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Radio rurale en Afrique

Lorsque les Nations Unies ont lancé un projet de station de radio locale dans son quartier, Raki Abdoulaye a sauté sur l'occasion qui lui a été présentée d'y participer.

Goudel, une commune surpeuplée de la banlieue de Niamey, n'est pas le genre d'endroit où les opportunités abondent, et Kaki, quant à elle, n'est pas le genre de filles qui laisse passer sa chance.

En un an de travail sur ce projet, Raki, en sa qualité d'animatrice et de DJ à la radio, a non seulement transformé sa propre vie, mais a également influé sur celles des milliers de jeunes gens qui captent les émissions de la radio.

En Novembre 2000, Raki avait 17 ans. Elle vivait au Niger, le deuxième pays le plus pauvre au monde. Elle n'avait aucune expérience dans le domaine des radios, et n'avait pas fait d'études au delà de l'école primaire. Comme beaucoup d'autres filles à Goudel, Raki a arrêté l'école afin d'aider ses parents, lesquels n'avaient pas les moyens de nourrir toute la famille. Cependant, elle ne disposait pas des compétences suffisantes pour trouver un emploi qui paye assez pour la sortir de la pauvreté. « Je ne trouvais aucun travail, » disait-elle. « je restais à la maison toute la journée en ne faisant rien. »

Tout cela a changé lorsque les Nations Unies ont mis en place Radio Goudel FM 88. Fondée avec l'aide du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la station de radio délivre des informations sur des sujets tels que la santé, l'environnement et les droits de l'homme, et est prise en charge par les jeunes de la communauté eux mêmes.

« Le premier sujet traité portait sur sur l'hygiène. J'avais très peur avant de commencer, » admit elle avec humour. « Je n'avais jamais vu de micros auparavant. »

Un producteur lui a donné des informations en français, la langue officielle du pays, qu'il lui a fallu traduire en Zirma, une des nombreuses langues des émissions radiophoniques locales. « Il fallait que j'explique les informations d'une façon que les gens trouvent compréhensive et intéressante, » dit elle. « J'ai paniqué lorsque le technicien a agité la main, indiquant que je devais commencer, mais je me suis calmé, et peu après, les mots ont commencé à sortir facilement. »

Parler à la radio est rapidement devenu une seconde nature pour Raki qui présente désormais une émission cinq jours par semaine. Sa voix claire, sincère, fait maintenant partie du quotidien des vies de la jeunesse de Goudel, ainsi que de celle de Niamey, qui capte également la fréquence de la radio.

« J'ai appris que tout ce qu'il me fallait faire était de parler comme si je m'adressais à mes amis, » nous a-t-elle confié, expliquant sa stratégie, « Je me suis rapidement rendu compte que je possédais réellement un grand nombre d'amis. »

Il n'y a pas seulement la jeunesse qui écoute, dit Abdou Son-Allah, un fonctionnaire des Nations Unies qui supervise les 18 stations de radio locales dans différentes parties du Niger. « Lorsqu'il y a eu apparition de cas de méningites, » Raki a demandé à toute la population de Goudel de se débarrasser des ordures, en expliquant comment la saleté constituait un facteur de transmission de la maladie. Après seulement une journée, les rues étaient ostensiblement plus propres.

Environ une centaine de stations de ce type sont apparues ces dernières années à différents endroits de l'Afrique. Le PNUD et le FNUAP fournissent aux communautés situées en des endroits pauvres et bien souvent éloignés de tout, du matériel de transmission de pointe, pourtant obtenu à bas prix et dont l'usage est gratuit. Le matériel fonctionne à l'énergie solaire et est facilement transportable. Le coût est inférieur à 4000 dollars.

Ce prix inclut une liaison satellite spéciale de façon à permettre aux stations locales de capter des programmes conçus par différents organismes de développement de par le monde et ainsi, de les rediffuser. La fréquence satellite, fournie par la World Space Foundation, comprend non seulement un canal audio mais aussi visuel. Chaque radio locale dispose d'un récepteur proposant de nombreuses stations d'information sous forme de textes en anglais ou en français. Les radios locales peuvent ensuite traduire ce que bon leur semblent dans les langues locales.

Chaque station adapte l'équipement à ses besoins propres. Certaines stations proposent des informations météorologiques par exemple. D'autres, situées dans des zones de conflits concentrent leur programmation sur les façons d'améliorer le dialogue et la compréhension au sein de la communauté.

Raki prépare de nombreux programmes à l'attention des femmes. « Je parle de ce que nous, en tant que femmes, pouvons faire pour nous aider nous et nos familles. Je dis aux filles de rester à l'école quoi qu'il arrive. »

Certains jours, elle exerce les fonctions de disc jockey et passe des chansons populaires de musiciens locaux. « Entre les chansons, je dis comment on peut préserver notre culture vivante entendu que c'est déjà assez dur de survivre à Goudel. »

Etre DJ n'est qu'un début pour Raki. Radio Goudel propose également une formation informatique, et Raki sait maintenant préparer des listes de chansons et produire ses propres programmes radio. Ses tous nouveaux talents informatiques vont lui permettre de faire fonctionner le premier centre télévisuel de la région, lequel sera bientôt installé sur les lieux de la station radio.

« Il n'est pas aisé d'avoir une vision d'avenir lorsqu'on vit dans la commune », dit elle. « Mais je dis aux gens qu'il nous faut comprendre comment rester en vie aujourd'hui autant que demain. »

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