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FOURNIR DE L'EAU – A UN CERTAIN PRIX


Généralités

Assurer l'approvisionnement en eau et des services d'assainissement à la population mondiale est une tâche énorme et onéreuse. Ces services essentiels sont-ils le mieux assurés par les gouvernements ou par le secteur privé ? C'est un débat qui occupe les décideurs, les experts et les associations civiques. On trouvera ci-dessous les grands traits de ce débat et les positions clés.

Fournir de l'eau potable et des services d'assainissement à ceux qui n'en ont pas exige des investissements considérables - entre 14 et 30 milliards de dollars par an selon diverses estimations, en plus des 30 milliards dépensés chaque année dans le monde. Comme cela est le cas pour la plupart des services d'infrastructure tels que l'électricité, les télécommunications et les transports, la plupart des pays en développement comptent sur les services publics de distribution pour financer et gérer les services d'approvisionnement en eau et d'assainissement. Mais en raison de difficultés au niveau du financement et des ressources humaines, les résultats sont souvent une faible productivité et un service et une couverture inefficaces. D'après la Banque mondiale, les inefficacités techniques dans les domaines de l'électricité, de l'eau, des routes et des voies ferrées auraient, à elles seules, causé des pertes annuelles de 55 milliards au début des années 90 -l'équivalent d'1 % du PNB de tous les pays en développement, un quart de leurs investissements annuels dans les infrastructures, et deux fois le financement annuel de développement des infrastructures.

A la fin des années 80, poussés par les créditeurs internationaux, des pays, partout dans le monde, ont commencé à se tourner vers le secteur privé, lui confiant la gestion des entreprises existantes chargées des infrastructures et du financement des actifs d'infrastructure. On a fait valoir que l'expertise du secteur privé dans le domaine de la gestion et du financement pourrait améliorer la qualité et la quantité des services d'infrastructure. On pourrait puiser dans les ressources financières privées et accroître les services, tout en réduisant le fardeau qui pèse sur des ressources publiques insuffisantes.

Dans les pays en développement, l'eau et les services d'assainissement sont souvent subventionnés, généralement par le biais de paiements versés directement aux services de distribution, et financés par les impôts. A l'heure actuelle, le niveau d'investissement dans l'eau et l'assainissement dans les pays en développement est environ de 15 milliards de dollars par an. D'après la Banque mondiale, les gouvernements sont responsables de près de 75 % du financement, et le secteur privé d'environ 11 %, les 14 % restants provenant d'organismes d'aide externes.

D'une manière générale, tout le monde pense que l'eau est un bien commun et que le secteur public est le plus à même de répondre aux besoins de base à très bas prix. De ce fait, il est rare que les consommateurs paient ce que coûte vraiment l'approvisionnement en eau. Même les tarifs imposés aux usagers industriels sont généralement basés sur les coûts moyens, ne tenant aucun compte de facteurs externes tels que l'évacuation des eaux usées et les « coûts d'opportunité » tels que les bénéfices perdus du fait que l'on n'exploite pas les autres utilisations possibles de l'eau. Il en résulte notamment qu'une grande quantité d'eau est sous-évaluée et gâchée, alors même que le monde est confronté à des pénuries croissantes d'eau. Sans une compensation pour les dépenses encourues, les gouvernement des pays en développement ne peuvent généralement pas se permettre d'étendre leurs services à tous ceux qui en ont besoin, et les pauvres sont donc souvent contraints de marcher longtemps pour aller chercher de l'eau qui risque de les rendre malades car elle n'est pas potable.

D'aucuns font valoir que la privatisation de l'eau et des services d'assainissement peut régler certains de ces problèmes. Aujourd'hui, le secteur privé ne gère que 7 % du système hydrologique mondial, chiffre qui devrait plus que doubler d'ici à 2015. A l'heure actuelle, la gestion privée de l'eau représenterait un chiffre d'affaires évalué à 200 milliards de dollars par an, et les projections de la Banque mondiale indiquent qu'il pourrait atteindre 1 billion de dollars par an d'ici à 2021.

Critiques croissantes

Toutefois, la participation croissante du secteur privé suscite des critiques croissantes. De même qu'à l'époque où les services d'approvisionnement en eau et d'assainissement étaient gérés par le secteur public, des rapports indiquent que les services privés sont contaminés, que des canalisations défectueuses ne sont pas réparées pendant des semaines, et surtout, que les augmentations des tarifs forcent les pauvres à choisir entre l'eau et la nourriture. A Cochabamba, troisième ville de Bolivie, les tarifs ont augmenté de 35 % après qu'un consortium privé a assuré la gestion du système hydrologique en 1999, ce qui a entraîné de longues manifestations de rue. Le contrat conclu avec cette entreprise privée a été annulé moins d'un an plus tard.

Même les tentatives faites par certains pays en développement pour adopter les méthodes du secteur privé ont servi de leçons difficiles. Lorsque le Gouvernement sud-africain a tenté de mettre fin aux subventions pour l'eau en 2000, des millions d'indigents ont dû utiliser l'eau de cours d'eau et de lacs pollués, ce qui a provoqué l'une des plus grandes épidémies de choléra du pays.

Ces exemples renforcent deux perceptions fréquentes - que la participation du secteur privé enrichit un petit groupe aux dépens du plus grand nombre, et que l'eau est réservée à ceux qui ont les moyens de la payer. Les critiques font valoir que les entreprises privées, soucieuses de faire des appels d'offres attrayants pour des contrats à long terme, sous-estiment souvent les coûts d'entretien du système hydrologique. Une fois le contrat obtenu et les opérations commencées, elles réduisent le personnel et les dépenses d'entretien et/ou augmentent les tarifs afin de réaliser des bénéfices. D'autres opposants à la privatisation font valoir que l'eau est un droit fondamental et qu'elle devrait être accessible à tous de manière égale et adéquate sur une base non lucrative et ne devrait pas être gérée par des entreprises à but lucratif.

Trouver des solutions Mais quel que soit le gestionnaire de cette ressource clé, il faudra bien que quelqu'un paie l'eau et les services d'assainissement, que ce soit le consommateur ou le contribuable. Certains experts font valoir que les entreprises privées, qui sont souvent mieux placées pour identifier les insuffisances et assurer les services nécessaires, ont un rôle important à jouer. Mais collaborer avec le secteur privé ne signifie pas qu'un gouvernement confierait tout simplement la gestion de ses ressources en eau au secteur privé, laissant libre cours à l'appât du gain. Cela implique au contraire un dialogue entre le gouvernement, le secteur privé et tous les usagers, afin de trouver des solutions équitable et saines sur le plan environnemental.

Un éventail de relations pourrait se mettre en place, comportant de nombreuses options quant au rôle du secteur privé. Les gouvernements pourraient passer du rôle de financiers et fournisseurs exclusifs de services d'infrastructure à celui de facilitateurs et de régulateurs de services fournis par des sociétés privées. Les contrats devraient veiller à maintenir un bon équilibre entre normes minimales et sanctions, tout en contenant des incitations. Dans tous les cas, les gouvernements doivent continuer à assurer des fonctions de contrôle et de réglementation.

Une autre solution possible et envisagée serait que les gouvernements fixent mieux le prix de l'eau. La mise au point de tarifs qui répondent aux préoccupations sociales, techniques, économiques et environnementales constitue un des plus gros problèmes. Une solution est mise à l'essai dans certains pays : le gouvernement paie une partie de la consommation des ménages pauvres qui répondent à certains critères dans le cadre d'un programme de subventions directes. Outre le minimum de base, les consommateurs devraient payer les augmentations par unité utilisée. Ceci permettrait notamment de ne pas laisser le prix de l'eau tomber en dessous des coûts économiques.