Réforme des Nations Unies. Rapports et documentation de référence.
 
 

III. Investir dans l’informatique et la télématique

Problématique

47. Une organisation à vocation mondiale, a fortiori une organisation telle que l’ONU où la gestion de l’information revêt une importance vitale, ne saurait fonctionner convenablement sans une solide infrastructure. La mise en œuvre de la plupart des propositions de réforme avancées dans le présent rapport exige un appui informatique et télématique efficace. Même à court terme, la viabilité de l’ensemble des activités de l’Organisation dépend d’une remise à niveau de ses systèmes informatiques et télématiques, rendue nécessaire par un sous-investissement chronique auquel il importe de remédier sans plus tarder.

48. Un certain nombre d’améliorations ont tout de même été enregistrées depuis 2002, année durant laquelle j’ai présenté à l’Assemblée générale une stratégie en la matière (voir A/57/620). Le montant annuel des dépenses prévues au budget ordinaire pour l’informatique et la télématique dépasse maintenant les 100 millions de dollars, et cet effort financier à produit des résultats tangibles. Tous les systèmes fonctionnent désormais avec un minimum d’interruptions et leur fiabilité, grâce notamment à la mise en place d’une protection efficace contre les intrusions, est du même ordre que celle des systèmes des autres grandes organisations publiques et privées où la gestion de l’information tient une place essentielle. Le Secrétariat est maintenant pourvu de systèmes de communication interne et d’outils de gestion du personnel, comme iSeek et e-PAS, qui fonctionnent bien. Les normes instituées pour les principaux éléments d’infrastructure sont respectées par tous les bureaux des Nations Unies, dont les systèmes sont gérés plus efficacement grâce à un dispositif plus rigoureux de contrôle de gouvernance interne. Il est bon de rappeler aussi que l’ONU sait se montrer remarquablement efficace lorsqu’il faut établir rapidement des liaisons avec des régions où l’infrastructure est inexistante ou a été endommagée.

49. Néanmoins, les améliorations techniques n’ont pas produit tous les avantages attendus, faute d’une véritable stratégie de gestion de l’information, lacune qui fait obstacle à la transmission des connaissances entre les fonctionnaires des différents lieux d’affectation et départements. Force est de reconnaître que ni les habitudes onusiennes, ni les moyens technologiques en place ne favorisent les échanges des connaissances.

50. Compartimentés et techniquement dépassés pour la plupart, les systèmes informatiques de l’ONU n’offrent qu’une capacité limitée d’échange et de traitement des données et de l’information. Les investissements consacrés à l’informatique et à la télématique, qui ne représentent que 7 % du budget de fonctionnement, sont très en retrait par rapport à ceux d’autres organisations de taille comparable, qui y affectent de 12 à 17 % de leur budget. Faute de principes directeurs s’inscrivant dans une politique convenablement articulée, les systèmes autonomes, et souvent redondants, se sont multipliés. Le Système intégré de gestion (SIG), principal système de traitement des données financières et des données de gestion des ressources humaines, coexiste avec de nombreux systèmes auxiliaires plus spécialisés. Or, ces systèmes ne sont pas intégrés, et la maintenance du SIG lui-même n’est pas centralisée (voir fig. 5). Faute d’un système intégré permettant d’archiver les informations produites par l’ONU et de les extraire rapidement, voire en temps réel, les décisions de principe ou de gestion ne sont pas toujours pleinement éclairées.

51. Le défaut de cohérence est manifeste aussi dans l’organisation et la gouvernance des services informatiques et télématiques et la prestation des services d’appui, ce qui entraîne des chevauchements d’activités. Il existe des unités informatiques distinctes dans six départements au moins, et rien n’est en place pour en coordonner efficacement les activités. De plus, les responsables du secteur informatique et télématique occupant une position relativement modeste dans la hiérarchie du Secrétariat, les cadres dirigeants des autres secteurs mesurent rarement tout l’impact que pourrait avoir la mise en œuvre stratégique de moyens informatiques et télématiques pour améliorer le fonctionnement du Secrétariat et mieux éclairer les décisions dont il procède.

52. Les dysfonctionnements qui caractérisent à bien des égards le dispositif informatique et télématique de l’ONU tiennent à la survivance de systèmes dépassés et à la persistance de pratiques ancrées dans des traditions qui remontent à des dizaines d’années. Ces dysfonctionnements ont empêché l’ONU d’exploiter à fond les possibilités de réforme de la gestion offertes par la mise en œuvre de nouvelles solutions technologiques.

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Figure 5
Organigramme illustrant la complexité du dispositif informatique

 

Mon ambition

53. Je vois une Organisation libérée de ce handicap qui confierait le secteur informatique et télématique à un haut responsable capable de concevoir et mettre en œuvre une stratégie informatique applicable à l’Organisation dans son ensemble. Les débats consacrés récemment par l’Assemblée générale à la création d’un poste à cet effet me semblent de bon augure.

54. Sous la direction de ce haut responsable, les chefs de tous les départements et bureaux devront participer activement et solidairement à chacune des phases de la mise en œuvre d’une remise à niveau complète des systèmes informatiques et télématiques. L’équipe dirigeante devra collaborer étroitement avec les départements et autres entités, ce qui implique des échanges réguliers avec les cadres de tous niveaux sur les orientations à suivre aussi bien que sur les questions et besoins opérationnels.

55. Le Secrétariat devra s’attacher à intégrer beaucoup plus étroitement la gestion des connaissances à ses flux de travail. Il lui faudra à cette fin mettre à la disposition des cadres les aides informatiques nécessaires pour que les objectifs des programmes, les connaissances acquises et les données budgétaires et financières s’intègrent dans un cadre décisionnel cohérent. Ce n’est qu’au prix d’un tel effort que le Secrétariat parviendra à rendre la gestion de son personnel plus transparente et efficace et qu’il sera à même de faire face à moindre risque à l’augmentation du volume de ses achats de biens et services, tout en améliorant la qualité de ces derniers. Notre succès à cet égard est aussi une condition sine qua non de l’adoption des Normes comptables internationales pour le secteur public.

56. L’expérience d’autres organismes des Nations Unies montre que cette intégration est possible. Selon des estimations encore très préliminaires, la mise en place du système envisagé nécessiterait un investissement supplémentaire de l’ordre de 120 millions de dollars, étalé sur plusieurs années. Loin d’être négligeable, ce chiffre cadre avec le montant des investissements consentis par d’autres organismes des Nations Unies. Par exemple, le PNUD, de taille plus modeste que l’ONU mais présent dans de très nombreux pays, a consacré 80 millions de dollars à la mise en place d’un système analogue. Rapporté à des dépenses dont le total annuel approche maintenant les 10 milliards de dollars, l’investissement envisagé apparaît raisonnable. Il faut considérer aussi que les frais de maintenance du système actuel, de plus en plus fatigué, augmentent rapidement, et qu’une défaillance irréparable de ce système serait extrêmement coûteuse. La conception du nouveau système devra tenir compte des contingences imposées par l’infrastructure rudimentaire qui existe dans certains lieux d’affectation, en particulier dans les zones d’opération des missions de maintien de la paix. Par ailleurs, la mise en service du nouveau système qui viendra remplacer les anciens, devrait permettre de réduire progressivement les dépenses annuelles de fonctionnement.

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Propositions

Proposition 8

Je demande à l’Assemblée générale de reprendre ses délibérations sur la création d’un poste de haut responsable de l’informatique et de la télématique, et d’approuver celle-ci dès que possible en précisant qu’il doit s’agir d’un poste de sous-secrétaire général. Un responsable de ce rang pourra en effet participer à part entière aux décisions des instances dirigeantes du Secrétariat telles que le Comité de gestion. Le titulaire du poste devra disposer des ressources humaines et financières voulues pour pouvoir définir et mettre en œuvre une stratégie de gestion de l’information applicable à l’ensemble du Secrétariat.

Proposition 9

Je propose qu’une action soutenue soit entreprise immédiatement pour aligner les priorités en matière d’informatique et de télématique sur les objectifs opérationnels du Secrétariat, cette action devant tendre à mieux intégrer les outils de décision mis à la disposition des cadres, à mettre en place à l’échelle du Secrétariat un système de gestion des documents (ou gestion des contenus) et à recruter ou former des spécialistes de la gestion et de l’analyse de l’information.

Proposition 10

Sous réserve des résultats des études de faisabilité qui s’achèveront d’ici peu, je propose de remplacer le SIG, Galaxy et divers systèmes de gestion autonomes par un système pleinement intégré d’envergure mondiale. Je propose que ce système, qui devra offrir la totalité des fonctions nécessaires à la gestion, soit mis en service d’ici à 2009.

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