Chronique ONU

Deux jeunes filles, un ennemi commun : le sida
Par Sherry W. Sacino

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L'article
Christina Ann Riechers
Alors qu'elle laçait ses chaussures, Christina Ann Riechers se demandait comment sa journée allait se dérouler en Californie. Après avoir travaillé sans relâche durant les neuf derniers mois, elle allait pouvoir constater le résultat de ses efforts. La première Marche mondiale des étudiants contre le sida qu'elle a organisée aux États-Unis était une initiative qui allait permettre d'aider des personnes inconnues vivant à l'autre bout du monde.

Dans une cabane située dans les environs de Durban, en Afrique du Sud, Celiwe laçait les chaussures de son plus jeune frère. En se relevant, elle ressentit une légère douleur dans le dos. Pendant les trois dernières années, c'est elle qui s'est occupée de ses quatre sours et de son frère, âgés de 5 à 17 ans. Obligée de subvenir aux besoins d'une famille dont elle n'est pas la mère, elle n'a pu terminer ses études. Elle espère pouvoir suivre des cours d'été mais pendant les douze prochaines années au moins, elle devra s'occuper de son frère et de ses sours.

Christina et Celiwe ne sont pas séparées que par la distance mais aussi par leur culture et par leurs perspectives d'avenir. Elles ne se connaissent pas, mais leurs chemins se sont croisés. Nous connaissons tous les statistiques dévastatrices de la crise du VIH/sida en Afrique. Des vedettes de cinéma, des célébrités ont associé leur nom aux campagnes organisées pour collecter des fonds et les dirigeants mondiaux ont signé des déclarations. Mais ici, deux jeunes filles, presque du même âge, sont impliquées dans le difficile combat mené pour trouver une solution face à cette maladie mortelle. Pour Christina et pour Celiwe, la pandémie du sida dans le monde représente plus que des données : c'est leur vie. Celiwe (son nom a été changé pour protéger sa vie privée) n'avait que 17 ans quand sa mère est morte, la veille de Noël 2000.

Celiwe, 20 ans, avec ses sours et son frère Photo/©Alex Fattal, Lewis Hine Fellow, Duke University
Celle-ci avait prévenu ses enfants du sort qui l'attendait et expliqué à Celiwe les tâches qui lui incombait : garder une maison propre et subvenir aux besoins de son frère et de sours, les préparer pour aller à l'école, préparer leurs repas et s'assurer qu'ils avaient des vêtements à se mettre. Sa mère lui a confié son rêve : que chaque enfant aille à l'école et gagne décemment sa vie.

Avec ses instructions en tête, Celiwe a pris le rôle de chef de famille avec l'assistance de Sandy Naidoo, coordinatrice d'un programme pour les orphelins et les enfants vulnérables à Sinozio, dans la province de KwaZulu-Natal, sur la côte Est de l'Afrique du Sud.

Dans cette province, le sida s'est propagé si rapidement que de nombreuses familles ont au moins un de leurs membres infectés. Les travailleurs sociaux redoublent d'efforts pour essayer de ralentir la propagation. S. Naidoo travaille avec une équipe mal rémunérée et plus de 160 volontaires qui conseillent, fournissent des médicaments et réconfortent ceux qui sont dans le besoin. Parfois, ils sont aussi amenés à jouer les conseillers juridiques dans les affaires familiales.

L'oncle de Celiwe, en qualité d'homme de la famille, estime que les éléments féminins de la famille sont là pour le servir. Il boit, parfois entre dans la maison sans y être invité et demande aux enfants gîte et couvert. Jusqu'ici, les deux filles aînées (14 et 17 ans aujourd'hui) lui ont tenu tête, mais cette situation leur pèse. Le groupe dirigé par S. Naidoo a dû rencontrer les responsables du village, expliquer que les enfants sont les propriétaires de leur maison et qu'ils ne lui sont pas redevables. Mais dans cette culture dominée par les hommes, les choses n'évoluent pas beaucoup et les enfants vivent dans une peur constante. Cette attitude est l'un des facteurs qui contribuent à la crise du sida. « Nous expliquons à la fois aux hommes et aux femmes les dangers qu'ils courent quand ils ont des relations sexuelles sans protection », a expliqué Maki Chase, coordinatrice VIH/sida du Centre communautaire Itireleng dans la province nord-ouest d'Afrique du Sud, confrontée aux tensions raciales. « Mais la plupart des hommes ignorent nos conseils et disent que c'est la faute des femmes s'ils sont infectés parce qu'elles ont de multiples partenaires sexuels. Une partie de notre travail consiste à organiser des ateliers. Les femmes venant des 400 fermes alentour arrivent tôt et partent tard. Elles s'intéressent à leur santé, font appel aux services d'assistance socio-psychologiques, subissent des tests de dépistage volontaires et tirent avantage des soins prénatals. Mais beaucoup sont victimes de la violence conjugale et c'est un sujet tabou qui ne peut être abordé avec des personnes étrangères à la famille », a observé M. Chase.

« Nous avons investi beaucoup de temps et d'efforts pour changer les comportements vis-à-vis du VIH/sida en Afrique du Sud », a commenté Noxolo Spondo qui dirige la Campagne d'action pour le traitement dans la région de Lusikiski au Cap-Est. En 2001, son groupe a intenté un procès au gouvernement pour obtenir le droit de fournir la Néviparine, un médicament qui permet d'empêcher la transmission du virus de la mère au fotus.

Ils ont gagné le procès en 2002, raconte M. Spondo, et luttent pour que le médicament soit distribué dans le pays. Mais même ce succès pose un défi. « Pour que la Névirapine soit efficace, nous devons administrer de l'AZT aux femmes infectées. Or, les stocks sont insuffisants. À l'heure actuelle, les principaux hôpitaux sont pourvus des deux médicaments, mais ils sont aussi nécessaires dans les petits dispensaires situés dans les régions rurales. »

C'est pour répondre à cet appel que Christina Ann Riechers, 19 ans, étudiante à l'université de Stanford, à Pala Alto, a co-fondé en août 2002 l'Initiative pour l'accès au traitement du sida, une organisation des étudiants de Stanford destinée à sensibiliser davantage l'opinion sur la pandémie.

« Avec une collègue qui participait à la Campagne mondiale des étudiants contre le sida, nous avons conclu qu'il était important de soutenir les efforts entrepris pour diminuer la transmission du sida de la mère à l'enfant », a expliqué Christina Ann Riechers. « Nous avons appris que la Névirapine était le médicament le plus efficace pour éviter la transmission mais qu'il n'était pas distribué sur une grande échelle à cause de son prix élevé et du manque de services. » Elle a organisé la Marche mondiale des étudiants contre le sida qui a eu lieu le 12 avril 2003 dans huit grandes villes américaines pour demander l'accès de tous aux médicaments. L'initiative a permis de réunir 43 000 dollars qui ont été envoyés au Projet d'appel à l'action de la Fondation Elizabeth Glaser Pediatric AIDS, laquelle a mis sur pied 49 projets dans 17 pays, dont trois dispensaires au KwaZulu-Natal. « Le travail des volontaires dans les régions rurales aide toute le monde », a déclaré M. Chase. « Les fonds que nous obtenons du gouvernement et des ONG sont alloués à l'éducation, à la distribution de médicaments et au dépistage. »

Christina Ann Riechers, qui a maintenant 20 ans, ne savait pas où iraient les fonds qu'elle réunissait, mais elle voulait aider à sa manière. Elle s'intéresse particulièrement aux questions sociales dans les pays en développement et, quand elle aura obtenu son diplôme d'études universitaires en 2005, elle compte poursuivre sa carrière dans le développement international. Elle passera l'été prochain en Zambie pour travailler dans un centre de santé communautaire.

« Jusqu'ici, mon expérience a été concentrée sur la lutte contre la pandémie aux États-Unis, sur la sensibilisation au sida dans le pays, sur la collecte de fond ainsi que sur le fait de m'informer sur le manque de soins de santé dans les pays en développement », a-t-elle expliqué. « Cet été sera pour moi l'occasion de travailler avec ceux dont les histoires déchirantes m'ont sensibilisée aux problèmes du VIH/sida ainsi qu'à la santé mondiale et au développement en Afrique. » Mais avant son départ, son action a déjà eu des retombées concrètes au KwaZulu-Natal. Les fonds qu'elle a réunis ont permis
d'améliorer la vie de Celiwe, le visage pour
la jeunesse d'un million de statistiques.

Biographie
Sherry W. Sacino est présidente de Youth Empowerment Alliance, Inc. (sherry@yealliance.org), une organisation à but non lucratif qui est en cours de créer Youth Media Network, un réseau de distribution d'articles des jeunes aux grands médias du monde entier.
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