Réforme des Nations Unies. Rapports et documentation de référence.
 
 

VII. Pour l’avenir, investir dans le changement

A. Ressources nécessaires

86. Synonymes de réforme en profondeur d’une vaste organisation, les changements tels que ceux qui sont envisagés dans le présent rapport ne peuvent être menés à bien sans un gros effort financier. Comme je l’ai dit plus haut, l’ONU souffre d’un déficit d’investissement. L’heure de vérité a sonné. Il reste évidemment encore à déterminer le coût exact des réformes, mais j’ai d’ores et déjà recensé plusieurs éléments pour lesquels des moyens supplémentaires importants devront absolument être dégagés :

a) Amélioration des prestations et autres conditions d’emploi applicables au personnel affecté sur le terrain, pour que tous les fonctionnaires des Nations Unies, où qu’ils se trouvent dans le monde, forment un corps uniforme;

b) Augmentation de l’enveloppe allouée à la formation, au recrutement et à la valorisation des ressources humaines;

c) Renforcement de fonctions clefs comme la passation des marchés et la gestion en général;

d) Mise en place d’une nouvelle plate-forme informatique;

e) Mise en œuvre d’un programme de départs négociés.

87. Les investissements nécessaires peuvent paraître importants, mais on retiendra ceci :

a) Ils seront, à terme, compensés par une baisse considérable des frais de fonctionnement;

b) Ils seront contrebalancés par les économies très substantielles attendues de la réforme des achats, de la délocalisation de certaines fonctions et de rationalisations administratives;

c) Conjugués au réexamen des mandats auquel procède actuellement l’Assemblée générale, ils nous promettent un Secrétariat recentré et professionnalisé, à la hauteur des missions que lui assignent les États Membres;

d) Si le plan de réforme proposé n’est pas mis en œuvre, on sera amené à coup sûr à consacrer des sommes importantes à des mesures au coup par coup qui ne régleront pas les problèmes fondamentaux;

e) Enfin et surtout, les réformes envisagées nous donneront une Organisation beaucoup plus productive dotée d’un personnel nettement plus motivé. En vérité, les investissements envisagés apparaissent dérisoires au regard de ce que coûterait l’immobilisme. Leur rendement sera énorme si l’on considère ce que peut offrir à tous les États Membres, et aux peuples du monde, une Organisation des Nations Unies véritablement efficace et au diapason du XXIe siècle.

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B. Des changements rapides et visibles

88. On sait d’expérience à l’ONU et ailleurs que, souvent, les programmes de réforme échouent ou finissent par être abandonnés faute d’être fermement pris en main par la haute administration, elle-même épaulée par un groupe de cadres et de responsables ayant pour seule mission de traduire dans les faits les changements envisagés. Il serait donc naïf de croire que la métamorphose décrite dans le présent rapport s’opérera d’elle-même. Le Secrétariat et les États Membres vont devoir, ensemble, arrêter le plan et le traduire en une série de propositions détaillées assorties d’une stratégie d’exécution rigoureuse, issue de concertations entre les États Membres et de consultations avec les fonctionnaires tous échelons confondus. Les changements que je propose, qui pour la plupart bousculent des traditions, ne se feront pas du jour au lendemain. Ils s’imposent ici et maintenant, et je suis déterminé à en opérer le plus grand nombre possible dans les neuf derniers mois de mon mandat. Mais ils devront se poursuivre sans interruption pendant plusieurs années, ce qui ne sera possible que si un dispositif idoine est mis en place pour conduire et gérer l’entreprise.

1. Bureau de la gestion du changement

89. Gérer des changements d’une telle ampleur exige une attention de tous les instants. Aussi faudra-t-il créer au Secrétariat un bureau de la gestion du changement, doté d’un mandat précis et limité dans le temps et ayant pour seule vocation de faciliter et de diriger l’entreprise en étroite collaboration avec un groupe restreint, mais représentatif d’États Membres.

90. Relevant du Vice Secrétaire général, ce bureau, collaborant avec les chefs de département et d’autres hauts responsables du Secrétariat, planifiera et coordonnera la mise en œuvre des réformes. Il suivra les résultats obtenus par les chefs de département, à qui il demandera des comptes. Il créera et supervisera des équipes spéciales chargées de cerner et de régler les difficultés éventuelles. Il devra être dirigé par une personnalité éminente justifiant d’une connaissance approfondie de l’Organisation et appréhendant parfaitement la nature et l’esprit des réformes; ce haut responsable doit également jouir du respect des principaux décideurs et pouvoir s’adresser à eux sans détour.

2. Programme de départs négociés

91. Dans le Document final du Sommet mondial de 2005, les chefs d’État et de gouvernement ont décidé d’examiner une proposition détaillée concernant les modalités d’une opération ponctuelle visant à améliorer par des départs négociés la structure et la qualité des effectifs, proposition devant notamment indiquer le coût de l’opération et les mesures prévues pour garantir la réalisation de son objectif [voir résolution 60/1 de l’Assemblée générale, par. 163 c)]. Je compte saisir bientôt l’Assemblée générale d’une proposition dans ce sens. Un programme de départs négociés est indispensable à la mise en œuvre des réformes envisagées dans le présent rapport, ainsi que des conclusions que l’Assemblée dégagera de son réexamen des mandats. Je consulterai dûment les représentants du personnel avant d’arrêter définitivement mes propositions, qui obéiront aux quatre principes suivants :

a) Le Secrétaire général doit pouvoir réaménager les effectifs en fonction des priorités de l’Organisation. Le choix des fonctionnaires auxquels un départ négocié sera proposé devra donc reposer sur une analyse des compétences nécessaires, compte tenu des réformes de la gestion (simplification des modalités d’exécution des tâches, adaptation à l’évolution des qualifications requises, délocalisation et externalisation de certaines fonctions) et des résultats du réexamen des mandats. L’ampleur de l’opération dépendra aussi de la suite que les États Membres donneront aux propositions que j’ai faites dans ce domaine;

b) Les intérêts de l’Organisation doivent être sauvegardés, c’est-à-dire que l’opération ne doit pas se solder par le départ de fonctionnaires dont les compétences, l’expérience ou les connaissances répondent à des besoins;

c) La réduction naturelle des effectifs par suite des départs à la retraite, en particulier aux échelons supérieurs, pourra influer sur l’envergure de l’opération;

d) Les modalités d’application du programme doivent être transparentes et équitables, tout étant fait pour prévenir toute décision arbitraire et sauvegarder les objectifs stratégiques de l’Organisation.

92. Je présenterai plusieurs options, et le coût exact de l’opération dépendra de celle que les États Membres retiendront. Il faudra compter environ 100 000 dollars par départ négocié, soit, au total, 50 millions de dollars pour 500 fonctionnaires et 100 millions pour 1 000 fonctionnaires. Je vois là un investissement qui trouve sa justification dans l’avenir de l’Organisation des Nations Unies, dont le personnel doit posséder les qualifications et compétences répondant à ses priorités.

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Proposition 22

Je propose donc que des crédits soient ouverts aux seules fins de financer les dispositions nécessaires pour garantir l’application intégrale des propositions détaillées ainsi arrêtées. En particulier, des ressources devront être dégagées rapidement pour le financement d’un bureau de la gestion du changement et d’un programme de départs négociés.

Proposition 23

J’engage vivement les États Membres à dégager promptement les ressources nécessaires pour financer le bureau de la gestion du changement et à instituer une instance intergouvernementale de concertation avec ce bureau. En agissant rapidement, ils convaincront les fonctionnaires de l’Organisation, ainsi que le public, du sérieux et de la crédibilité du programme de réformes.

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