V. Investir dans l’amélioration
de la budgétisation
et de la gestion financière
70. Tout autant que les choix dictés par
les États Membres quant à l’affectation
optimale des ressources, les principes de budgétisation
et de gestion financiers conditionnent le bon
fonctionnement de l’Organisation. Il reste
évidemment impératif que les États
Membres règlent leurs contributions intégralement
et ponctuellement. Or, alors que le monde et la
mission de l’Organisation évoluent
et que celle-ci voit gonfler ses dépenses
et se généraliser les meilleurs
principes de gestion internationale, elle demeure
prisonnière de pratiques budgétaires
et financières dépassées.
Problématique
71. Malgré les réformes plus ou
moins récentes tendant à améliorer
le système de budgétisation, le
cycle d’établissement et d’examen
du budget et la gestion des fonds d’affectation
spéciale, le dispositif budgétaire
et financier actuel ne permet pas au Secrétariat
de s’acquitter convenablement de sa mission,
en ce qu’il souffre notamment des carences
évoquées ci-après :
72. La procédure d’exécution
du budget est trop rigide, et ne ménage
pas à l’Organisation la latitude
voulue pour affecter les fonds stratégiquement
en fonction des besoins opérationnels.
Si les précédentes réformes
ont permis de s’intéresser a priori
davantage aux indicateurs de résultats
et à l’impact potentiel de tel programme
ou telle fonction, la nouvelle méthode
est quasiment sans effet sur la procédure
d’examen des projets de budget présentés
par le Secrétaire général
et de contrôle de l’exécution
du budget. La procédure budgétaire
pâtit d’un débat tournant à
un compte d’apothicaire, de multiples allers
et retours et d’une lourde paperasserie.
À l’heure actuelle, la procédure
d’établissement du budget commence
15 mois avant le début de l’exercice
biennal, ce qui est bien trop tôt pour que
l’on puisse tenir compte de l’évolution
rapide des activités de l’ONU et
peut aussi expliquer que les crédits ne
correspondent pas nécessairement aux besoins
réels. L’entretien de cette lourde
machine occupe la majorité des fonctionnaires
des finances, ce qui ne laisse guère de
place à une analyse et une planification
financières dynamiques au service des objectifs
programmatiques.
73. Le Secrétaire général
n’a quasiment aucune latitude pour réaffecter
des ressources en fonction de besoins nouveaux.
Il est aujourd’hui moins libre de réaffecter
des crédits d’un programme à
l’autre et de redéployer des postes
sans l’aval des États Membres qu’il
ne l’était avant 1974, à une
époque où pourtant l’impératif
de souplesse était bien moins important.
Sachant l’intérêt d’une
telle souplesse, les États membres sont
convenus, en 2003, de donner au Secrétaire
général, à titre expérimental,
la faculté de redéployer un nombre
maximum de 50 postes par exercice biennal. Cette
délégation s’est malheureusement
avérée à la fois insuffisante
et problématique, notamment parce qu’elle
était assortie de nombreuses restrictions
et que le Secrétaire général
n’à nullement la faculté de
reclasser des postes en fonction des besoins.
74. L’exécution des programmes
n’obéit pas à un principe
de responsabilité unique, cohérent
et généralement admis. La
mesure dans laquelle les objectifs d’un
programme sont atteints est presque sans incidence
sur la ventilation des crédits, la planification
des activités ou l’évaluation
des résultats.
75. Le Règlement financier et
les règles de gestion financière
sont un véritable carcan. En se
décentralisant, l’Organisation devra
sans doute revoir ses textes de fond en comble.
L’adoption des Normes comptables internationales
pour le secteur public (IPSAS), décision
que les États Membres seront invités
à prendre dans le courant de l’année
2006, implique que l’Organisation procède
à la refonte de son Règlement financier
et de ses règles de gestion financière.
76. L’opacité des données
financières et la rareté des informations
utiles ne permettent de rendre compte véritablement
ni aux États Membres ni au Secrétariat
de la situation financière de l’Organisation.
Une infrastructure informatique archaïque
et parcellaire, des procédés manuels
dépassés et la dispersion des comptes
des opérations de maintien de la paix et
des fonds d’affectation spéciale
expliquent les retards mais aussi et surtout que
l’on ne peut ni réunir ni suivre
les données essentielles dont on a besoin
pour opérer des choix de gestion et procéder
aux contrôles et audits nécessaires.
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77. Je pense parmi tant d’autres incongruités
à celles qui suivent :
a) Le Secrétariat saisit chaque année
la Cinquième Commission de rames de rapports,
nombre desquels font double emploi (voir fig.
6). Ainsi, il lui en a remis 275 à la
cinquante-neuvième session de l’Assemblée
générale;
b) Établi avant la parution du rapport
sur l’exécution du programme de
l’exercice précédent, le
projet de budget ne tient pas compte des enseignements
tirés dudit rapport;
c) Pour chacun des plus de 150 différents
fonds d’affectation spéciale et
37 comptes d’opérations de maintien
de la paix, il est prévu séparément
un dispositif d’appui et les dépenses
correspondantes;
d) Insuffisants, les fonds de roulement ne
permettent de couvrir que deux à trois
semaines de dépenses de fonctionnement;
e) Les rentrées de fonds sont lentes
et imprévisibles; moins de la moitié
des contributions au financement du budget ordinaire
sont versées au cours du premier trimestre.
S’agissant des opérations de maintien
de la paix, pour lesquelles les contributions
sont mises en recouvrement tout au long de l’année,
le gros des fonds met plusieurs mois à
rentrer et le montant total des contributions
non acquittées oscille généralement
entre 1 et 2 milliards de dollars;
f) Le pouvoir discrétionnaire conféré
au Secrétaire général en
matière budgétaire n’a pas
changé depuis plus de 30 ans;
g) Moins de la moitié des 30 bureaux
et départements du Secrétariat
sont dotés d’un service ou de personnel
spécialement affectés à
l’évaluation des programmes.
Figure 6
Les États Membres et le Secrétariat
croulent sous le poids des rapports
Volume de rapports soumis à la
Cinquième Commission lors de la cinquante-neuvième
session
Total : 275 en un an
| Source |
Nombre |
|
| Division du financement des
opérations de maintien de la paix |
45 rapports |
| |
|
| Comité consultatif
pour les questions administratives et budgétaires
|
78 rapports
(16 000 pages environ) |
| |
|
| Corps commun d’inspection
|
13 rapports |
| |
|
| Comité des commissaires
aux comptes |
21 rapports |
| |
|
| Bureau des services de contrôle
interne |
25 rapports |
| |
|
| Bureau de la gestion des
ressources humaines |
13 rapports |
| |
|
Division de la planification
des programmes et du budget
|
28 rapports |
| |
|
| Budget |
35 chapitres
(26 000 pages environ) |
| |
|
Rapports émanant des
services du Département
de la gestion (et réponses écrites
aux questions) |
31 rapports |
| |
|
Autres départements
21 rapports
… plus 80 exposés oraux du Secrétariat
|
21 rapports |
| |
|
| |
|
Mon ambition
78. Je vois une Organisation affranchie de ces
pesanteurs et dont :
a) La procédure budgétaire,
souple et stratégique, prendrait appui
sur la budgétisation axée sur
les résultats instituée à
l’occasion de réformes antérieures;
b) Les États Membres et le Secrétariat
seraient parvenus à trouver le juste
équilibre entre le droit de regard des
États Membres et la latitude à
ménager aux cadres et responsables, et
entre la prérogative des États
Membres d’arrêter les grandes orientations
et choix de principe et la marge de manœuvre
dont le Secrétariat a besoin pour répondre
à leurs attentes. Celui-ci aurait ainsi
toute latitude pour déployer et redistribuer
les ressources de manière à exécuter
efficacement les mandats à lui assignés
par les États Membres;
c) L’enveloppe de crédits serait
strictement subordonnée aux résultats,
ce qui permettrait aux États Membres
d’exercer en toute transparence un contrôle
plus étroit sur la gestion de l’enveloppe
étant saisis d’éléments
d’information qui leur permettent de se
prononcer en toute connaissance de cause, et
de demander au Secrétariat de répondre
de tels ou tels résultats et, partant,
de s’assurer que leur argent est utilisé
à bon escient.
79. Les propositions ci-après se veulent
un premier pas vers la concrétisation de
cette ambition.
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Propositions
Proposition 16
S’agissant de la planification
stratégique du budget et de son exécution,
je propose que :
• Les États Membres et
le Secrétariat réfléchissent
ensemble aux moyens de donner un caractère
encore plus stratégique à l’examen
du budget, de réduire les étapes
tatillonnes et superfétatoires qui mobilisent
une pléthore d’agents, et d’harmoniser
les principaux éléments des divers
ordres budgétaires (budget ordinaire,
maintien de la paix et fonds extrabudgétaires);
• De même que celui du
budget des opérations de maintien de
la paix, le cycle du budget ordinaire corresponde
à l’année civile, le texte
du projet de budget devant être établi
et adopté dans un délai de 12
mois, et toutes les phases de l’examen
du budget devant s’inscrire dans la partie
principale de la session ordinaire de l’Assemblée
générale qui se tient de septembre
à décembre;
• Les 35 chapitres du budget
soient regroupés en 13 grands chapitres;
• Les postes soient approuvés
globalement et groupés en quatre grandes
catégories, le Secrétariat devant
présenter uniquement pour mémoire
un tableau d’effectifs indicatif, et le
Secrétaire général étant
quant à lui libre de redéployer
les postes selon les besoins et de reclasser
en cours d’exercice jusqu’à
10 % des postes à l’intérieur
de chaque grande catégorie;
• Le Secrétaire général
se voie donner la faculté d’utiliser
en cours d’exercice les économies
résultant de la vacance de postes, à
concurrence de 10 % du total de l’enveloppe
des postes, pour financer des priorités
nouvelles ou des imprévus.
Proposition 17
S’agissant des pratiques de gestion
financière, je propose que :
• À partir de 2007, les
comptes des différentes missions de maintien
de la paix soient regroupés en une seule
série de comptes et de rapports, le but
étant d’améliorer la gestion
de la trésorerie et de ménager
plus de souplesse aux activités opérationnelles;
• L’Organisation se donne
en juillet 2006 des textes nouveaux qui, en
lieu et place des quatre instructions administratives
en vigueur, viendraient gouverner la gestion
rationalisée des fonds d’affectation
spéciale. Il s’agirait ainsi notamment
de simplifier les règles et procédures,
de créer une catégorie unique,
cohérente et souple de fonds d’affectation
spéciale et d’instituer, pour le
financement des dépenses d’appui,
un nouveau taux inférieur à celui
de 13 % en vigueur, afin de le rapprocher du
taux pratiqué par les fonds et programmes
des Nations Unies;
• Le plafond de l’autorisation
d’engagement de dépenses consentie
par l’Assemblée générale
pour les opérations de maintien de la
paix soit porté de 50 à 150 millions
de dollars et ne soit pas subordonné
à une décision expresse du Conseil
de sécurité;
• Le montant du Fonds de roulement
soit porté de 100 à 250 millions
de dollars;
• Les excédents budgétaires,
notamment sur les comptes d’opérations
de maintien de la paix, puissent être
reportés d’un exercice à
l’autre, en attendant l’aval des
États Membres;
• Un fonds distinct, alimenté
par les excédents budgétaires,
soit créé pour financer les dépenses
imprévues résultant de l’inflation
et de la fluctuation des taux de change;
• Des intérêts
soient prélevés sur les arriérés
de contributions dus par les États Membres.
Proposition 18
S’agissant de l’évaluation
des résultats et des rapports sur l’exécution
du budget, je propose que :
• L’Organisation accroisse
les moyens qu’elle consacre à l’évaluation
des résultats, et rationalise ses activités
en ce domaine;
• L’Organisation repense
et uniformise ses outils de contrôle et
d’évaluation de manière
à mettre les résultats des contrôles
et de l’évaluation au service de
l’établissement des projets de
budget;
• L’Organisation rapporte
formellement l’élaboration du budget
et la planification aux résultats, à
l’exécution des programmes de travail
et à l’évaluation de la
qualité de la gestion, dans le sens d’une
gestion efficace des deniers;
• L’Organisation institue
un rapport annuel (j’y reviendrai plus
en détail dans la section VI ci-après)
et d’autres mesures à l’effet
de regrouper et simplifier la présentation
de l’information financière.
80. Réorganiser la plate-forme financière
du Secrétariat autour des principes clefs
que sont la transparence de la budgétisation
et des résultats, et la gestion souple
et responsable est une entreprise de réforme
continue. Instruit par l’expérience
des fonds et programmes des Nations Unies, chacun
sait que réinventer de tels principes d’action
suppose un changement des comportements et des
mentalités – et singulièrement
que les cadres apprennent à assumer leurs
responsabilités et se forment au maniement
des systèmes de gestion informatisés
– ce qui ne s’opère pas du
jour au lendemain.
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