Réforme des Nations Unies. Rapports et documentation de référence.
 
 
Rapport intégral (PDF)

 

 

Résumé

Tel que nous la connaissons aujourd’hui, l’Organisation des Nations Unies diffère considérablement de ce qu’elle était lors de sa fondation, voici plus de 60 ans, à l’issue de la conférence de San Francisco. Sa vocation normative demeure certes importante, et elle continue de l’assumer efficacement, mais depuis 10 ans, ses activités opérationnelles ont connu une expansion spectaculaire dans de multiples domaines, allant de la défense des droits de l’homme à la promotion du développement. Cette expansion s’est manifestée tout particulièrement dans le secteur du maintien de la paix, où le volume des opérations a quadruplé, tandis que les missions nouvelles se multipliaient et se diversifiaient; les missions de maintien de la paix absorbent aujourd’hui un budget de 5 milliards de dollars et emploient sur le terrain quelque 80 000 personnes, dont des civils deux fois plus nombreux que les fonctionnaires du Secrétariat en poste au Siège. Autrement dit, l’ONU a cessé d’être une organisation à vocation essentiellement délibérante, présente dans un petit nombre de villes sièges. Sa mission s’étant largement diversifiée, elle doit désormais être présente partout dans le monde où son aide peut améliorer le sort des gens.

La diversification spectaculaire des activités de l’Organisation conduit à repenser fondamentalement son Secrétariat, c’est-à-dire à remettre en question non seulement sa structure, ses systèmes et ses textes, mais aussi ses traditions. Or, cette refonte reste à faire. Les fonctionnaires de l’Organisation, sa ressource la plus précieuse, sont de plus en plus débordés, et les systèmes de gestion ne sont plus à la mesure de leurs besoins. Les précédentes initiatives de réforme, qui ont certes produit quelques améliorations notables, visaient pour certaines les symptômes plutôt que les causes des faiblesses de l’ONU, et n’ont pas donné à celle-ci les moyens de répondre à des attentes et sollicitations nouvelles. Les dirigeants de tous les États Membres m’y ayant invité lors du Sommet mondial de septembre 2005, je propose dans le présent rapport des mesures qui sont à mon avis indispensables pour donner aux futurs secrétaires généraux les moyens d’exercer efficacement leur mission de gestionnaire, ainsi que diverses autres qui doivent permettre à l’Organisation de mieux utiliser ses moyens de gestion et mieux mettre en valeur ses ressources humaines. Une chance, unique peut-être pour notre génération, s’offre aujourd’hui à nous de transformer l’Organisation en lui donnant les moyens de se montrer à la hauteur des grands défis du XXIe siècle, une chance, autrement dit, de doter les États Membres des instruments dont ils ont besoin pour définir les orientations stratégiques et laisser au Secrétariat, sous réserve de l’indispensable transparence, l’entière responsabilité de leur mise en œuvre.

Pour que cet objectif puisse être atteint, il importe que le Secrétariat et les États Membres rapprochent le réexamen du dispositif de contrôle interne de celui du système interne d’administration de la justice, actuellement menés en parallèle lors même qu’ils visent l’un et l’autre des réformes essentielles pour faire de l’ONU une organisation plus forte, plus dynamique et plus transparente, et que ces réexamens tiennent compte des impératifs des réformes d’envergure étroitement liées entreprises dans six autres grands domaines. J’avance, dans le présent rapport, des propositions qui intéressent ces six domaines, ainsi que la gestion du changement; ces propositions, au nombre de 23, sont résumées ci-après :

I. Capital humain

Les compétences des fonctionnaires de l’ONU ne répondent plus aux besoins d’aujourd’hui. L’Organisation ne parvient pas toujours à attirer les meilleurs candidats et n’a pas les moyens financiers d’aider ceux qu’elle recrute, en particulier pour des affectations sur le terrain, à s’épanouir professionnellement. Elle manque de cadres convenablement formés à la gestion, et le système actuel exclut l’intégration du personnel recruté pour des missions sur le terrain, alors pourtant que les qualifications et l’expérience que possède ce personnel sont de celles dont l’ONU a le plus besoin. Pour remédier à ces insuffisances, je propose ce qui suit :

1. Le recrutement devrait anticiper la demande et être mieux ciblé et plus rapide.

2. Le régime de mobilité devrait s’appliquer aussi bien au personnel des missions qu’aux fonctionnaires du Siège; la mobilité devrait faire partie des conditions d’emploi et être une condition nécessaire de l’avancement, et le pouvoir conféré au Secrétaire général de procéder à des transferts latéraux de personnel devrait être réaffirmé et étendu.

3. Pour rendre plus efficace la planification des carrières, il conviendrait d’organiser des formations ciblées, de définir les conditions nécessaires de l’avancement et d’offrir des parcours professionnels plus diversifiés.

4. Le régime des engagements devrait être simplifié et les conditions d’emploi harmonisées.

Haut de page

II. Qualité de l’encadrement

La structure actuelle de l’équipe dirigeante du Secrétariat est mal adaptée aux exigences de la gestion d’opérations vastes et complexes, et le Secrétaire général, dans sa qualité de Chef de l’administration, a trop de collaborateurs relevant directement de son autorité. Pour remédier à cette situation, je propose ce qui suit :

5. Le Secrétaire général devrait redéfinir les attributions du Vice-Secrétaire général en lui déléguant officiellement le pouvoir et la responsabilité de diriger et d’administrer les activités opérationnelles du Secrétariat.

6. Les 25 départements et autres entités qui, actuellement, relèvent directement du Secrétaire général devraient être réorganisés de manière à réduire sensiblement le nombre des hauts fonctionnaires qui sont ses subordonnés immédiats.

7. Il faudrait établir un plan ambitieux de renforcement des capacités de gestion des cadres moyens et supérieurs, englobant recrutement, perfectionnement et organisation des carrières.

III. Informatique et télématique

Dans ce domaine, bien qu’elle ait apporté ces dernières années des améliorations notables à son infrastructure, l’ONU, avec ses systèmes qui, faute de ressources financières, restent compartimentés et sont techniquement dépassés, est en retard par rapport à d’autres organisations de taille et de complexité comparables. L’absence d’un système intégré d’archivage et de recherche des informations produites par l’ONU freine les progrès dans nombre d’autres domaines. Pour remédier à cette situation, je propose ce qui suit :

8. Il conviendrait de créer un poste de haut responsable de l’informatique et de la télématique dont le titulaire, ayant rang de sous-secrétaire général, serait chargé de superviser l’élaboration et l’application d’une véritable stratégie de gestion de l’information.

9-10. Il conviendrait d’entreprendre d’urgence la modernisation des systèmes informatiques et télématiques employés à l’échelle du Secrétariat.

Haut de page

IV. Prestation de services

Comparée à d’autres organisations, dont certaines font partie du système des Nations Unies, l’ONU a été lente à s’intéresser aux nouvelles formules de prestation de services telles que la délocalisation et l’externalisation. La nature même de l’Organisation et le fait que certaines des missions qui lui sont assignées sont politiquement délicates impliquent certes qu’un certain nombre de fonctions essentielles devront continuer d’être exercées au Siège par des fonctionnaires internationaux, mais il est des fonctions auxiliaires pour lesquelles d’autres formules méritent d’être sérieusement étudiées. Je propose à cet égard ce qui suit :

11. L’Assemblée générale devrait modifier ses directives afin de permettre au Secrétariat d’envisager toutes les formules possibles de prestation de services, notamment d’évaluer les possibilités de délocalisation et d’externalisation.

12. Le coût et les avantages de l’application de ces formules à la prestation de certains services administratifs devraient faire l’objet, dans un délai de 12 mois, d’analyses rigoureuses.

13-15. J’entends prendre une série de mesures pour rendre le système de passation des marchés de biens et services plus efficace et rigoureux.

Haut de page

V. Budget et finances

L’ONU est actuellement handicapée par un système de budgétisation qui privilégie le détail au détriment des grandes orientations et est alourdi par l’existence de 150 fonds d’affectation spéciale et 37 comptes d’opération de maintien de la paix, pour chacun desquels les activités d’appui et les dépenses correspondantes font l’objet de prévisions distinctes. Compartimentée, la gestion financière comporte de multiples opérations manuelles. Les délégations de pouvoir en matière financière sont trop limitées, ce qui explique en partie l’insuffisance du contrôle exercé sur les résultats. Pour remédier à cette situation, je propose ce qui suit :

16. Le cycle d’examen et d’adoption du budget devrait être raccourci, et les ouvertures de crédits, qui se répartissent actuellement entre 35 chapitres, devraient être regroupées sous 13 grands chapitres; des pouvoirs plus étendus devraient être conférés au Secrétaire général en matière de redéploiement de postes et d’utilisation des économies réalisées sur les postes vacants.

17. Les comptes des opérations de maintien de la paix devraient être consolidés, et la gestion des fonds d’affectation spéciale simplifiée; le montant du Fonds de roulement et le montant maximum des engagements de dépenses autorisés par l’Assemblée générale pour les opérations de maintien de la paix devraient être relevés; enfin, les règles de gestion financières de l’ONU devraient être revues afin de permettre d’organiser des délégations de pouvoir suffisamment larges, dans une optique de responsabilisation.

18. La planification et la budgétisation devraient être expressément axées sur les résultats et la qualité de la gestion, dans le cadre d’un dispositif plus strict de contrôle et d’évaluation.

Haut de page

VI. Gouvernance

Le bon fonctionnement de l’Organisation implique l’existence d’un système de gouvernance offrant aux États Membres les informations et les outils dont ils ont besoin pour guider l’action du Secrétariat et pour contrôler la manière dont il s’acquitte des mandats qu’ils lui confient et l’usage qu’il fait des ressources qu’ils mettent à sa disposition. En l’état actuel des choses, la budgétisation et la filière décisionnelle manquent à bien des égards de clarté et de transparence, et le dialogue entre le Secrétariat et les commissions de l’Assemblée générale laisse parfois à désirer. Pour remédier à cette situation, je propose ce qui suit :

19. Le Secrétariat devrait améliorer son système d’établissement de rapports afin de pouvoir rendre compte en un seul rapport annuel de l’ensemble de ses activités, et devrait ramener de 30 à six le nombre des rapports de gestion.

20. De nouveaux principes devraient régir le dialogue entre le Secrétariat et l’Assemblée générale sur les questions de gestion et les questions budgétaires afin de le mieux concentrer sur les questions de fond, les grandes orientations et les résultats.

21. J’engage donc l’Assemblée générale à envisager de modifier les modalités de son dialogue avec le Secrétariat sur les questions de gestion et les questions budgétaires.

Haut de page

VII. Pour l’avenir, investir dans le changement

Pour donner l’impulsion voulue à la réforme dans ces différents domaines et en faciliter la mise en œuvre, je préconise la création, pour une durée limitée, d’un bureau de la gestion du changement qui, investi d’un mandat clairement défini, collaborerait avec les chefs de départements et les autres cadres dirigeants du Secrétariat à la planification et à la coordination des réformes. Idéalement, ce bureau devrait pouvoir aussi travailler en étroite liaison avec un groupe restreint, mais représentatif d’États Membres. Enfin, pour réussir dans cette vaste entreprise, l’Organisation doit pouvoir s’appuyer sur un personnel dynamique, ce qui implique, comme le prévoit le Document final du Sommet mondial de 2005, l’application d’un programme de départs négociés judicieusement ciblé. Sur ces questions, je propose ce qui suit :

22. Des crédits devraient être expressément affectés à la gestion du changement; le Secrétariat aura en particulier besoin à brève échéance des ressources nécessaires pour la création d’un bureau de la gestion du changement et le financement d’un programme de départs négociés.
23. Il conviendrait d’instituer une instance intergouvernementale qui collaborerait avec le bureau de la gestion du changement.

* * *

Seule une action de cette ampleur, une réforme en profondeur de la gestion dans de multiples domaines, nous permettra de doter le Secrétariat de tous les moyens dont il a besoin pour s’acquitter de l’ensemble des mandats qui lui ont été confiés, utiliser au mieux et en toute transparence les ressources mises à sa disposition par les États Membres, et gagner ainsi la confiance de la communauté mondiale. À une époque où les problèmes tendent à se mondialiser, où le monde a de plus en plus besoin d’une institution universelle capable de concevoir et d’appliquer des stratégies planétaires, il est plus que jamais nécessaire que l’Organisation des Nations Unies soit à même de remplir les promesses de la Charte et, par-dessus tout, de répondre aux attentes et aux espoirs des générations présentes et futures.

Haut de page

 

 
Arabe Chinois Anglais Russe Espagnol Accueil ONU