Chronique ONU

Des villes sans bidonvilles
Par Namrita Talwar, pour la Chronique

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L'article
Dans de nombreux bidonvilles des villes industrielles du monde, les fossés creusés ça et là le long des ruelles non pavées sont remplis d'excréments. Quelque 900 millions d'habitants de taudis dans le monde respirent un air vicié et circulent dans des allées étroites couvertes de matières fétides et de sacs en plastique. Des logements exigus sont installés le long de ruelles, où les habitants, assaillis chaque jour par des mouches et des moustiques vecteurs de maladies, coexistent tant bien que mal parmi des populations rurales de plus en plus nombreuses.
UNHCHS photo
Le défi des bidonvilles : rapport mondial sur les établissements humains 2003, l'étude la plus importante réalisée par le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT), a révélé que le nombre d'habitants des taudis avait augmenté plus rapidement que prévu. Avec la forte migration des pauvres des campagnes vers les villes, plus d'un sixième de la population mondiale vit actuellement dans des zones insalubres, souvent sans eau, sans services d'assainissement ou sans sécurité. Le rapport met en garde qu'à moins qu'une action concertée soit entreprise, le nombre d'habitants de taudis dans le monde atteindra 2 milliards dans trente ans.

Et pourtant, la migration dans les villes, spécialement en Afrique, en Amérique, en Asie et dans de nombreuses régions du Moyen-Orient, reste importante. « L'augmentation considérable des populations urbaines et de celle des bidonvilles dans le monde représente une crise d'une ampleur sans précédent.

Toutes ces personnes auront besoin d'un logement, d'un emploi et de services urbains », a dit à la Chronique Naison Mutizwa-Mangiza, chef du Département Analyse des politiques, synthèse et dialogue de la Division d'Habitat-ONU Surveillance et recherche. Un grand nombre de villes font face à de graves problèmes de croissance et à un développement anarchique de l'infrastructure urbaine qui, selon les analystes, sont parfois difficiles à gérer. « Les capacités de la plupart des économies urbaines des pays en développement sont insuffisantes pour répondre à une fraction de ces besoins », a-t-il ajouté.

Même s'il n'existe pas encore d'estimations mondiales spécifiques de la pauvreté urbaine, le rapport note une augmentation du nombre absolu de pauvres et de personnes sous-alimentées dans les zones urbaines, et de zones urbaines confrontées aux problèmes de la pauvreté et de la malnutrition. Au total, la moitié de la population mondiale, soit près de 3 milliards de personnes, vit avec moins de deux dollars par jour.

Toujours selon le rapport, la mondialisation est également un phénomène qui touche les bidonvilles en expansion. Même si quelques entreprises et quelques villes des pays en développement ont pu bénéficier de l'ouverture des économies, les nouvelles insécurités causées par la mondialisation surpassent ses avantages, en particulier pour les pauvres qui, au cours des dix dernières années, ont perdu leur emploi, ont vu leurs terres confisquées, paient les services de base plus cher et sont dépourvus d'une infrastructure sociale de base.

La mondialisation galopante a permis aux riches de réaliser des gains dont les pauvres ont été exclus, ce qui a contribué à creuser l'écart entre les nantis et les démunis. À l'heure actuelle, il s'agit de désengorger les villes. Pour y parvenir, les dirigeants mondiaux se sont engagés dans la Déclaration du millénaire des Nations Unies à améliorer les conditions de vie d'au moins 100 millions d'habitants de taudis d'ici à 2020. L'amélioration des taudis est de loin préférable au relogement. En effet, celui-ci avait posé des problèmes dans le passé, les personnes étant retournées dans la même zone dans l'espoir de trouver un emploi. Selon le rapport, l'amélioration des bidonvilles existants devrait être soutenue par des politiques en matière de planification et de gestion urbaines ainsi qu'en matière de construction de logements sociaux.

« Ceci devrait inclure l'octroi de terrains aménagés à des prix abordables et en nombre suffisant pour la construction de logements bon marché par les pauvres eux-mêmes, ce qui permettrait de prévenir l'émergence de nouveaux bidonvilles », a indiqué M. Mutizwa-Mangiza. Au niveau national, il serait nécessaire de mettre en place des politiques de décentralisation urbaine, là où cela est possible, afin de mieux planifier la migration rurale vers les villes et de prévenir la congestion des villes qui contribue, en partie, à l'expansion des bidonvilles, a-t-il déclaré, ajoutant que la décentralisation urbaine ne peut réussir que si elle est menée dans le cadre de politiques économiques nationales adéquates, dont la réduction de la pauvreté.

La clé pour réduire le nombre d'habitants des bidonvilles réside dans la création de services de base tels que l'approvisionnement en eau, les services d'assainissement, l'évacuation des eaux de pluie, l'accès aux routes et l'électricité. Selon M. Mutizwa-Mangiza, le manque de ressources des pays en développement en matière de construction de nouvelles infrastructures ne devrait pas être un problème puisque les habitants s'en chargeraient eux-mêmes. Des prêts leur seraient également fournis pour améliorer leurs habitations.

« En ce qui concerne le manque de ressources, il est reconnu depuis longtemps que les pauvres jouent un rôle essentiel dans l'amélioration de leurs conditions de vie et que leur participation à la prise de décision n'est pas seulement un droit, et donc une fin en soi, mais qu'elle est déterminante pour mettre efficacement en ouvre les politiques publiques. » Il a également noté que l'élimination des risques environnementaux, les mesures d'incitation à la gestion et à la maintenance de la communauté, ainsi que la construction de dispensaires et d'écoles, seraient bénéfiques pour les familles à revenus bas. Selon le rapport, l'amélioration d'un bidonville revient dix fois moins cher, ce qui constitue une alternative intéressante au rasage des bidonvilles et au relogement. Les pauvres sont souvent prêts à investir leur temps et leurs ressources financières dans leur logement. Le rapport montre que cela s'est vérifié dans de nombreux projets d'amélioration de sites et de services de bidonvilles.

Le projet Orangi Pilot à Karachi (Pakistan) est un exemple. Entre 1980 et 1992, les résidents ont investi plus de 2 millions de dollars de leurs propres ressources pour construire un réseau d'égouts qui dessert 72 000 habitations. Le Projet comprend maintenant des services de santé, de planification familiale, d'éducation et d'autonomisation. Les programmes d'inclusion sociale dans la municipalité de Santo Andre, à Sao Paulo (Brésil), ont amélioré les conditions de vie de 16 000 habitants de favelas par des partenariats avec les pauvres, qui sont généralement exclus des processus urbains formels.

Dans plusieurs pays, l'amélioration des bidonvilles consiste également à accorder aux pauvres des titres de propriété foncière. Cependant, selon M. Mutizwa-Magiza, « la législation sur l'occupation des terres et les programmes d'octroi de titres de propriété pour fournir des terres aménagées ont eu un succès limité ». L'octroi de titres de propriétés à de nombreux foyers qui vivaient dans des établissements informels a souvent entraîné une hausse des prix des logements ou une augmentation des coûts des services. En effet, il arrive souvent que les foyers pauvres ayant bénéficié de ces programmes d'amélioration vendent leur maison à des foyers aux revenus plus élevés et retournent vivre dans un logement délabré.

Le défi actuel consiste à veiller à ce que la contribution des pauvres à l'amélioration des taudis soit appuyée par un investissement dans l'infrastructure urbaine. La tâche sera difficile pour les pays en développement, et les années à venir seront un test. « L'expérience a montré que des investissements publics sont nécessaires pour améliorer l'infrastructure des villes afin que les pauvres puissent avoir accès à des logements abordables et que les efforts menés pour soutenir les activités informelles dirigées par les pauvres portent leurs fruits », a déclaré M. Mutizwa-Mangiza.
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