à fabriquer des voitures et des camions avec des tiges de maïs.

Bien que les rêves de Seidu aient été ambitieux pour un enfant pauvre du Nord du Ghana, il a eu des guides qui ont cru en lui. Il a été encouragé sur le plan scolaire et a reçu l'appui de prêtres de son village qui le voyaient faire autre chose dans la vie que le métier d'ingénieur. Ils l'ont convaincu d'employer son intellect prometteur et sa créativité pour aider sa communauté, « en travaillant avec les êtres humains plutôt qu'avec les machines. »

Avec l'aide de son entourage et grâce à sa propre persévérance, Seidu a décidé de devenir docteur.

Comme dans beaucoup de campagnes pauvres du Ghana, le village de Seidu souffre du ver de Guinée, un parasite effrayant qui paralyse des personnes depuis des milliers d'années. Le docteur Seidu a lui-même contracté le ver de Guinée dans son enfance. Il a grandi en voyant ses parents, ses proches et ses amis en souffrir.

« C'était décourageant de se voir ainsi paralysé. Et quelle douleur ! Vous vous sentez si répugnant du fait de la suppuration et la gêne causée par les mouches. » En tant qu'ancien patient, il était naturel que le docteur Seidu concentre ses efforts sur le fléau le plus effrayant du Ghana.

Le ver de Guinée, scientifiquement désigné sous le nom de dracunculose, ne se transmet que lorsque la personne boit de l'eau qui a été contaminée par des larves de ver de Guinée. Après l'ingestion des oeufs transportés par l'eau, le parasite se développe dans le corps jusqu'à ce qu'il en émerge lentement d'une ulcération. La perforation est habituellement située sur le pied, bien que le ver qui peut atteindre jusqu'à un mètre de long et 2 mm de diamètre, puisse émerger de n'importe où, y compris de l'orbite, de la poitrine, du bras ou du visage.

Le cycle ne peut être perpétué que d'une façon. Quand les victimes affectées vont à l'étang ou au puit local d'eau potable afin de baigner leurs vers pendants, le ver de Guinée éjecte un nouveau jet d'oeufs, qui souillera à nouveau l'eau du village.

Puisque la maladie se développe à l'intérieur d'un cycle très décelable, décontaminer l'eau du village et arrêter l'émission d'oeufs est assez simple. Les puits des villages et les sources d'eau devraient être traités avec des produits chimiques pour tuer les larves existantes, mais il est impératif que les victimes s'abstiennent de baigner leurs blessures dans la source locale d'eau potable.

Le mouvement d'éradication du ver de Guinée a était initié en 1986 par l'ancien Président des Etats-Unis, Jimmy Carter, après qu'il ait vu des patients guinéens souffir de la maladie lors de l'un des ses voyages. La Fondation du Président Carter, le Centre Carter, a dès lors financé une grande partie de la campagne mondiale. Ils sont les principaux partenaires et conseillers auprès du Programme de Seidu.

La campagne d'éradication utilise une approche éducative très créative. Le Centre Carter et le Programme national ont formé une équipe de volontaires à l'intérieur de la communauté qui portent des T-shirts particuliers et circulent à bicyclette à travers les villages de campagnes afin de soigner et d'informer les villageois.

Des troupes thêatrales, des musiciens et des célébrités locales participent également à ce projet. « Miss Ghana », une jeune fille souriante et éloquente de 23 ans, s'est récemment vu attribuée un prix lors pour son engagement dans la lutte contre le ver de Guinée à l'occasion du concours « Miss Monde ».

Les éducateurs soulignent la simplicité du traitement de l'eau. Indépendamment du traitement de l'eau avec des produits chimiques, l'eau infectée par le ver de Guinée peut être filtrée avant qu'elle ne soit ingérée, à l'aide d'un simple filtre de tissu qui s'adapte sur n'importe quel bouteille ou verre. Le filtre retient ainsi les puces et les larves microscopiques avant qu'elles puissent infecter les personnes.

Un filtre portatif est également disponible, notamment pour les fermiers et les enfants qui sont susceptibles de boire à des points d'eau stagnante. On appelle cela un « filtre pipe » et il ne coûte que 19 centimes.

Les efforts du docteur Seidu et du Centre Carter ont remporté un franc succès. La campagne mondiale menée a permis de diminuer les taux de la maladie de 99% depuis 1986. En l'espace de 20 ans, le ver de Guinée est passé de 3,5 millions de cas par an à travers le monde à seulement environ 11,000 cas dans les villages isolés. Le ver de Guinée est sur le point de devenir la première maladie dans l'histoire de l'humanité à avoir été éradiquée sans vaccin ni traitement médical.

« Je suis convaincu que c'est la meilleure chose que je puisse faire pour mon pays et l'humanité », indique humblement Seidu.

Et il semble que l'humanité en a considérablement bénéficié. Grâce au dévouement du docteur Seidu et au rêve ambitieux de l'ancien Président Carter, cette peste qui sévit depuis plus de mille ans pourrait finalement devenir un mythe plutôt qu'une douloureuse réalité.



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