Chronique ONU

La revue des livres de la Chronique
Turbulent Peace
The Challenges of Managing International Conflict
Par Chester A. Crocker, Fen Osler Hampson et Pamela Aall
Institut de la paix des États-Unis, Washington 1996
855 pages ISBN 929223-27-7
Par Fayth A. Ruffin

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L'article
Une paix agitée ? Non, il ne s'agit pas d'un oxymoron, mais d'un essai sur la gestion des conflits mondiaux. Cette compilation d'essais, certains écrits de manière émouvante, d'autres, de manière optimiste, apporte plus de questions que de réponses. Face aux perspectives vastes et variées, on se demande si la prévention, la gestion et la résolution des conflits pourront jamais être structurées de manière à proscrire la violence et à institutionnaliser la paix. À l'appui de nombreux tableaux illustrant les phases de la gestion des conflits et leurs cycles de vie, les auteurs de cet ouvrage ont cherché à stimuler et à provoquer tant les experts que les responsables et les intervenants.

La première partie est consacrée à la manière dont les conflits mondiaux surviennent et évoluent. Une analyse de leurs multiples sources soulève la question de la gestion des conflits. Dans les deuxième et troisième parties, les auteurs évaluent les stratégies d'intervention et examinent quand et où les négociations, la médiation et autres instruments doivent être considérés. Les troisième et quatrième parties sont consacrées aux institutions et aux programmes de sécurité qui gèrent les conflits ainsi qu'à la construction de la paix en partant du règlement des différends pour arriver à la réconciliation.

« Depuis notre ouvrage précédent, Managing Global Chaos, la communauté internationale a acquis une plus grande expérience dans le domaine de la gestion des conflits », a déclaré Pamela Aall à la Chronique. « Les points de vue ont évolué et de nombreuses idées sont fortement contestées, telles que le débat sur l'interventionnisme et la question parfois controversée sur le rôle des entreprises dans la gestion des conflits. Nous voulions montrer aux étudiants qu'il n'y a pas de réponse juste; la complexité de la situation est réelle, mais abstraite. Même si ce n'était pas notre but, nous avons fourni un cadre qui permet aux intervenants d'analyser toute sorte de conflits à la lumière de ceux discutés dans notre ouvrage. La période post-conflit sur laquelle nous nous sommes concentrés apporte une réponse plus générale à la résolution des conflits », a-t-elle indiqué.

Dans le chapitre consacré aux théories sur les guerres entre les États et au sein des États, Jack Levy discerne trois niveaux d'analyse : individuel, comprenant la nature humaine, les systèmes et les processus psychologiques; l'État-nation, comprenant les variables gouvernementales, les facteurs sociétaux et les systèmes économiques; et international, comprenant la structure anarchique du système mondial, la répartition des pouvoirs politiques, économique et militaire et les types d'alliance militaire et commerciale. De même, les sections de la première partie sont organisées par niveau systémique (international), États et sociétés (État-nation) et leadership et institution humaine. Face à ces niveaux d'analyse, Michael Howard réfute, dans son essai consacré aux causes de la guerre, l'idée que la guerre entre des groupes politiques trouve son origine dans le comportement « naturellement agressif » de l'homme. Selon lui, la course aux armements est un substitut nécessaire à la guerre, un test de détermination et de puissance où la guerre survient lorsque les parties jugent qu'elle est plus bénéfique que la paix.

Nils Petter se penche sur les changements environnementaux, la sécurité et les conflits et explique que la dégradation de l'environnement peut être considérée comme une cause indépendante de conflit mais que ses sources sont identiques à celles des conflits armés, à savoir : la loi autoritaire, le manque de coopération internationale, la pauvreté; la consommation excessive des pays riches; et la mondialisation de l'économie. De son côté, Paul Collier pose comme postulat que l'inégalité, la répression économique et les divisions religieuses n'expliquent pas les rébellions violentes ni ne les engendrent . Selon lui, ce sont les conditions économiques, telles que la dépendance en matière d'exportations des produits primaires, les revenus moyens bas, etc., qui favorisent les guerres civiles. C'est seulement en réduisant ces facteurs de risque que l'on pourra assurer la prévention des conflits.

Edward N. Luttwack, lui, se dit opposé à l'intervention. Il considère que, la guerre ayant le grand avantage de ne pas se perpétuer mais au contraire de s'autodétruire, aucune force externe ne devrait intervenir. Ce qui est contesté par Stanley Hoffamn qui, dans son essai, conclut que l'ONU nécessite une force militaire « prête à intervenir », mise à sa disposition par les gouvernements nationaux pour mettre en place des stratégies d'intervention et une nouvelle tutelle en vue de restaurer et de consolider les États qui ont échoué, qui sont naissants ou instables. Pour lui, la souveraineté de l'État doit être limitée plutôt qu'exercée au détriment des droits de l'homme. Dans un monde global mû par le progrès technologique, les problèmes sociaux et écologiques ne peuvent pas être résolus en créant un cadre juridique typiquement occidental, explique-t-il. Notre évolution d'une société anarchique interétatique à une société globale devrait être au service de l'humanité.

Être au service de l'humanité semble précisément être le propos de l'essai de Raymond Cohen. L'auteur estime que, dans le cadre des négociations, il est nécessaire de fournir une formation sur les différences culturelles et nationales. Aucune institution n'est mieux habilitée à cultiver les compétences multiculturelles et les langues étrangères que les ministères des Affaires étrangères. Ceci devrait permettre aux diplomates de renforcer les relations à long terme qui sous-tendent de plus en plus les transactions commerciales réalisées au nom d'un pays et de ses citoyens avec les autres acteurs du système économique mondial.

Sur le rôle des organisations non gouvernementales dans la résolution les conflits, Mary B. Anderson explique que ces organisations peuvent être divisées en quatre catégories, chacune ayant un mandat précis : l'aide humanitaire, le développement économique et social, les droits de l'homme et la recherche de la paix. Elle souligne que les solutions négociées par les ONG qui travaillent pour la paix ont un impact direct sur la répartition et l'allocation des ressources dans les pays en développement. Les ONG peuvent servir à connecter les parties en conflit et passer à la phase post-conflit, celle de la construction de la paix.

Virginia Haufler, pour sa part, se penche sur le rôle des entreprises dans la gestion des conflits, notant que celles-ci profitent des avantages de la mondialisation des marchés. Elle souligne leurs capacités d'intervention spécifiques et conclut que le monde des affaires doit s'associer aux autres entreprises ou autres acteurs légitimes, tels que l'ONU et son Pacte mondial. Sur l'instauration de l'état de droit dans la construction de la paix immédiatement après un conflit, Neil J. Kritz soutient la coordination entre les secteurs en institutionnalisant les promesses pacifiques et le discours conciliateur. En rendant le cyberespace de l'information accessible, les organisations commerciales nationales et internationales peuvent trouver une entente commune sur les changements à réaliser après la guerre pour construire la paix.

De même, la religion est au service des hommes et agit comme facteur de transformation des conflits et de construction de la paix, tant que les activités sont transparentes et que l'objectif est atteint en unissant et non en créant des fractures. Dans son article, R. Scott Appel décrit les acteurs religieux comme des agents efficaces lorsqu'ils agissent indépendamment tout en étant reconnus par l'État, lorsqu'ils agissent sous leur propre autorité et ne sont pas redevables d'un pouvoir gouvernemental, culturel ou religieux. Il constate que la viabilité des commissions de vérité et de réconciliation en tant qu'instruments de la justice transnationale dépend en grande partie de la culture et de la société en question.

Dans la même veine, John Paul Lederach, dans son essai sur la société civile et la réconciliation, place la société civile au premier rang du processus de gestion des conflits. Mentionnant la vérité, la clémence, la justice et la paix comme énergies sociales de la réconciliation, l'auteur explique que ces éléments sont liés par un processus et un espace dynamiques où ils sont reconnus comme différents et interdépendants. Ce ne sont pas les principes et les valeurs statiques et abstraits que l'on nous a enseignés, mais des sources de pouvoir inépuisables et des forces du changement. La réconciliation et la construction de la société civile sont, en fait, les éléments fondamentaux qui constituent l'écosystème dans lequel la paix dynamique doit être réalisée. Si la paix peut être dynamique, il faut veiller à ce qu'elle ne soit pas agitée. Car le dynamisme, non l'agitation, est inhérent à la gestion des conflits.
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