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 Convictions tribales
Francis Kabina travaille avec les victimes d'une horreur inimaginable : des jeunes filles violées et maltraitées, des jeunes garçons forcés à combattre et à tuer; des hommes dont les maisons et les familles ont été détruites, des femmes, des enfants et des personnes âgées dont les membres ont ont été coupés à la machette. Ce sont les proches de Francis.
Francis a 33 ans et il travaille en Sierra Leone comme volontaire des Nations Unies depuis 1998. Spécialiste des traumatismes et de la réintégration dans la communauté, Francis aide les personnes traumatisées par une guerre sauvage qui a fait
75 000 victimes et déplacé la moitié de la population du pays, de 4,4 millions d'habitants. Francis, qui vient de Tanzanie, a également vécu directement la brutalité. Il a été évacué trois fois de la Sierra Leone, dont une fois après que les rebelles antigouvernementaux l'ont si gravement tabassé qu'il en a presque perdu la vie.
Francis s'est attelé une tâche herculéenne : La réintégration des communautés d'anciens combattants et de leurs victimes. Il tient des réunions publiques dans les écoles, les églises, les mosquées et les camps de réfugiés afin que les victimes puissent évacuer leur colère refoulée, dans un environnement contrôlé. Le drame théatral est utilisé pour aider les gens à vivre avec leur passé. Les villageois revivent les atrocités et rejouent leur fuite des rebelles. Les personnes amputées racontent leurs expériences et elles reconstituent des assaults fictifs sur d'anciens combattants qui les ont mutilé.
« J'ai vu beaucoup de gens souffrir énormément » raconte Francis. « Ces gens sont en colère et ils ont été blessés. S'ils conservent leur colère ils peuvent souffrir de déséquilibres psychologiques et risquent de craquer. »
Une fois que les victimes comprennent qu'il est important de ne pas chercher à se venger, Francis conseille aux anciens combattants de retourner dans leurs communautés. Beaucoup d'anciens rebelles font des confessions publiques dans les églises et les mosquées. Même si les gens continuent à se battre avec leur passé turbulent, ils acceptent petit à petit l'idée d'écouter et même de pardonner.
Francis utilise une session intensive de conseil en traumatisme pour former des responsables communautaires - des travailleurs sociaux, des enseignants, des pasteurs et des imams qu'il a recruté pour aider les autres. Les nouveaux stagiaires sont encadrés de près pendant trois mois et ils reçoivent régulièrement des sessions de suivi de deux jours afin d'échanger leurs expériences et de discuter des moyens d'appréhender des situations nouvelles et difficiles.
« Tout doucement, cette approche fonctionne » indique Francis qui reconnaît qu'il faudra du temps pour surmonter toute les douleurs et souffrances. « Les anciens combattants ont laissé des marques que les gens ne peuvent pas effacer facilement » reconnaît-il.
Francis et ses collègues estiment qu'ils ont aidé plus de 20 000 personnes dans la région de Freetown. Cependant, hors de la capitale où les forces rebelles sont toujours actives, Francis a été incapable de mettre en place ses services de conseil. Dans des villes telles que Moyamba et Bo, nous avons fait « deux pas en avant et trois pas en arrière » dit Francis.
Francis Kabina travaille pour le Bureau des Nations Unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS) avec environ 70 autres volontaires spécialisés, recrutés dans 30 pays par le Programme des Volontaires des Nations Unies (VNU).
Ces volontaires apportent des services à la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL), qui exécute son mandat de droits de l'homme en collaboration avec le Gouvernement et les institutions nationales, les agences des Nations Unies, les organisations humanitaires et des droits de l'homme, la société civile et les communautés religieuses. Sa priorité est donnée à la surveillance des droits de l'homme, à l'établissement de rapport, à la sensibilisation et à la formation.
Le Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme et la MINUSIL travaillent avec le Gouvernement pour mettre en place une commission de la vérité et de la réconciliation et une commission des droits de l'homme en Sierra Leone.
Texte repris de « NVU News », septembre 2000
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