Chronique ONU

Descriptif de mission
Les défis et les opportunités à venir de l'OMM
Par Michel Jarraud

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L'article
Je demande souvent à mes interlocuteurs s'il y a une activité humaine qui n'est pas d'une manière ou d'une autre influencée par le temps, le climat ou l'eau. En effet, tous les gens, et pratiquement toutes les activités sociales et économiques, sont affectés par ces trois éléments - les trois grands domaines dont est chargée l'Organisation météorologique mondiale (OMM), une institution spécialisée des Nations Unies. De plus, ces domaines sont véritablement mondiaux car ils ne connaissent pas de frontières nationales. C'est pourquoi la coopération entre les nations ne peut être que bénéfique pour tous.

De fait, il est opportun de rappeler que même au plus fort de la guerre froide, la météorologie était parmi les quelques domaines où les superpuissances étaient arrivées à s'entendre et dans la transparence. Une telle collaboration a donné naissance à quelques-unes des avancées les plus importantes de la science météorologique, dont les systèmes d'observation, le traitement et l'échange des données et des informations. C'est à cette époque que les premiers satellites météorologiques ont permis une couverture globale de la Terre ainsi que la mise en place, entre 1968 et 1982, d'un des programmes de recherche les plus complets et universels de toutes les disciplines scientifiques. Les premières graines ont été semées il y a 150 ans lors de la Première Conférence météorologique internationale, qui s'est tenue à Bruxelles en 1853, qui a conduit à la création de l'Organisation météorologique internationale en 1873, puis de l'OMM en 1950.

Depuis, la communauté météorologique a appris à exploiter chaque avancée dans les domaines scientifiques et technologiques connexes et à les appliquer afin d'étudier l'état de l'atmosphère, son impact sur le climat terrestre et les activités humaines et, inversement, évaluer les effets des activités humaines sur l'atmosphère et le climat de la Terre. L'OMM est au centre de ces avancées, elle sensibilise le monde entier sur les changements climatiques et coordonne la collaboration entre les nations pour examiner ces questions. Cette organisation compte 187 États Membres dotés d'un Service météorologique et hydrologique national (SMHN) et est composée d'un organe suprême - le Congrès; d'un organe exécutif - le Conseil exécutif; d'organes scientifiques - les commissions techniques; d'associations régionales; et d'un Secrétariat.

Toutes les opérations de recherche et de formation sont menées par les membres, principalement par le biais des SMHN et des autres institutions pertinentes.

Au cours des quatre prochaines années, notre priorité consistera à renforcer les capacités des SMHN, à leur apporter le soutien nécessaire et à contribuer à la promotion de leur image et de leur visibilité, ainsi qu'à sensibiliser l'ensemble de la communauté sur leur rôle essentiel contribuant au bien-être de l'humanité. Mais, avant tout, le succès de l'OMM est mesuré par la capacité des SMHN à satisfaire les besoins nationaux. Ces services fournissent les données, les prévisions, l'expertise et les services aux niveaux national et international, et constituent les composantes de base et le réseau unique sur lesquels est construit l'édifice météorologique mondial. Chaque service contribue au système de l'OMM selon ses capacités et en bénéficie selon ses besoins.

Les programmes d'auto-assistance ou de volontaires visent à répondre aux besoins des services moins développés. Un programme destiné aux pays les moins développés a été mis en place. L'accent sera davantage mis sur la construction des capacités, les programmes communs et le renforcement des institutions régionales.

Pour réaliser cet objectif global au cours des quatre prochaines années, l'OMM mènera des actions prioritaires ciblées sur : le renforcement des programmes scientifiques et techniques de l'OMM; la coopération étroite avec les autres organes du système de l'ONU, les organisations intergouvernementales et non gouvernementales, les institutions académiques, les médias et le secteur privé; une meilleure utilisation des nouvelles technologies et un Secrétariat plus à même de répondre de manière proactive aux besoins et aux préoccupations des États Membres et de la communauté internationale.

En examinant ces domaines, l'OMM tiendra compte des décisions, du programme, du budget ainsi que du sixième plan à long terme adopté par le Congrès météorologique mondial, l'organe suprême de l'OMM, qui s'est réuni en mai 2003.

Les programmes scientifiques et techniques de l'Organisation sont la pierre angulaire de son action et un élément vital de sa force. Nous nous attacherons donc à créer une plus grande synergie entre eux et avec les groupes scientifiques au niveau régional. Des activités transectorielles seront développées pour répondre aux nouveaux besoins des membres, en particulier dans le cadre des deux nouveaux programmes liés à la réduction des catastrophes et à l'atténuation de leurs effets sur l'environnement ainsi qu'à la recherche sur les sciences spatiales. Ceci devrait aider les membres à mettre en ouvre un grand nombre de politiques issues des conférences et des sommets mondiaux, telles que ceux sur le développement durable, la société de l'information, les conventions sur l'agriculture et le développement, notamment celles sur les changements climatiques, l'ozone, la désertification et la biodiversité.

Une attention particulière sera accordée au développement de l'application de la science et de la technologie dans les domaines suivants :
  • l'observation de l'environnement, dont l'atmosphère, les océans, les régions polaires et la surface terrestre. L'OMM dirige un réseau unique d'observation en temps réel des conditions météorologiques, du climat, de l'eau et de la composition de l'atmosphère à l'aide de systèmes de données in situ et de systèmes satellites;


  • les prévisions météorologiques, climatiques et hydrologiques afin de fournir des alertes précoces d'une plus grande exactitude;


  • les questions liées à l'eau;


  • la sûreté et la sécurité des nations contre les risques naturels, ainsi que ceux dus aux activités humaines, tels que les accidents nucléaires et chimiques, les matières polluantes et les incendies de forêts;


  • la recherche interdisciplinaire : la communauté scientifique continuera de chercher à approfondir les connaissances sur les phénomènes atmosphériques, climatiques, hydrologiques et océanographiques;


  • l'intégration des avancées liées à une meilleure connaissance du temps, du climat et du cycle hydrologique dans un vaste éventail d'activités socio-économiques, dans la protection de l'environnement et dans la formulation de politiques soutenant les conventions liées à l'environnement, les stratégies et les plans d'action aux niveaux national et international;


  • la création de partenariats de centres de recherche et de formation, à la fois dans les pays en développement et les pays développés, afin de construire des capacités.


  • J'attache une grande importance au développement d'une synergie avec les programmes pertinents du système de l'ONU et les autres organisations régionales et internationales. Dans le domaine de l'eau, par exemple, l'accent sera mis sur l'évaluation des ressources en eau, la surveillance de la qualité de celle-ci et les prévisions hydrologiques, spécialement dans les pays en développement. Nous nous inspirerons de ce qui a été fait pour les océans, pour lesquels un organe intergouvernemental unique, la Commission mixte pour l'océanographie et la météo-rologie marine (JCOMM), a été créé par la Commission océanographique intergouvernementale de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) et l'OMM.

    Dans le domaine climatique, nous renforcerons les structures et les programmes existants et collaborerons avec nos partenaires afin de fournir des informations plus exactes concernant les projections climatiques. L'OMM continuera d'apporter son soutien au Groupe intergouvernemental d'experts pour l'étude du changement climatique, parrainé par le Programme des Nations Unies pour l'environnement et l'OMM, afin de rechercher des arrangements efficaces avec les partenaires ayant des activités similaires. À titre d'exemple, l'OMM et le Conseil international pour la science organiseront conjointement des expérimentations dans les régions polaires en 2007-2008.

    De même, je prévois de travailler de manière bilatérale avec les organisations pertinentes et dans le contexte du Comité administratif de coordination du système de l'ONU.

    Au niveau régional, un nombre d'organisations sont dotées de programmes socio-économiques et environnementaux qui soutiennent leurs membres respectifs mais beaucoup n'ont pas de programmes en météorologie et, si elles en ont, ceux-ci sont peu développés ou insuffisamment financés. Il est donc important de renforcer les programmes existants ou d'en développer de nouveaux. Cette initiative renforcera les efforts réalisés au niveau national.

    Nous mettrons l'accent sur la communication, non seulement avec les SMHN mais aussi avec les partenaires du développement, les médias, le secteur privé, la communauté scientifique et le grand public. Nous développerons les technologies comme Internet et d'autres équipements. En mai 2003, le Quatorzième Congrès de l'OMM a adopté une Stratégie générale de communication qui nécessitera un changement radical dans notre mode de fonctionnement. Il me tarde de mettre en ouvre cette Stratégie, avec le soutien du Secrétariat et des membres. L'OMM travaillera également en collaboration étroite avec les SMHN et les organisations de l'ONU, qui sont dotées de stratégies de communication efficaces.

    Les progrès scientifiques et technologiques continueront de jouer un rôle important dans le développement et l'application des sciences météorologiques et hydrologiques. Certains de ces domaines concernent les techniques et les instruments d'observation, dont la détection à distance par satellites telle que les radars Doppler, les systèmes acoustiques et de mesure automatisés couvrant les terres, les rivières, les lacs et les mers; les télécommunications, dont Internet; les systèmes informatiques et les compilateurs parallèles et les ordinateurs centraux et les stations à des prix abordables; et le traitement et le stockage des données. Les SMHN devraient tirer parti de ces développements. Pour les pays en développement, nous intensifierons nos efforts et la coopération, avec la participation à part entière de l'OMM.

    Enfin, le Secrétariat et son personnel jouent un rôle primordial dans la mise en ouvre des actions prioritaires de l'OMM que je viens de mentionner. Je m'attacherai à établir un dialogue fructueux avec eux et je les encouragerai à prendre plus d'initiatives et à collaborer. Ils doivent se rendre compte qu'ils font partie d'une famille investie d'une mission et être fiers de travailler dans une organisation d'une réelle portée mondiale, qui prend constamment le pouls de la Terre, qui contribue à la protection des communautés contre les effets dévastateurs des catastrophes naturelles et qui sensibilise les populations mondiales sur l'état de notre environnement et son évolution.

    Toutes les actions de l'OMM seront transparentes et ce, pour le bénéfice de ses membres, notamment pour les plus défavorisés. Avec mon expérience de météorologue et celle de secrétaire général adjoint pendant les huit dernières années, je pense pouvoir aider l'OMM à relever les défis du siècle nouveau et à continuer de se développer et de répondre aux attentes de ses membres en contribuant au bien-être de leurs populations et au développement durable de leurs économies.
    Biographie
    Michel Jarraud a été nommé secrétaire général de l'OMM pour un mandat de quatre ans, à compter du 1er janvier 2004. Avant d'être nommé secrétaire général adjoint à l'OMM en 1995, il a été directeur adjoint au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (1990-1995).
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