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Les
centres sanitaires communaux du docteur Pathak brisent les tabous
Le docteur Bindeshwar Pathak raconte l'histoire d'une jeune femme
dans un village indien, qui écrit une lettre à son mari
parti chercher du travail à la ville. « Quand tu rentreras
à la maison ne me rapportes pas de bijoux. J'aimerais mieux
que tu rapportes de l'argent pour que nous puissions construire une
salle de bain. »
Bindeshwar relate
cette histoire pour illustrer à la fois l'énorme crise
que traverse la santé publique en Inde - le manque d'installations
d'assainissement adaptées - et la volonté croissante
des habitants du pays de se confronter à ce problème
traditionnellement tabou. Cette histoire revêt une importance
spéciale aux yeux du médecin quil a inventé un
système sanitaire ingénieux et accessible financièrement ;
réglant du même coup les deux éléments
de la crise de l'hygiène en Inde : le risque sanitaire et ses
effets sociaux coûteux.
Pour
la première fois, grâce à l'alternative que je
leur propose, les gens ont un espoir. explique Bindeshwar. « cette
alternative a donné, aux
femmes particulièrement,
le sentiment d'intimité et la dignité qu'interdisait
la pratique de la défécation en plein air. »
Plus de 700 millions
de personnes en Inde n'ont aucune installation sanitaire et défèquent
en plein air ou dans des seaux. On estime qu'environ 500.000 personnes
meurent chaque année en Inde des maladies liées à
la diarrhée. Un grand nombre d'Indiens - particulièrement
les enfants - souffrent de maladies gastrointestinales et d'infestations
de ver qui sont le résultat directe des carences en équipements
sanitaires.
Ces carences
ont des conséquences sociales profondes. Dans les villages
ruraux où la population défèque toujours en plein
air, les femmes ne peuvent se soulager qu'avant le lever ou après
coucher du soleil. De telles restrictions non naturelles entrainent
la détresse physique et privent les femmes de leur intimité
et de leur dignité, estime Bindeshwar.
Le manque d'équipements sanitaires, en Inde, a plusieurs causes.
La plus évidente est le manque d'argent pour installer les
égouts ou les fosses septiques. Ce manque de fonds est renforcé
par un accroissement démographique rapide et l'absence de prise
de conscience des dangers de la défécation en plein
air. L'acceptation de cette pratique a été intégrée
dans la structure sociale de l'Inde en raison du système de
castes.
Les éboueurs / balayeurs, les hommes et les femmes qui enlèvent
à la main les déchets humains, sont des « intouchables »
- la plus basse des classes sociales de l'Inde. Bien que le balayage
à la main ait été proscrit en Inde, sa pratique
est encore répandue dans les secteurs urbains, et, à
un moindre degré, dans les campagnes. Il reste
de nos jours approximativement
quatre millions de balayeurs.
Pour aborder ces questions de santé et de disgrâce sociale,
Bindeshwar
a commencé à établir et installer le système
de « Sulabh » - les toilettes accessibles qu'il avait conçues
- avec l'Organisation
du service social international de Sulabh, l'organisation non
gouvernementale qu'il a fondée.
Le système de « Sulabh », qui emploie environ deux
litres d'eau par chasse en comparaison aux 14 exigés par une
installation classique, dépose alternativement les déchets
dans deux puits. Le premier puits peut être utilisé par
une famille de cinq personnes pendant quatre années. Quand
le premier puits est plein, la famille peut utiliser le second puits,
qui pourra à son tour être employé pendant environ
quatre années. Au cours de cette période, les déchets
du premier puits sont graduellement et naturellement convertis en
un compost riche pouvant être employé comme engrais.
Chaque puits est profond d'environ un mètre et demi, et garni
d'un trellis de briques. Le gaz constitué par la décomposition
des déchets est absorbé dans le sol environnant, les
odeurs sont donc éliminées. Les expériences entreprises
en Inde ont établi que les bactéries présentes
dans le puits ne franchissaient pas plus de trois mètres verticalement.
La conception du système et des puits peut être modifiée
autant que nécessaire pour protéger les sources d'eau
et le sous-sol.
Un « Sulabh » peut être établi pour moins de
$10, ce qui en fait une option accessible même dans des régions
pauvres de l'Inde, où moins de six pour cent de tous les secteurs
urbains ont des raccordements aux réseaux d'égouts.
Dans ces secteurs urbains, les Sulabh ont été adoptés
par la communauté, souvent moyennant quelques innovations :
le raccordement à une usine de gaz naturel, par exemple. Grâce
à ces usines, les déjections humaines produisent de
l'eau qui peut être employée pour l'irrigation, et du
gaz naturel, une fois mélangé à du carburant
diesel, il peut alimenter les dispositifs électriques municipaux.
Les « Sulabh » produisant du gaz sont devenus très
populaires dans les hôpitaux, les écoles et les hôtels.
L'ONG de Bindeshwar a déjà installé plus d'un
million de toilettes individuelles et presque 5.500 toilettes communes.
La prolifération de ces équipements a déjà
provoqué des changements notables dans les secteurs urbains,
où l'incidence de la défécation en plein air
a diminué brusquement.
Puisque les toilettes communes comportent également des urinoirs,
les mauvaises odeurs dues aux déjections « ne sont plus
aussi omniprésentes que par le passé », indique
Bindeshwar.
« Plus que tout, le système de Sulabh a apporté
une transformation complète des conditions de vie des éboueurs, »
ajoute fièrement.
Les systèmes de Sulabh ont rendu son sens à la législation
interdisant la pratique du balayage, en éliminant une grande
partie de la défécation en plein air. Environ 60 pour
cent de l'argent généré par l'opération
« payez et utilisez » dans les toilettes communes des secteurs
urbains est donné à d'anciennes familles d'éboueurs
ou est utilisé pour payer la formation professionnelle qui
les aide à se réinsérer dans la société.
Les 40 pour cent restants sont investis dans des programmes à
destination des enfants et d'autres secteurs de la société.
Avec la popularité croissante des Sulabh, Bindeshwar estime
que le « balayage est sur la sortie. C'est de ce progrès
social dont [ nous ] sommes le plus fier. C'est dans ce domaine que
les habitudes ont changé. En fait, la partie est déjà
gagnée. »
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