Chronique ONU

Un défi pour le développement
Pourquoi nous devons vaincre le HIV/sida
Par Kim Hak-Su

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L'article
Une femme du groupe éthnique Akha dans le village de Ban San Jami à Chiang Rai, en Thaïlande, avec ses petits-enfants dont les parents sont morts du sida. Photo UNICEF/Paula Bronstein
Pour la première fois depuis que la Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique des Nations Unies (CESAP ONU) a été créée, il y a un peu plus de cinquante ans, sa session annuelle est consacrée à la santé et au développement.

Pourquoi la CESAP est-elle concernée par la pandémie du VIH/sida ? La réponse est simple : il s'agit d'une pandémie différente des autres. Il y a vingt ans, lorsqu'il a été découvert, le sida était une maladie mystérieuse sur laquelle on savait peu de choses. Aujourd'hui, il constitue une menace pour toute l'humanité. Mais parler de la manière dont il est transmis et des actions à mener amène à traiter de questions qui sont difficiles à aborder en public—questions sexuelles, drogues et préjugés profondément ancrés dans les comportements individuels.

Nous ne pouvons nous complaire dans un mutisme satisfait alors que le virus continue de faire des ravages ? Le VIH/sida a déjà jeté une ombre sinistre sur l'Asie et le Pacifique. Il menace non seulement la vie des populations mais aussi leur mode de vie. Ses tentacules menacent d'annuler toutes les réalisations accomplies durant les cinquante dernières années. Si nous ne faisons rien, il pourrait empêcher tout progrès futur.

L'Asie et le Pacifique comptent la population de base la plus importante de toutes les régions du monde.

Même un taux de prévalence bas se traduit par un nombre important de cas. En outre, contrairement au vieillissement rapide de certaines sociétés, cette région compte un très grand nombre de jeunes. Plus de 50 % des nouveaux cas d'infections dans le monde touchent les jeunes. Ceci signifie que les 620 millions de jeunes qui vivent dans la région sont vulnérables à la maladie. Nous avons la responsabilité de protéger ces vies. Par où commencer ? Que pouvons-nous faire pour réduire l'impact du VIH-sida, y mettre fin et inverser sa tendance ? Les défis qui se présentent peuvent nous sembler insurmontables mais nos sociétés ne sont pas impuissantes face à la maladie. Nous devons, en premier lieu, reconnaître que cette maladie est un défi au développement. Il ne s'agit pas seulement d'une question de santé. Le fait que 95 % des personnes infectées dans le monde vivent dans des pays en développement n'est pas un hasard. Les inégalités des revenus, la malnutrition, l'analphabétisme et les disparités entre les sexes contribuent directement à la propagation du virus et à son impact sur la vie des pauvres.

Pour s'attaquer au VIH/sida en tant que défi au développement, nous devons tirer les enseignements des pays de notre région qui ont su associer des politiques sociales et économiques pour améliorer la vie de leurs populations. Nous devons intégrer la question du VIH/sida dans les stratégies de réduction de la pauvreté. Pour endiguer la pandémie, un engagement et une volonté politiques sont nécessaires au plus haut niveau du gouvernement. .

À l'orphelinat Vienping à Chiang Mai, en Thaïlande, deux employées donnent à manger à des jeunes enfants qui sont pour la plupart séropositifs. Photo ONU/ONUSIDA/Liba Taylor
Nous devons élaborer des réponses globales et stratégiques pour la prévention et le traitement de la maladie, fournir des soins et un soutien efficaces et nous assurer que des ressources adéquates sont disponibles pour soutenir ces actions. Avant tout, une action urgente est nécessaire. Nous sommes convaincus que les Premiers ministres et les présidents peuvent un jouer un rôle déterminant dans les actions nationales directes. La Thaïlande et le Cambodge, entre autres, sont des exemples de pays de notre région qui ont fait preuve de leadership dans leurs actions menées pour combattre la maladie.

La pandémie appelle également à une réponse multisectorielle qui associe les efforts du gouvernement et de la société civile, y compris du secteur privé. Il est impératif que les gouvernements intègrent les questions du VIH/sida dans leur planification du développement, leurs projets sectoriels et leurs stratégies de réduction de la pauvreté. Ils doivent également accorder une plus grande attention à la santé, à la nutrition, à l'éducation, à l'égalité entre les sexes et à la justice sociale. La mobilisation doit intervenir à tous les niveaux du gouvernement.

Malheureusement, dans de nombreuses parties de notre région, nous enterrons nos morts en silence et nions les questions sexuelles, l'usage de la drogue et les relations de pouvoir, qui sont au centre de l'action. Pour s'attaquer sérieusement à la pandémie en Asie et Pacifique, nous devons étudier les facteurs qui déterminent sa propagation. Le caractère tabou de la maladie, l'illégalité de la prostitution, le recours aux services de prostitution, les relations homosexuelles et l'usage de la drogue favorisent la propagation du virus. À cet égard, nous devons agir avec discernement et détermination et trouver en nous le courage de discuter franchement de ces questions. Nous devons nous assurer que tous ceux qui ont des rapports sexuels, qui utilisent des seringues et qui sont en contact avec le sang ou les produits sanguins sont informés des risques et qu'ils aident les autres à prévenir la propagation du VIH.

Nous devons donner les moyens de se protéger aux groupes vulnérables, tels que les jeunes, les travailleurs du sexe, les toxicomanes, les groupes itinérants, ainsi qu'à leurs partenaires. Chacun de nous peut aider à créer un environnement qui puisse inciter la compassion et le soutien et fournir les soins nécessaires aux personnes atteintes du VIH/sida. Enfin, et surtout, nous devons sortir de notre mutisme. Mener des campagnes de sensibilisation radicales. S'affranchir des mesquineries. Il faut unir nos efforts pour vaincre le virus.

La région Asie et Pacifique détient la clé du futur de la pandémie mondiale du VIH/sida. Les gouvernements peuvent sauver des millions de vies en agissant tout de suite. Il est de notre responsabilité à tous de relever ce défi historique. Soyons unis face à la pandémie. Main dans la main, sauvons nos populations de ce virus de destruction massive.

« Donner aux filles et aux femmes les moyens de se protéger »
Dans son allocution à la CESAP, l'Envoyée spéciale du Secrétaire général pour le VIH-sida en Asie et Pacifique, le docteur Nafis Sadik, a souligné la nécessité d'accorder une attention particulière à la vulnérabilité des filles et des femmes qui étaient infectées par leurs partenaires. Leur exposition au VIH était une violation de leurs droits de l'homme et un risque pour la vie et la santé de ces femmes, ainsi que pour celles de leurs enfants. Tout en louant la CESAP pour avoir mis au premier rang des priorités les questions liées au VIH/sida, elle a exhorté la Commission à donner aux filles et aux femmes les moyens de se protéger.

Un grand nombre de leaders de la région ont reconnu la menace que posait le VIH/sida, mais peu étaient prêts à briser publiquement le silence et combattre le déni associé à ces questions. Selon un mythe vivace, le VIH/sida n'était pas un problème asiatique et l'infection toucherait uniquement des groupes tels que les travailleurs du sexe, les toxicomanes et les homosexuels. La société se montrait peu concernée par ces groupes et les préjugés contre eux s'étendaient à tous ceux qui étaient infectés par le VIH/sida.

« Ne pas tomber dans l'inertie »
Dans son discours prononcé lors de la 59e session de la CESAP, qui s'est tenue du 1er au 4 septembre 2003, le Président du Botswana, Festus Mogaes, a souligné l'ampleur et la sévérité de la pandémie du VIH/sida en Afrique, dont les autres régions du monde peuvent tirer de nombreux enseignements. Le premier est que la communauté internationale doit canaliser les efforts et les ressources pour stopper la propagation de la maladie qui peut décimer de larges populations, aggraver la pauvreté, accentuer les disparités entre les pays riches et les pays pauvres et franchir facilement les frontières.

Il a fait remarquer que le VIH/sida a un effet direct sur la production et la main-d'ouvre dû à l'absentéisme, la morbidité et la mortalité et également un effet indirect sur le capital et la production agricole, la productivité de la main-d'ouvre réduite empêchant d'augmenter la production. La réduction du potentiel d'épargne due à la pandémie a également un effet négatif sur l'investissement et la croissance économique.

Selon lui, les dirigeants politiques à tous les niveaux ont un rôle crucial à jouer dans le processus d'élaboration de politiques et de programmes sur le VIH/sida, l'allocation de ressources supplémentaires et la mise en place d'une infrastructure permettant une mise en ouvre efficace. Il a vivement exhorté la région Asie et Pacifique à ne pas tomber dans l'inertie et à maîtriser l'épidémie avant qu'il ne soit trop tard. Les taux actuels de prévalence du VIH, faibles dans la région, permettaient une occasion à ses leaders d'entreprendre des changements décisifs.

Biographie
Avant d'etre nommé secrétaire exécutif le 1er juillet 2000, Kim Hak-Su était ambassadeur de la République de Corée pour les affaires économiques internationales. Économiste de renom, il a également été président de Hanil Banking Institute avant d'occuper, de 1995 à 1999, le poste de secrétaire général du Projet Colombo au Sri Lanka.
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