Chronique ONU

L'INTERVIEW de la Chronique

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Biographie
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Erna Witoelar a été nommée ambassadrice spéciale de l'ONU chargée de la mise en ouvre des Objectifs du millénaire pour le développement pour l'Asie et Pacifique. Elle a été ministre des Établissements humains et du développement régional de l'Indonésie et est actuellement coprésidente du Partenariat pour la réforme de la gouvernance en Indonésie et Conseillère régionale de l'Initiative de gouvernance urbaine du Programme de l'ONU pour le développement, Asie-Pacifique. Elle est également membre de la Commission de la Charte Terre, établie à Costa Rica, et présidente de la Fondation Indonesia Biodiversity.

Biko Nagara, de la Chronique ONU, s'est entretenu avec Mme Witoelar.

L'interview
En quoi les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sont-ils importants pour l'Asie et le Pacifique ?

Les OMD sont depuis longtemps notre objectif, à la fois celui du gouvernement central et du gouvernement local ainsi que de la société civile. Mais l'ONU a donné une impulsion qui a créé une solidarité mondiale. Avec les engagements pris au Sommet du millénaire, notre approche a changé, nous voyons ces objectifs de manière globale et interdépendante. Nous pouvons voir comment chaque objectif est lié aux autres et travaillons dans ce sens pour catalyser le processus. Parfois, il s'agit de régions où les familles pauvres n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants à l'école, de régions qui font face au paludisme ou à la destruction de l'environnement. C'est à ce niveau local que les problèmes existent, et non au niveau national. Ces objectifs nous permettent de voir comment être plus efficaces au niveau local, tout en soutenant, aux niveaux national et régional, des politiques en faveur de la réalisation des OMD. Nous pourrons ainsi atteindre nos objectifs plus efficacement et plus rapidement.

Quels sont les défis à relever pour mettre en ouvre ces OMD dans la région ?

Le fait qu'un grand nombre de pays, et également les Nations Unies, ont l'habitude de les traiter de manière sectorielle et ne sont pas encore en mesure de les appréhender de manière plus intégrée est un défi à relever. Cela doit changer. Un autre défi concerne l'adoption par un grand nombre de gouvernements d'approches orientées sur les projets alors qu'elles devraient l'être sur les programmes, de façon à déléguer davantage de pouvoir aux gouvernements locaux. Un troisième défi consiste à convaincre un certain nombre de pays que les OMD ne sont pas uniquement du ressort du gouvernement et qu'ils doivent intégrer les efforts de la société civile et du secteur privé. Ces derniers ont mené des travaux importants dans le domaine de l'éducation et de la santé qui doivent être inclus aux efforts du gouvernement. Le quatrième défi concerne le manque de capacités de nombreux pays à établir des statistiques, des points de référence et à noter les progrès. Nous avons les ressources nécessaires pour atteindre les objectifs mais, parfois, nous ne les utilisons pas efficacement. Une bonne gouvernance, une plus grande transparence, une plus grande responsabilité et moins de corruption contribueront à la réalisation des OMD.

Dans le combat contre le sida, quelles leçons on été tirées de la réussite de plusieurs pays à faire face à ce problème ?

La Thaïlande est le modèle pour l'Asie. Ce pays a fourni des efforts importants et globaux pour inverser la tendance. Nous pouvons apprendre de leur expérience. Les pays ne devraient pas sous-estimer la gravité de la situation du sida. Nous avons parfois tendance à nous concentrer davantage sur le niveau local alors que, dans certaines régions, le problème est plus grave. Il existe dans chaque pays non seulement des régions touchées par la pauvreté mais aussi par le paludisme et par le sida. Nous devons y accorder une plus grande attention et redoubler d'efforts pour trouver des solutions.

Un nombre d'OMD concernent le financement du développement et de l'économie. Malgré le lancement d'initiatives comme le Pacte mondial, les pourparlers de l'Organisation mondiale du commerce ont échoué à Cancun. À votre avis, dans quelle mesure ces événements influent-ils sur la mise en ouvre des OMD ?

Photo/Mikel Flamm
Je pense personnellement que ce Bureau chargé de la campagne de promotion des OMD pour la région Asie et Pacifique a été très actif dans ce domaine. Pendant la première année, l'accent a été mis sur l'objectif 8. Nous avons compris qu'en atteignant cet objectif nous pourrons réaliser les autres. Dans certains domaines, nous avons constaté des progrès, dans d'autres, il nous faut redoubler nos efforts. À Cancun, nous n'avons pas obtenu les résultats escomptés mais la campagne en faveur des OMD a été importante, de même que certains efforts comme ceux du Fonds monétaire international à Dubaï. Je pense que notre campagne a été solide et les efforts de coordination ont été considérables. Mon rôle dans la région Asie-Pacifique s'ajoute à ceci. Dans certaines régions, des organisations non gouvernementales (ONG) mènent spécialement des campagnes sur ces questions. Les ministères des Affaires étrangères ont placé l'objectif 8 au centre de leur campagne.

Face aux divergences telles que celles qui se sont manifestées à propos du Protocole de Kyoto, protocole rejeté par certains pays développés, quel rôle les pays en développement jouent-ils dans la région concernant les questions liées à l'environnement ?

C'est un combat permanent que cette « nouvelle » campagne pour les OMD peut renforcer. J'ai une formation d'écologiste et nous travaillons sur l'environnement depuis des décennies. Les progrès sont lents, ce qui est parfois frustrant, mais nous veillons à renforcer les capacités de réalisation des OMD et à contribuer à ces efforts. On peut voir que les initiatives prises pour améliorer l'environnement auront un impact important sur la pauvreté et sur les maladies et qu'elles contribueront à améliorer la santé et l'éducation.

En quoi votre expérience passée vous sert-elle dans vos nouvelles fonctions ?

J'ai toujours travaillé avec des ONG, sauf pendant vingt mois où j'étais au gouvernement. Je sais donc non seulement faire pression sur les gouvernements, que ce soit en matière de protection de l'environnement ou du consommateur, mais aussi subir les pressions venant de l'extérieur. J'ai fait directement l'expérience de la mauvaise gouvernance. Lorsque j'étais ministre, je m'occupais de l'infrastructure publique, domaine où il y avait beaucoup de corruption. J'ai réalisé que ce n'était pas le budget qui posait un problème mais la manière dont celui-ci était utilisé. La pauvreté n'est pas seulement du ressort du ministère des Affaires sociales. Les ministres de l'Économie doivent également s'y attaquer en améliorant l'infrastructure dans les pays eux-mêmes, que ce soit dans le transport ou le commerce. Il faut développer les politiques favorisant la croissance et je constate que c'est un défi en Indonésie. Nombreux sont ceux qui, dans le gouvernement, considèrent que la pauvreté n'est pas leur responsabilité. Elle doit être intégrée dans les politiques de ces ministères.

Que faut-il faire pour sensibiliser davantage le public et renforcer sa participation ?

Le rôle des médias, comme celui de la société civile, est très important. La société civile est davantage couverte par les médias que les gouvernements. Par exemple, chaque objectif a fait l'objet d'une couverture médiatique importante. Il faut mener une campagne dans chaque pays pour qu'ils soient considérés comme un tout. Mon rôle consiste à prendre contact avec les médias dans chaque pays et à les encourager à aborder ces questions. En octobre 2003, nous avons organisé en Indonésie un atelier destiné aux journalistes pour les sensibiliser sur les OMD et nous aider à trouver les moyens de les généraliser - nous devons donc travailler ensemble.

Que peut-on faire pour aider les pays de la région qui ont connu des périodes difficiles ?

Il est toujours possible de travailler même dans les régions de conflit. Cela nécessite une démarche plus globale qui inclut la résolution et la prévention des conflits ainsi que la mise en place d'activités humanitaires et de développement pour assurer une transition. On ne peut pas attendre que les pays en conflit résolvent leurs problèmes pour voir s'ils peuvent réaliser les objectifs. Il faut tout faire en même temps. Cela peut faire partie de la résolution du conflit, un grand nombre de conflits étant causés par les disparités, l'injustice et par l'impossibilité de mener une vie normale. La réalisation des OMD réduira donc les sources de conflit.

L'une des questions soulevées lors de la 58e Conférence annuelle des ONG concernait la fracture Nord-Sud. Comment peut-on réduire ces disparités ?

Les OMD visent précisément à réduire cette fracture qui existe, et qui existera, pendant des décennies. Nous voulons la combattre et promouvoir l'idée que nous sommes tous à bord du même bateau. Nous ne pouvons laisser l'écart se creuser entre les premières classes, la classe Affaires et la classe économique. De plus, les deux premières classes se désintégreront si les problèmes de la classe économique sont trop difficiles à gérer. L'objectif 8, concernant la création d'un partenariat mondial en vue d'éradiquer la pauvreté, permettra de réduire cette fracture. Nous devons être réalistes et reconnaître que cet écart existera toujours en raison de facteurs historiques et culturels, mais il devrait être beaucoup moins important qu'il ne l'est. Pour le réduire, des efforts sont donc nécessaires de part et d'autre.
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