Chronique ONU

Première personne
Comment la mort fauche des vies et fait vaciller l'espoir
Par Sk Abu Farook Rownak Salehin

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L'article
J'ai vécu une expérience tragique : l'accident d'avion survenu à l'aéroport international de Cotonou, au Bénin, le 25 décembre 2003, dans lequel 15 soldats de l'armée du Bangladesh ont trouvé la mort. Comment ces quinze personnes se trouvaient-elles à bord de cet avion au destin tragique est un enchaînement de circonstances dictées par la solidarité et l'amitié que je vais relater, la tristesse au cour.

Initialement, conformément au programme prévu, 18 officiers devaient partir en permission durant la deuxième période de permissions (à partir du 15 novembre) et 14 autres durant la troisième période (à partir du 15 janvier 2004). Tous étaient partis en permission durant la deuxième période sauf cinq officiers (les commandants Baten et Rahim, les capitaines Arif, Zahid et Mabud) et un soldat qui venait d'être nommé officier (l'adjudant Shafia). Ils espéraient profiter du vol de rotation suivant prévu pour BANSEC - états-majors 3 et 4. Le départ, qui était initialement prévu le 15 décembre, a été reporté au 22 décembre. Six autres officiers du groupe suivant - le lieutenant-colonel Arefin, le lieutenant Mustafiz, les capitaines Farid, Alauddin, Rakib et Rafiq - ont demandé de partir en permission plus tôt que prévu.

Tous les officiers ont atteint l'aéroport international de Lungi le 21 décembre. Le jour suivant, le pilote d'un avion affrété par l'ONU a refusé de les prendre parce que leurs noms ne figuraient pas sur la liste des passagers. Après de nombreuses discussions, il a accepté de prendre seulement 12 des 34 passagers de BANCON : les officiers de BANABATT-9 et BANMED-3 (MINUSIL, Sierra Leone), BANBATT-1 (MINUL Liberia) et de l'état- major de la MINUL. Sur les 12 officiers, 4 seulement de BANBATT-9 ont été autorisés à embarquer.

Nos officiers ont alors décidé que le nouvel officier Sahafiq et le plus jeune officier (le capitaine Mabud) devaient, par principe, partir, et que les deux autres seraient choisis par tirage au sort. Mais les deux soldats ayant refusé de partir sans le reste du groupe, il a été décidé collectivement qu'aucun des soldats de BANTATT-9 ne partirait. Ils ont informé leur famille du délai et annulé leurs billets d'avion. L'avion a décollé à 12 h 10 et est arrivé sans encombre à Dhaka. Le lieutenant Mosharref, qui avait pris un destination différente, a également annulé son billet et rejoint le groupe pour voyager avec lui.

Six officiers de BANBATT-1 sont arrivés de Monrovia en avion pour faire partie du vol de rotation mais, suite à la décision des membres de BANCON de ne pas partir, ils sont rentrés au Liberia, déçus. Les lieutenants Rownak et Imtiaz, qui tenaient à tout prix à se rendre au Bangladesh, sont restés à Lungi avec les officiers de BANBATT-9, ce qui portait le nombre total de soldats à quinze.

Le 24 décembre, j'ai été informé que les officiers avaient changé leurs plans et prendraient l'avion le jour suivant. Ce soir-là, je leur ai parlé au téléphone et leur ai souhaité bon voyage. C'était la dernière fois. Ce matin fatidique du 25 décembre, le vol UTA-141 a décollé de l'aéroport international de Lungi à 09 h 39. Le soir, j'ai entendu aux nouvelles télévisées qu'un avion à destination de Beyrouth s'était écrasé à 13 h 55, au décollage de l'aéroport international de Cotonou. Il venait de Conakry, devait faire escale à Lungi, Cotonou et Beyrouth, sa destination finale étant Dubaï. Environ 99 % des passagers étaient Libanais. J'ai rapidement vérifier sa route et j'ai constaté qu'elle était différente : Lungi-Conakry-Cotonou-Beyrouth-Dubaï.

Le jour suivant, le commandant de l'aviation PAK nous a informés par téléphone que tous les officiers de notre régiment à bord du vol UTA-141 étaient morts en martyrs. J'étais sous le choc. J'ai immédiatement averti mes collègues et avons informé le général de brigade Sina-Ibne-Jamali, le directeur des opérations militaires, AHQ à Dhaka, à 16 h (10 h heure locale au Bangladesh). En fait, nous avons appris la nouvelle 26 heures après l'accident, et nous avons ensuite informé l'armée du Bangladesh.

Sur Internet, nous avons appris que le vol comptait 161 personnes, dont dix membres de l'équipage; 199 corps avaient été retrouvés, 20 personnes étaient portées disparues et il y avait 22 survivants. À partir de 4 h, heure locale, nous avons commencé à recevoir des appels des familles inquiètes voulant avoir des informations. Nous avons intentionnellement caché les faits pour leur donner une lueur d'espoir, leur disant que nous tentions de déterminer si les officiers étaient à bord et que nous les rappellerions dès que nous aurions des nouvelles.

Le jour suivant, le 27 décembre, nous avons décidé d'organiser une cérémonie funéraire. En tant qu'adjudant, j'ai relaté les détails de cet événement tragique en évitant de prononcer le mot « mort », préférant dire « nos officiers sont portés disparus et nous sommes rassemblés pour prier pour leur salut ». Une équipe dirigée par notre commandant du contingent, le colonel Md Fazlul Haque, s'est rendu en avion à Cotonou pour identifier les corps ou ce qui en restait. Le jour suivant, les 15 soldats étaient identifiés. Je n'ai pas de mot pour exprimer ma douleur et mes sentiments, car j'ai perdu la plupart de mes supérieurs, mes six camarades et les autres officiers, qui m'étaient tous si chers.
Biographie
Le capitaine Farook de l'armée du Bangaldesh a rejoint BANDATT-9 (MINUSIL) le 1er mai 2003 comme adjudant-major et a enseigné à l'Académie des sous-officiers de 2002 à 2003. Il a été promu officier le 16 décembre 1993.
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