Réforme des Nations Unies. Rapports et documentation de référence.
 
 

II. Investir dans la qualité de l’encadrement

Problématique

32. La fin de la guerre froide et l’avènement de la mondialisation qui ont ouvert de nouvelles perspectives à l’action de l’Organisation, n’ont pas été sans incidence sur le rôle du Secrétaire général. Étant le plus haut fonctionnaire de l’Organisation, j’ai vu mes responsabilités administratives s’alourdir considérablement par suite de l’extraordinaire prolifération des missions sur le terrain et autres activités opérationnelles complexes. Or, l’ONU s’étant par ailleurs directement et activement pris d’intérêt pour des questions beaucoup plus diverses que par le passé, je me vois extraordinairement sollicité dans mon rôle politique au service du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale et d’autres organes de l’ONU. Bref, je suis censé être le premier diplomate du monde et gérer une organisation vaste et complexe, à mes heures perdues pour ainsi dire. On n’en attendra sans doute pas moins de mes successeurs.

33. Des responsabilités hiérarchiques impossibles à gérer. À l’heure actuelle, plus de 25 départements et bureaux, dont la taille, l’importance et la complexité varient considérablement, relèvent directement du Secrétaire général. Le plus grand gère des milliards de dollars et des dizaines de milliers de personnes; le plus petit, une poignée de personnes et quasiment aucune ressource. Dans la pratique, de nombreux chefs de département reçoivent très peu d’instructions directement de moi, et sont isolés chacun dans sa sphère, ou sont censés travailler ensemble dans un vague « comité exécutif », sans qu’un appui administratif assez consistant vienne leur permettre de le faire véritablement. En outre, de nombreux conseillers, envoyés et représentants spéciaux me font périodiquement rapport.

34. Dix chefs de programmes et de fonds qui relèvent également du Secrétaire général attendent de moi des orientations stratégiques. Le Groupe d’experts de haut niveau sur la cohérence à l’échelle du système récemment créé recommandera vraisemblablement de modifier la structure, l’administration et la hiérarchie de ces mécanismes du système des Nations Unies.

35. Une haute administration à renforcer. Créé par l’Assemblée générale à la fin de l’année 1997 pour épauler le Secrétaire général, le poste de Vice-Secrétaire général est certes venu à point nommé renforcer l’équipe dirigeante du Secrétariat. Investie d’un mandat étendu (aider à gérer les activités du Secrétariat, pourvoir à la cohérence des activités et programmes et rehausser l’image de l’Organisation et son rôle dans les sphères économiques et sociales), le Vice-Secrétaire général ne tire toutefois de pouvoirs exprès d’aucun texte. Aucune nette distinction n’ayant été établie entre les tâches qui m’incombent et celles dévolues à mon adjoint, tous les hauts responsables continuent de me rendre directement compte. La fonction de Vice-Secrétaire général pourrait donc contribuer bien davantage à renforcer les capacités de gestion au plus haut niveau du Secrétariat si le titulaire se voyait confier des attributions plus étendues et les pouvoirs nécessaires pour s’en acquitter au nom du Secrétaire général. De même, il serait bon de définir plus clairement les tâches à confier au Directeur du Cabinet s’agissant d’aider le Secrétaire général à gérer ses activités et les affaires courantes du Cabinet.

36. Une valorisation insuffisante des cadres de la haute hiérarchie. Bien d’autres fonctions de direction méritent attention. Étant donné des traditions en faillite, regardées comme bridant la créativité, l’esprit d’initiative et d’innovation, voire l’exercice même de l’autorité, nombre de responsables ont tout simplement perdu toute capacité d’agir.

37. Prisonniers de l’univers figé d’un siège d’organisation, certains n’ont ni de réel défi à relever ni de chance d’acquérir les compétences et l’expérience nécessaires. D’autres évoluent dans des situations difficiles sur le terrain, privés de la formation et des outils maniables de gestion des ressources humaines et financière qui leur permettraient de mieux s’acquitter de leur mission. Rien n’est plus navrant que de voir de jeunes fonctionnaires qualifiés de plus en plus démoralisés et désabusés face à un système d’avancement qui tient véritablement du parcours du combattant.

38. Je reviens sur nombre de ces questions ailleurs dans le présent rapport. Je fait dans la présente section certaines propositions de réforme précises qui sont à mon sens la priorité des priorités, car elles dressent le portrait de nos futurs cadres et responsables.

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Mon ambition

39. Je vois une Organisation dont le Secrétaire général serait doté des moyens de répondre aux exigences et attentes en rapide évolution partout dans le monde, qu’elles intéressent le terrorisme ou les droits de l’homme, les conflits internes ou la lutte contre le VIH/sida. Entouré d’une équipe moins nombreuse de collaborateurs lui rendant directement compte, il serait plus libre de gérer les choix stratégiques et de principe.

40. Deux réformes majeures y pourvoiraient : institutionnaliser la délégation de pouvoir au profit du Vice-Secrétaire général, et ordonner les départements et autres entités autour de grands domaines fonctionnels. Le Secrétaire général resterait pleinement aux commandes de l’Organisation et continuerait d’en conduire la politique et d’en arrêter les grandes orientations, cependant que le Vice-Secrétaire général se verrait déléguer les politiques de gestion et d’administration et la généralité des questions touchant le fonctionnement du Secrétariat – ainsi l’idée avancée par certains de créer un nouveau poste de directeur général de l’Administration n’aurait pas sa raison d’être. Chaque grand domaine représenterait un ensemble cohérent d’activités complémentaires, placées sous la direction d’un secrétaire général adjoint, mais ma volonté ici est de ramener l’éventail des rapports hiérarchiques directs à environ huit fonctions d’appui, et ce en réorganisant les départements et en regroupant certains d’entre eux. En outre, le Vice-Secrétaire général assumerait officiellement la présidence du Comité de gestion que je préside actuellement.

41. Il serait sans doute indiqué de laisser le soin de cette réforme à mon successeur, qui sera amené à constituer son équipe à la fin de 2006; mais je suis convaincu qu’elle peut s’opérer avec le lot actuel de postes de secrétaire général adjoint et de sous-secrétaire général sans qu’il faille en créer de nouveaux. Cette réforme permettrait de mieux définir les responsabilités opérationnelles et assurer le suivi des résultats, et de donner, quant au fond et aux grandes orientations, plus de cohérence aux activités du Secrétariat, tous les chefs de département pouvant ainsi être plus efficaces.

Des responsables sélectionnés plus rigoureusement…

42. J’ai institué l’année dernière de nouvelles procédures tendant à accroître la transparence et la qualité des choix pour les postes de chef des fonds et programmes des Nations Unies. Il est créé des jurys d’entretien et les prétentions des candidats font l’objet de vérifications poussées. Depuis, plusieurs nominations de haut niveau ont été décidées selon ces procédures – dont celles de l’Administrateur du PNUD, du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés et du Secrétaire général adjoint aux services de contrôle interne. De nouvelles mesures prises par le Département des opérations de maintien de la paix tendent également à améliorer le système de nomination des chefs des missions de maintien de la paix.

43. Mon ambition est de voir ces pratiques – conjuguées à des stratégies d’appel aux candidatures mieux conçues que par le passé, pour parvenir ainsi à l’équilibre géographique et à la parité des sexes qui doivent caractériser l’équipe même des collaborateurs du Secrétaire général – gouverner désormais toutes les nominations à de hautes fonctions.

… mieux formés et mieux épaulés…

44. L’Organisation serait en outre mieux à même de former et d’épauler ses cadres et responsables, à l’intention desquels il existe déjà des programmes d’orientation obligatoires. Le Département des opérations de maintien de la paix a organisé deux sessions à l’intention de ses responsables sur le terrain, et il en a été organisé récemment une du même type à l’intention des nouveaux fonctionnaires des classes D-1 et D-2 au Siège. À cela viendraient s’ajouter des programmes de perfectionnement périodiques, qui seraient l’occasion pour les responsables de se pencher sur leurs méthodes, de s’informer des techniques les plus modernes et d’échanger des vues avec leurs homologues. Le Secrétariat propose également d’autres programmes de formation à ses cadres et responsables. Il se doterait en outre d’un service consultatif de gestion efficace, dont les cadres et responsables pourraient solliciter le concours. Cette fonction, et les ressources y consacrées à l’époque, avaient été confiées au Bureau des services de contrôle interne créé il y a 10 ans. L’expérience aidant, j’en suis venu à conclure que réunir sur une même tête les fonctions d’auditeur, d’enquêteur et de conseiller en gestion n’est pas la meilleure solution. J’espère que l’examen externe des organes de contrôle, entamé par l’Assemblée générale en décembre 2005, portera sur ce problème et viendra proposer d’autres formules.

… et évalués strictement mais impartialement

45. En instituant une procédure de sélection plus rigoureuse, en offrant à ses cadres et responsables un choix plus étendu de formations et un soutien constant tout en définissant clairement leurs pouvoirs et responsabilités, l’ONU de demain se donnerait les moyens de demander plus strictement mais aussi plus objectivement à ces derniers de rendre compte de leur gestion. Le Conseil d’évaluation de la performance des hauts fonctionnaires que j’ai récemment créé a entrepris de définir des critères précis d’évaluation des hauts responsables, qui devront faire de même s’agissant de leurs collaborateurs.

46. Près de 15 % des administrateurs titulaires d’un contrat d’au moins un an atteindront l’âge de la retraite d’ici à 2010, ce qui se ressentira fortement dans les classes P-5, D-1 et D-2. Ces départs à la retraite, conjugués à un programme de départs négociés, seront l’occasion d’un apport de sang neuf qui permettra à l’Organisation de répondre à ses besoins futurs de personnel d’encadrement.

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Propositions

Proposition 5

Je propose de redéfinir les attributions du Vice-Secrétaire général, et de lui déléguer officiellement le pouvoir et la responsabilité de définir l’orientation générale des activités ayant trait au fonctionnement du Secrétariat et d’en diriger la gestion, le Secrétaire général continuant pour sa part à conduire la politique et à arrêter les choix de principe de l’action de l’Organisation.

Proposition 6

Je propose que mon successeur regroupe les 25 départements et entités qui à l’heure actuelle relèvent directement du Secrétaire général en huit unités administratives ou groupes environ dont chacun serait dirigé par un secrétaire général adjoint.

Proposition 7

Je propose d’améliorer les procédures de recrutement des cadres et les programmes de formation et de perfectionnement afin de doter l’Organisation du corps de cadres supérieurs et intermédiaires nécessité par les opérations complexes qu’elle mène de nos jours partout dans le monde.

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