Réforme des Nations Unies. Rapports et documentation de référence.
 
 

IV. Investir dans de nouvelles formules
de prestation de services

A. Exploiter les options nouvelles

Problématique

57. Les progrès récents de la technologie et des méthodes de gestion ont permis à des nombreux organismes publics ou privés d’opter pour des formules entièrement nouvelles de prestation de services. Ils ont ainsi pu concentrer leurs moyens sur leurs activités essentielles, obtenir des gains d’efficacité et optimiser l’affectation de leurs ressources. Parmi les formules de plus en plus couramment employées figurent la délocalisation de certaines fonctions administratives (dans le même ou dans un autre pays), l’externalisation (qui consiste à s’adresser à des fournisseurs extérieurs pour la prestation de certains services), le télétravail (qui consiste à autoriser certaines catégories de personnel à travailler à domicile), et diverses innovations tendant à maximiser la rentabilité des installations existantes, où qu’elles se trouvent dans le monde.

58. Or, l’ONU a été lente à s’intéresser à ces nouvelles formules, et ne l’a fait que sporadiquement. La majeure partie des fonctions administratives et d’appui demeurent des fonctions internes, largement concentrées dans des lieux d’affectation comme New York ou Genève où les coûts sont élevés. Les traditions onusiennes tendent à décourager ne serait-ce que l’évaluation des options existantes. Il semblerait naturel qu’une organisation à vocation mondiale mène ses activités dans une optique mondiale. Pourtant, l’Assemblée générale, dans sa résolution 55/232 du 23 décembre 2000, a défini de façon très restrictive les cas où l’Organisation peut envisager de recourir à l’externalisation. La possibilité de délocaliser la prestation d’importants services n’a, quant à elle, même pas fait l’objet d’une étude approfondie ou d’une analyse des coûts et avantages.

Mon ambition

59. L’Organisation pourra à mon avis progresser sur plusieurs fronts en délocalisant certaines de ses activités. La délocalisation rendra plus équitable la répartition entre les États Membres des avantages économiques et des emplois associés à ces activités, tout en permettant des gains d’efficacité et des économies. En particulier, la délocalisation permettra de redistribuer une partie de la tranche très importante de ces avantages qui revient actuellement à l’État Membre le plus riche en raison de la forte présence onusienne sur son territoire. La redistribution et la délocalisation vers d’autres régions de certaines fonctions actuellement exercées au Siège feront bénéficier de plus nombreux pays des avantages économiques des activités qui en découlent, tout en permettant à l’Organisation d’enrichir et de diversifier son vivier de recrutement et de réduire ses coûts de fonctionnement.

60. La délocalisation offre la possibilité de donner très directement effet aux principes énoncés à l’Article 101 de la Charte des Nations Unies : « La considération dominante dans le recrutement et la fixation des conditions d’emploi du personnel doit être la nécessité d’assurer à l’Organisation les services de personnes possédant les plus hautes qualités de travail, de compétence et d’intégrité. Sera dûment prise en considération l’importance d’un recrutement effectué sur une base géographique aussi large que possible. »

61. Les organismes des Nations Unies n’en sont qu’à leurs premières tentatives de délocalisation. Toutefois, on trouve déjà des exemples encourageants : la Banque mondiale a délocalisé une partie de sa comptabilité vers Chennai, en Inde. Le PNUD, après avoir en 2003-2004 délocalisé vers Copenhague l’administration des indemnités et prestations versées à son personnel ainsi que ses opérations de paie, a constaté que les avantages de la délocalisation allaient au-delà de simples économies : l’efficacité des opérations s’est améliorée de 25 %, et le personnel des différents bureaux du PNUD a donné en 2005 une note de qualité de 92 sur 100 aux services fournis depuis Copenhague. Le PNUD envisage maintenant de délocaliser vers des centres régionaux tels que Johannesburg et Bangkok certaines de ses unités s’occupant de gestion des connaissances et de formation, ainsi que ses unités régionales d’appui à la gestion des ressources humaines.

62. Au Secrétariat, le Département de l’Assemblée générale et de la gestion des conférences, par exemple, a récemment chargé un cabinet de consultants d’étudier diverses options pour la prestation de services s’inscrivant dans la chaîne de production documentaire. Selon des estimations préliminaires, la délocalisation de toute la production documentaire pourrait permettre de réduire de près de 25 % les frais de personnel et de locaux, soit une économie annuelle nette de l’ordre de 35 millions de dollars.

63. L’externalisation (recours à des fournisseurs extérieurs) est aussi une formule à envisager, mais seulement pour les fonctions qui ne relèvent pas des attributions principales du Secrétariat. L’impression des documents et publications, par exemple, pourrait se prêter à l’externalisation. D’autres maillons de la chaîne de production documentaire, comme la traduction, qui pourraient éventuellement être délocalisés vers des lieux d’affectation où les coûts sont moindres, ne se prêtent pas nécessairement à l’externalisation, en raison notamment des difficultés que soulèverait le contrôle de qualité.

64. Les économies potentielles ne sont que l’un des multiples facteurs dont doit tenir compte toute décision de délocalisation ou d’externalisation. La fiabilité des services et les garanties de qualité sont d’une importance primordiale. Il faudra procéder à des consultations avec le personnel et ses représentants et prévoir des mesures de transition en faveur des fonctionnaires dont l’emploi pourrait à terme être menacé.

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Propositions

Proposition 11

Je demande à l’Assemblée générale de modifier ses directives de manière à permettre au Secrétariat d’envisager toutes les formules nouvelles de prestation de services, notamment d’évaluer le potentiel de délocalisation vers des lieux d’affectation moins coûteux et d’externalisation.

Proposition 12

Je propose que les coûts et avantages des formules de délocalisation, d’externalisation et de télétravail fassent l’objet d’analyses rigoureuses et détaillées dans les délais indiqués ci-après :

• Traduction, édition et production documentaire : septembre 2006;

• Impression et services de publication : septembre 2006;

• Administration des plans d’assurance maladie : septembre 2006;

• Services d’appui informatique : décembre 2006;

• Comptabilité et paie : mars 2007;

• Administration du régime des indemnités et prestations : mars 2007.

B. Renforcer le système de passation des marchés

Problématique

65. L’Organisation s’est heurtée à des problèmes particulièrement redoutables du fait de l’expansion et de la diversification sans précédent de ses opérations d’achat au cours des 10 dernières années. Cette expansion reflète largement celle des activités de maintien de la paix, auxquelles vont aujourd’hui 85 % des biens et services qu’acquiert l’Organisation, mais tient aussi à l’accroissement des besoins liés à d’autres opérations sur le terrain et à des interventions humanitaires; la valeur totale des marchés passés par l’ONU, qui était de l’ordre de 400 millions de dollars en 1997, a régulièrement augmenté depuis et se chiffrait l’an dernier à plus de 1,6 milliard de dollars. La tendance reste fortement à la hausse, le chiffre prévu pour l’année en cours dépassant les 2 milliards de dollars. Or, depuis 10 ans, le nombre des spécialistes des marchés en poste au Siège a en fait diminué. De plus, la moitié des postes de fonctionnaires chargés des achats auprès des missions de maintien de la paix sont actuellement vacants.

66. En de pareilles circonstances, systèmes et contrôles ont été mis à rude épreuve, et il n’est pas étonnant que des carences aient été relevées pour les uns comme pour les autres. D’une part, il est devenu manifeste que les règles de passation des marchés de l’ONU étaient trop complexes et rigides et nuisaient à la rapidité d’action qu’exigent souvent les missions sur le terrain. Pour prendre un exemple particulièrement frappant, l’obligation de solliciter des offres de plusieurs fournisseurs, qu’il est parfaitement raisonnable d’imposer dans des circonstances ordinaires, peut compromettre gravement l’efficacité et la rapidité de la prestation des services et de l’acheminement de biens de première nécessité tels que denrées alimentaires et combustibles dont ont besoin des régions isolées et difficiles d’accès comme le sont certaines régions du Soudan ou du Congo. D’autre part, il est devenu manifeste aussi que certaines des mesures correctives limitées prises ces dernières années, telles que l’extension des pouvoirs délégués aux fonctionnaires chargés des achats sur le terrain, ne s’étaient pas accompagnées de mesures d’accompagnement et de contrôle suffisantes pour empêcher des erreurs de gestion et parer aux risques de malversations. En dépit des efforts et du dévouement de la grande majorité du personnel concerné, il en est résulté que l’Organisation a, dans ce domaine, trop souvent failli aux normes rigoureuses auxquelles elle est tenue.

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Mon ambition

67. Des mesures ont déjà été prises pour remédier à certaines insuffisances du système de passation des marchés relevées dans le rapport de la Commission d’enquête indépendante pour le programme « pétrole contre nourriture », mais des problèmes majeurs subsistent. Une étude externe réalisée à la fin de 2005 par des experts a mis en évidence des carences graves tenant au style de gestion et à la manière dont s’exercent les contrôles de gestion; plus précisément, il ressortait de l’étude que des méthodes périmées de passation des marchés étaient encore en usage, que rien n’était fait pour aider les services demandeurs à mieux définir leurs besoins ni pour les orienter vers la standardisation, que les règles opérationnelles n’étaient pas systématiquement suivies, que la structure de gouvernance laissait fortement à désirer et que les services considérés manquaient de ressources. Un audit de la passation des marchés pour les opérations de maintien de la paix réalisé récemment par le Bureau des services de contrôle interne a abouti à des conclusions tout aussi inquiétantes, et suscité de nouvelles préoccupations graves quant aux risques d’erreurs de gestion et d’irrégularités.

68. Il importe certes de remédier aux défauts des systèmes actuels et d’instituer des contrôles internes très stricts pour prévenir les irrégularités, mais la modernisation des systèmes et des règles de passation des marchés doit permettre aussi à l’Organisation de se procurer les biens et services dont elle a besoin à meilleur compte et plus efficacement. Par exemple, il existe bien un système d’évaluation des prestations des fournisseurs, mais les résultats des évaluations ne sont pas aisément accessibles à tous les organismes des Nations Unies, et ne sont pas systématiquement pris en compte pour déterminer si tel fournisseur mérite ou non d’être de nouveau sollicité. Il faut admettre qu’avec des contrats types périmés et des systèmes informatiques saturés, l’équipe de fonctionnaires chargée des marchés ne dispose tout simplement pas des outils dont elle a besoin pour fournir des services de la plus haute qualité. De plus, comme dans d’autres secteurs, les dépenses de formation, qui n’atteignent que 20 000 dollars par an pour les 70 fonctionnaires en poste au Siège, sont loin d’être suffisantes.

Initiatives et propositions

69. En vue de remédier à ces carences, les initiatives suivantes ont été prises :

a) J’ai chargé le Bureau des service de contrôle interne de mener une enquête accélérée sur les allégations d’irrégularité articulées dans des études ou audits récents, afin qu’il y soit donné suite sans tarder, ainsi que sur d’autres allégations portées contre des fonctionnaires concourant à la passation des marchés; cette enquête vient d’être ouverte;

b) D’autre part, des experts externes procèdent actuellement à un audit judiciaire plus approfondi, et les fonctionnaires du Secrétariat, comme je leur en ai donné l’ordre, coopèrent pleinement aux enquêtes menées par les autorités de divers pays.

Proposition 13

Je propose que tout soit mis en œuvre pour que ces investigations aboutissent rapidement et que tout fonctionnaire de l’ONU convaincu de malversations soit sanctionné sans tarder.

Proposition 14

Plus généralement, afin de remédier aux insuffisances qui sont à l’origine de ces dérives, je propose que soit poursuivie une étude exhaustive des règles et principes applicables à la passation des marchés de l’ONU portant sur six points principaux :

• Mise à jour des procédures de passation des marchés compte tenu de l’évolution des conditions de fonctionnement de l’Organisation et des exigences de ses activités opérationnelles, notamment de l’impératif d’une plus grande transparence et d’un contrôle plus rigoureux de l’exercice des responsabilités; il pourrait par exemple être prévu à cet égard un système plus indépendant de contestation des adjudications qui offrirait une voie de recours aux soumissionnaires qui estimeraient qu’un marché est entaché d’irrégularités;

• Mise en place d’un dispositif de gestion des risques comprenant des outils diagnostiques permettant de dépister les transactions suspectes, la rotation plus systématique des fonctionnaires concourant à la passation des marchés et le renforcement du Comité des marchés du Siège, qui supervise les adjudications. Ce renforcement devrait conférer au Comité le professionnalisme, la capacité technique et l’autorité qui lui sont indispensables pour examiner les recommandations du Service des achats;

• Poursuite et amélioration de la formation des fonctionnaires chargés des achats, formation qui doit porter non seulement sur les procédures de passation des marchés, mais aussi sur les règles d’éthique professionnelle et les principes d’intégrité; extension aux fonctionnaires chargés des achats de l’obligation de faire une déclaration annuelle de situation financière; enfin renforcement du suivi des carrières de ces fonctionnaires;

• Révision du profil d’emploi des fonctionnaires chargés des achats, en vue en particulier d’attirer des candidats hautement qualifiés prêts à travailler sur le terrain; cette révision devrait s’accompagner de mesures prévoyant des stages de formation réguliers et la rotation systématique du personnel chargé des achats;

• Développement des échanges d’informations sur les marchés entre organismes des Nations Unies, échanges qui pourraient permettre des économies et gains d’efficacité allant de 5 et 20 % s’ils débouchaient sur des mesures telles que la sélection plus systématique des fournisseurs en fonction du lieu de destination des biens ou services considérés, le groupement des achats, la révision des spécifications et le renforcement du contrôle de l’exécution des marchés;

• Spécialisation : certains organismes pourraient être chargés de passer pour l’ensemble du système des Nations Unies tous les marchés portant sur une catégorie déterminée de biens ou services; par exemple, l’ONU pourrait charger le Bureau des services d’achat interorganisations de tous les marchés portant sur l’achat de véhicules, le Programme alimentaire mondial de tous les contrats de transport aérien, et le Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets des marchés portant sur des services consultatifs et certains autres concours extérieurs.

Proposition 15

Les premiers éléments de cette stratégie sont déjà en place, et je propose que soit établi d’ici à juin 2006 un rapport plus complet, où seront proposées des mesures correctives plus détaillées tenant compte des recommandations issues de l’étude en cours et des conclusions des enquêtes et audits qui auront alors abouti.

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