Chronique ONU

Deuxième Commission
Économique et financière
Il n'existe pas de réponses simples aux question complexes
La section de l'Assemblée générale a été coordonnée et rédigée par Vikram Sura

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L'article
Iftekhar Ahmed Chowdhury, ambassadeur du Bangladesh, Président de la Deuxième Commission. Photo Chronique
Comment peut-on créer une plus grande égalité dans une économie mondiale où un quart des 6 milliards d'habitants consomme plus de la moitié des ressources mondiales ? Comment soulager les populations et les pays du fardeau de la dette pour qu'ils puissent bénéficier de la mondialisation de l'économie ? Comment empêcher la disparition des petits États insulaires menacés par l'élévation du niveau de la mer ? Ces questions importantes et complexes sont abordées par la Deuxième Commission. « Ces questions ne sont pas simples, et les réponses non plus », a dit le président de la Commission, Iftekhar Ahmed Chowdhury (Bangladesh), à la Chronique ONU. « Savoir quelles questions poser c'est, en quelque sorte, connaître la moitié des réponses ».

Au total, 37 résolutions ont été recommandées pour adoption par l'Assemblée générale, toutes, sauf deux, ont été adoptées sans vote dans la tradition du consensus propre à la Commission.

Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) visant à réduire de moitié d'ici à 2015 le pourcentage de la population qui n'a pas accès à l'eau potable, à éliminer d'ici à 2005 les disparités entre les sexes dans les enseignements primaire et secondaire et à mettre en place un système commercial et financier ouvert, fondé sur des règles et non discriminatoire, ont été au cour des discussions. Le Burkina Faso, le Yémen, le Venezuela ainsi que d'autres nations industrialisées ont demandé aux pays donateurs de tenir leurs engagements pris durant la Conférence internationale sur le financement du développement à Monterrey en 2002, où les leaders des pays donateurs ont décidé de consacrer 7 % de leur produit national brut à l'aide publique au développement (APD).

Durant le débat, Nguyen Thanh Chau (Vietnam) a fait remarquer que même si l'APD avait augmenté de 4,8 % et atteint 57 milliards en 2002, cela était bien loin des 100 milliards que la Banque mondiale avait estimé nécessaire pour réaliser les OMD dans les pays en développement.

M. Chowdhury a indiqué que si les donateurs étaient tenus de respecter leurs engagements en matière d'APD, les pays en développement, de leur côté, devaient utiliser cette aide efficacement. Il a déclaré : « Dans les années 1970, le Bangladesh a été capable de développer des projets nationaux, tels que le microcrédit et l'éducation informelle. Ces activités, associées à une bonne gouvernance, à des institutions pluralistes et à une classe moyenne importante, a donné à la société les moyens de tirer le meilleur parti de l'aide extérieure ». Il a ajouté que durant une certaine période, son pays avait atteint une croissance économique continue de 5 à 6 % et réalisé des objectifs sociaux tels que la prise en compte généralisée de la question de la parité des sexes. « Qu'une société traditionnelle soit modernisée par la participation des femmes est exemplaire. Le nombre de Bengladais ayant accès à l'éducation a considérablement augmenté, et l'éducation est gratuite pour tous les garçons et les filles », a commenté l'ambassadeur.

Les pays donateurs ont tendance à imposer des conditions en matière de bonne gouvernance et d'obligations de rendre compte. De fait, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), un programme conçu par les Africains et endossé par l'Assemblée générale en 2002, a créé un mécanisme d'évaluation par les pairs chargés de contrôler que les pays remplissent leurs obligations vis-à-vis de l'aide. Ce mécanisme avait été inclus à l'insistance des pays donateurs.

Tout dépend par quel bout de la lorgnette on regarde, a estimé Majdi Ramadan (Liban) à la Chronique. Même si, pour recevoir l'APD, les pays récipiendaires devraient respecter la bonne gouvernance concernant les politiques macro-économiques et les questions sociales, les institutions internationales, telles que le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale, devraient également assurer une bonne gouvernance en donnant, par exemple, une plus grande latitude aux pays en développement « Le Liban a eu à faire à la Banque mondiale et au FMI quand, il y a deux ans, la Banque mondiale a demandé la dévaluation de la devise libanaise. Mais la position du gouvernement a été très claire, parce que la dévaluation sape la confiance des investisseurs », a commenté M. Ramadan, ajoutant que son pays a obtenu de la France, de l'Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et de la Malaisie 4,6 milliards de dollars de « prêts à des conditions libérales » avec des intérêts très faibles, ces pays considérant que le Liban était sur la bonne voie.

Durant le débat sur l'APD, Pablo Berti (Cuba) a fait remarquer que pour chaque dollar reçu de l'APD, les pays en développement payaient 6 dollars à titre de remboursement de la dette. Entre autres pays, le Nigeria, l'Indonésie, l'Équateur et l'Ouganda ont dit qu'ils ne pouvaient pas réaliser les OMD parce qu'ils devaient consacrer leurs ressources limitées au remboursement de leur dette. Ils ont soutenu l'échange de créances contre des programmes de développement durable, les pays pouvant ainsi investir dans l'éducation, l'éradication du VIH/sida et la protection de l'environnement en échange de l'annulation d'une partie de leur dette. Alors que l'aide, la dette et le développement sont compris dans le huitième Objectif, le plus important de tous les objectifs, qui vise à mettre en place un partenariat mondial pour le développement, un phénomène tel que l'élévation du niveau de la mer pourrait rayer un pays de la carte. Cela n'a pas échappé à la Commission qui a adopté sans vote une résolution sur la Poursuite de la mise en oeuvre du Programme d'action pour le développement durable des petits États insulaires en développement.

L'existence de Tuvalu, le deuxième pays le plus petit au monde, dépend d'une manière précaire de l'océan Pacifique qui l'entoure. Cet archipel, qui s'étend sur 26 km2, est formé de neuf atolls de corail, son point le plus haut n'étant qu'à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. Avec les îles Maldives, Tuvalu a demandé aux délégués de la Commission de prendre des mesures pour mettre un terme au réchauffement de la planète pour éviter de disparaître à cause de l'élévation du niveau de la mer. Lors de la Neuvième Session de la Conférence des parties à la Convention sur les changements climatiques (Protocole de Kyoto), qui s'est tenue à Milan en décembre 2003, il a été révélé que les émissions combinées de l'Europe, du Japon, des États-Unis et d'autres pays industrialisés pourraient augmenter de 8 % entre 2000 et 2010 (ou de 17 % par rapport aux niveaux de 1990), malgré les mesures prises actuellement au niveau national pour les limiter. Ces émissions ont un impact direct sur les températures dans le monde, l'élévation du niveau de la mer et la survie de pays comme Tuvalu.

M. Chowdhury a expliqué la logique du Protocole de Kyoto en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. « Dans le passé, les pollueurs n'étaient pas les payeurs. Et en plus, ils amélioraient leur performance en polluant. Au bout d'un moment, on en a eu assez et on a crié haro sur les pollueurs ». Mais se conformer aux normes revient cher et « de nombreux pays en développement ne sont pas en mesure de le faire », a-t-il ajouté. À court de ressources, les pays en voie d'industrialisation ont beaucoup de mal à se conformer aux normes en matière d'émissions, surtout quand ils voient que « même les pays riches n'ont pas soutenu le protocole ».

Parmi les nations les plus industrialisées, le Canada a soutenu le Procole de Kyoto. Durant les débats de la Commission, son délégué, Louis Saint-Arnaud, a déclaré que son pays avait doublé sa contribution annuelle au Programme des Nations Unies pour l'environnement et ratifié le Protocole en 2002. Le Suisse Stefano Toscano, dont le pays est le dernier État membre des Nations Unes, a dit à la Chronique que son pays soutenait le Protocole pour son « objectif visant à assurer le développement durable et à lutter contre les effets des changements climatiques sur la planète ». Même si sa mise en ouvre peut présenter des défis financiers à court terme, « il faut voir à plus long terme », a-t-il considéré. Parmi les nations en voie d'industrialisation, le soutien de la Chine est essentiel à son succès. Dans une interview à la Chronique, Wang Ling a dit que son pays était favorable à une ratification et à une mise en ouvre rapides du Protocole. Elle a souligné les efforts de la Chine en matière de réduction des émissions, qui a abandonné les combustibles carbonés et adopté le gaz naturel et le charbon propre dans l'industrie, les entreprises et les foyers. « Des conduites de gaz naturel ont déjà été installées dans plusieurs villes et nous essayons d'approvisionner chaque famille en gaz naturel », a-t-elle ajouté.

De son côté, le réprésentant de la République démocratique du Congo a dit à la Commission qu'il était heureux d'avoir enfin pu constater que de nombreux pays développés soutenaient le Protocole.

Le Nigeria est le plus gros producteur de pétrole de l'Afrique. Bolus Pau Zom Loto a dit à la Chronique que bien que son pays soit producteur de pétrole, il était prêt à utiliser des sources d'énergie plus propres. « Au Nigeria, où nous avons la chance d'avoir beaucoup de soleil, l'énergie solaire est une option souhaitable. Mais nous manquons de capacités. Nous continuerons de mener à bien les nouveaux projets dans le cadre de la NEPAD, où l'énergie est la priorité numéro un. »

Bien que dans la Deuxième Commission le consensus soit une tradition, il y a eu un vote sur deux résolutions. La résolution sur les Mesures économiques unilatérales utilisées pour exercer une pression politique et économique sur les pays en développement a été adoptée par 125 voix pour, 1 contre et 37 abstentions. Elle exhortait la communauté internationale à adopter des mesures « urgentes » pour éliminer les mesures unilatérales non autorisées par l'ONU ou incompatibles avec les principes de la Charte de l'ONU. Le représentant des États-Unis a expliqué son vote négatif en ces termes : « Les sanctions économiques unilatérales et multilatérales peuvent être des moyens efficaces de réaliser des objectifs légitimes de politique étrangère. Les États-Unis ne sont ni les seuls à partager cet avis, ni les seuls à suivre cette pratique. La Charte de l'ONU elle-même prévoit le recours aux sanctions pour modifier le comportement de ceux qui veulent lancer un défi aux normes internationales ou qui cherchent à les compromettre. »

L'autre résolution concernant les ressources naturelles dans les territoires palestiniens occupés et le Golan syrien, a été adoptée par 154 voix pour, 4 contre (États fédérés de Micronésie, Israël, îles Marshall, États-Unis) et 10 abstentions. Le représentant israélien en a critiqué le caractère « tendancieux et contre-productif », considérant qu'elle n'avait pas sa place dans la Deuxième Commission et qu'elle préjugeait de questions entre les Israéliens et les Palestiniens que les deux parties avaient décidé d'aborder dans le cadre de négociations bilatérales.

Cette année, la session de la Deuxième Commission a été marquée par les préoccupations concernant l'équilibre commercial mondial et l'influence des institutions, telles que l'Organisation mondiale du commerce (OMC). M. Chowdhury a dit : « Nous nous demandons de plus en plus si l'OMC a la capacité, le poids politique, au niveau national et mondial, de traiter ces grandes questions économiques qui vont bien au-delà du commerce. » La Commission a adopté sans vote une résolution sur le Rôle des Nations Unies s'agissant de promouvoir le développement dans le contexte de la mondialisation et de l'interdépendance. Les discussions ont également porté sur la création d'un « conseil de sécurité économique » ou d'un « mécanisme de production de revenus pour le développement » par lequel les pays « qui ne voient aucun inconvénient à faire l'objet d'une enquête externe peuvent présenter leurs résultats, ce qui, d'une certaine façon, peut être bénéfique pour leur performance.

Même si de nouvelles idées sur le partenariat mondial ont été débattues durant la Deuxième Commission, le Président de la Commission a fait remarquer qu'elles devaient prendre forme et que des mécanismes étaient nécessaires pour les mettre en ouvre. « La majorité d'entre nous cherche à placer le développement au cour des activités des Nations Unies. »

ONU-HABITAT

Aucune organisation au sein de la famille des Nations Unies n'est probablement mieux préparée que le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT ) pour s'attaquer à l'Objectif du millénaire pour le développement (OMD) « Améliorer sensiblement la vie d'au moins 100 millions d'habitants de taudis, d'ici à 2020 ». Sa Directrice exécutive, Anna Kajumulo Tibaijuka, a dit à la Deuxième Commission que d'ici à 2030 la population des taudis dans le monde pourrait augmenter et passer de 1 milliard d'habitants sur 6 milliards à 2 milliards sur 8 milliards. Elle a pourtant estimé que ce onzième objectif était modeste et en a proposé un plus ambitieux pour réaliser l'objectif du Sommet du millénaire de créer des villes sans taudis.

Le partenariat est un élément essentiel des activités d'ONU-HABITAT qui visent à encourager la coopération entre les villes et les villages, comme entre Amesbury, dans le Massachusetts, et Esabalu, au Kenya, à collaborer avec les gouvernements locaux pour améliorer les politiques relatives aux taudis ou à aider des maires africains à examiner le processus budgétaire participatif qui a permis d'améliorer les zones touchées par la pauvreté dans 250 villes d'Amérique latine.

Photo UNHCHS
Tous les deux ans, le Forum urbain mondial d'ONU-HABITAT réunit les gouvernements nationaux, les autorités locales, les organisations non gouvernementales (ONG) et les spécialistes urbains pour chercher à réduire la pauvreté dans les régions urbaines dans le monde. Plus de 2 000 participants sont attendus au Forum en septembre 2004.

Axumite Gebre-Egziabher d'ONU-HABITAT établi à Nairobi, a dit à la Chronique ONU que la mise en place de l'infrastructure de base, notamment l'eau, l'assainissement et les routes d'accès pour les ambulances, était l'un des aspects les plus urgents dans les taudis. Selon elle, le succès du programme est en partie dû à son approche communautaire, qui fait appel à la participation de plusieurs parties, notamment les habitants des taudis, les gouvernements locaux et nationaux et les ONG. « Donner aux gens la possibilité de prendre part à la gouvernance et les impliquer dans la recherche de solutions à des questions qui les concernent de près présentent d'importants avantages. Ils se sentent responsabilisés et assument ces responsabilités dans leur zone. Souvent il n'est pas nécessaire de mettre en place des policiers dans les bidonvilles », a-t-elle déclaré.

L'ambassadeur norvégien, Johan Lovald, dont le pays a contribué pour 1,3 million de dollars au Fonds d'affectation spéciale pour l'eau et l'assainissement d'ONU-HABITAT, a dit à la Deuxième Commission que le Programme « sous la direction compétente d'Anna Tibaijuka, enregistre des progrès positifs ». Il a loué le Forum, où les questions urbaines pouvaient être examinées « en profondeur et en toute liberté ». Il a également dit que sa délégation était sensible aux efforts d'ONU-HABITAT destinés à promouvoir l'égalité entre les sexes dans toutes ses activités, ajoutant qu'il était nécessaire de les appuyer en fournissant des fonds « stables et réguliers ».
— Jonas Hagen

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