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Les partenariats mondiaux pour l'éducation sur le VIH-sida changent les mentalités et contribuent à sauver des vies
Par Wouter van der Schaaf

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L'article
En 1989, Jonathan Mann, premier directeur du Programme mondial de lutte contre le sida de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), s'est adressé au Congrès mondial du Secrétariat professionnel international de l'enseignement (SPIE), l'un des prédécesseurs de l'Internationale de l'éducation (IE). Devant des centaines d'enseignants venus du monde entier, il a abordé la question du VIH/sida et a dressé le tableau de la situation pour les décennies à venir. Malgré leur intérêt, un grand nombre des syndicalistes se sont demandé s'il ne s'était pas trompé d'auditoire et s'il n'aurait pas plutôt dû s'adresser à des médecins.

Quinze ans après, toutes les organisations d'enseignants affiliées à l'Internationale de l'éducation sont convaincues que les éducateurs doivent apporter leur appui à la lutte contre la pandémie du VIH/sida.

Photo offerte par l'auteur
Toutes ont conscience qu'elles peuvent et doivent jouer un rôle crucial dans la prévention du VIH en partageant les informations avec les collègues et les élèves, en sensibilisant davantage la communauté et en intégrant dans les programmes scolaires une éducation à la santé axée sur les compétences.

Les syndicats d'enseignants ont adopté des résolutions et des politiques relatives au VIH. Ils ont divulgué des informations et ont intégré des programmes de formation sur le VIH/sida dans leur travail quotidien. En République unie de Tanzanie, le syndicat d'enseignants a décidé que les questions du VIH et du sida seront à l'ordre du jour de toutes les réunions. Chaque numéro de la revue mensuelle de l'Association professionnelle démocratique des enseignants d'Afrique du Sud propose des articles sur le VIH/sida et contribue à sensibiliser ses 210 000 membres.

Le secteur de l'éducation, comme tous les autres secteurs de la société, est profondément touché par le VIH/sida. En Zambie et dans d'autres régions de l'Afrique australe, il n'y a pas assez d'enseignants pour remplacer ceux qui meurent du sida. Au cours des dix prochaines années, un enseignant sur cinq en mourra. Au Zimbabwe, qui compte 108 000 personnels enseignants, environ un enseignant sur trois est infecté par le virus. En Afrique, les enseignants signalent qu'il y a de plus en plus d'élèves orphelins, l'Éthiopie à elle seule comptant 1 million d'enfants orphelins. Ils notent également qu'un nombre de plus en plus important d'élèves ont abandonné leurs études parce qu'ils devaient pourvoir aux besoins de leur famille et s'occuper de leurs jeunes frères et sours. L'Internationale de l'éducation regroupe des millions d'enseignants, l'enseignement étant la profession la plus importante et la mieux organisée dans le monde. Les syndicats d'enseignants ont des membres dans presque tous les villages et les hameaux et constituent un réseau important à tous points de vue. Les 315 organisations nationales affiliées à l'IE comptent 26 millions de membres dans le secteur de l'éducation.

Jusqu'ici, les organisations d'enseignants mettaient avant tout l'accent sur les salaires et sur des conditions de travail décentes. Certes, ces points continuent d'être au centre des priorités. Mais, un grand nombre de ces organisations ont évolué et reconnaissent que ces questions sont trop restreintes.

De plus en plus de syndicats élargissent leur champ d'action et traitent de questions telles que les politiques et la qualité de l'éducation, les inégalités entre les sexes et la relation entre l'éducation et le marché du travail. Cette nouvelle orientation est un défi pour les syndicats qui doivent aborder des questions essentielles telles que l'« Éducation pour tous » et l'avenir des systèmes d'éducation. Dans ce contexte, les organisations affiliées de l'IE savent qu'elles peuvent apporter une contribution importante à la prévention du VIH dans le système scolaire.

L'Internationale de l'éducation apporte un soutien important à ces nouvelles initiatives. Elle a pour but de fournir à ces membres les meilleurs services possibles et de collaborer aux efforts de prévention. Pour y parvenir, elle a dû former de nouvelles coalitions pour avoir accès au savoir-faire nécessaire. En matière de santé scolaire et de prévention du VIH/sida, l'organisation a mis en place une relation de travail étroite avec l'OMS au cours des dix dernières années. Par le biais de l'OMS, elle a établi des liens avec le Center for Disease Control (CDC), l'Education Developement Center et d'autres organismes. Un nouveau réseau de partenariats a été créé qui a permis aux affiliés de l'IE d'élaborer leurs propres directives et recommandations « globales » en matière de politiques sur le VIH, de programmes d'études et de formation professionnelle.

Photo OMS/P. Virot
Les dirigeants syndicaux ont suivi des séminaires régionaux en vue d'aider les syndicats à mettre en ouvre les politiques de lutte contre le sida et à travailler avec leur ministère de la Santé et /ou de l'Éducation respectifs afin d'améliorer les politiques nationales, les programmes scolaires et la formation. Une enquête portant sur les actions entreprises par les syndicats d'enseignants a montré des progrès considérables en la matière. Les séminaires ont également révélé que les enseignants n'avaient ni la formation ni les ressources éducatives nécessaires pour mettre en ouvre des efforts de prévention efficaces.

L'Internationale de l'éducation et l'OMS ont donc décidé de poursuivre leur partenariat pour soutenir les syndicats au niveau national. Elles ont participé à la création d'un manuel de formation sur l'hygiène scolaire et la prévention du VIH.

Les syndicats peuvent l'utiliser pour apprendre aux adultes à se protéger contre les risques d'infection par le VIH, préconiser les efforts de prévention efficaces dans les écoles et aider les élèves à apprende à se protéger.

Au début, les réunions entre les syndicats et les ministères n'étaient pas évidentes. Personne ne semblait emballé par cette rencontre. Peu à peu, ces partenaires potentiels ont appris à se connaître et à surmonter les antagonismes « naturels ». Dans de nombreux pays, les représentants des ministères de la Santé et de l'Éducation font actuellement partie du Comité VIH mis en place par les syndicats. Ils fournissent et partagent des informations et cherchent les moyens de renforcer leur relation de travail aux niveaux national et local. Au Rwanda, le ministère de l'Éducation a accordé un congé à tous les enseignants pour qu'ils assistent aux séminaires de formation organisés par les syndicats, tandis qu'au Sénégal, le ministère a décidé de financer la publication d'un grand nombre de manuels de formation destinés aux syndicats. En Zambie, le ministère a offert la collaboration d'experts médicaux dans le cadre des programmes de formation sur le VIH/sida dirigés par les syndicats.

Actuellement, l'Internationale de l'éducation et l'OMS travaillent conjointement dans 15 pays en Afrique, en Haïti et en Guyana; d'autres syndicats en Afrique et dans les Caraïbes participent également. Le programme a pour objectif de fournir aux enseignants et aux apprenants les compétences nécessaires pour éviter les comportements à risque. Il est clair que le savoir à lui seul ne suffit pas à changer les mentalités et les comportements. Les campagnes d'information et de sensibilisation jouent un rôle important dans la lutte contre le VIH/sida, mais la réalité montre qu'une approche systématique et un processus d'apprentissage participatif sont nécessaires pour effectuer des changements. Les changements dans les comportements ne se font pas du jour au lendemain, et les enseignants du monde entier le savent bien. Cela demande un travail de longue haleine de la part des éducateurs, un engagement à long terme de la part des syndicats et, surtout, l'instauration de partenariats solides entre les parties intéressées. L'Internationale de l'éducation, l'OMS et leurs partenaires au niveau national ont montré l'efficacité de ces partenariats. Les résultats obtenus n'auraient pas pu être réalisés par un seul secteur.
Biographie
Vouter van der Schaaf est coordonnateur des programmes sur le HIV/sida de l'Internationale de l'éducation, une organisation syndicale internationale des personnels de l'éducation dont les 26 millions de membres représentent tous les secteurs de l'éducation, de la maternelle à l'université. M. Van der Schaaf a débuté sa carrière comme instituteur à Amsterdam et milite depuis 25 ans dans le mouvement ouvrier.
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