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L'épidémie silencieuse du VIH/sida atteint des proportions alarmantes, affectant près de 2 millions de personnes en Amérique latine et dans les Caraïbes. Pendant la réunion de suivi de la Session spéciale de l'Assemblée générale sur le VIH/sida, qui a eu lieu en juin 20023, l'ONU a exhorté les pays de la région à entreprendre une action immédiate et la communauté internationale à faire reculer la crise.
Bien que le taux le plus élevé des personnes affectées par le VIH se situe en Afrique subsaharienne, l'Amérique latine et la région des Caraïbes sont devenues une source de préoccupations en raison du nombre non recensé et croissant de personnes infectées par le virus. Les responsables de l'ONU en matière de santé et de développement ont exprimé leurs vives préoccupations devant l'«augmentation implacable» du VIH/sida dans la région. L'attention portée par les médias à la situation catastrophique en Afrique a éclipsé la crise à laquelle font face les autres continents.
En 2000, le Directeur exécutif du programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), Peter Piot, avait mis en garde que «l'amplification de la crise du sida à laquelle est confrontée l'Amérique latine n'est pas encore reconnue, sauf dans le cas du Brésil». Mais sa déclaration n'a pas tiré la sonnette d'alarme pour mettre en place d'importants programmes de prévention. Si, selon M, Piot, «la riposte (était) très insuffisante» il y a trois ans, les chiffres en juillet 2003 montrent que la situation en Amérique latine ne s'est pas améliorée et a, en fait, empiré.
Selon un rapport annexe d'ONUSIDA, environ 1,5 million de personnes sont atteintes du VIH/sida en Amérique latine, et 420 000 dans les Caraïbes où le VIH se propage quatre fois plus rapidement.
Haïti est le pays le plus touché avec un taux de prévalence de plus de 6 % parmi la population adulte. Les pays andins, y compris l'Argentine, la Bolivie, la Colombie, l'Équateur et le Pérou ayant le taux d'infection le plus bas. Malgré sa situation critique au début des années 1990, le Brésil a fait des progrès considérables en matière de traitement et de soins, mais cette lueur d'espoir ne peut cependant être généralisée à l'ensemble de la région.
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Le Centre anonyme de dépistage du sida à Rio de Janeiro, au Brésil, fournit des informations et des conseils sur le sida, ainsi qu'un dépistage confidentiel à ses clients.
WHO photo/Waak
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La pauvreté, l'analphabétisme et le manque d'éducation sexuelle et d'informations sont des facteurs qui aggravent la propagation de l'épidémie et empêchent l'application des programmes de prévention. La détérioration de l'infrastructure de la santé causée par des investissements insuffisants de la part des États et par les pressions néo-libérales ne fait qu'aggraver le problème. Moins explicite, l'attitude machiste des hommes est un facteur qui favorise la contamination, limitant la capacité des femmes à négocier des relations sexuelles sans risque et encourageant les hommes à avoir des partenaires multiples. Les programmes d'éducation sont donc souvent inefficaces pour toucher les personnes à haut risque, telles que les homosexuels et les prostituées qui cachent leur orientation sexuelle ou leur profession.
Le manque d'accès à l'éducation est depuis longtemps un problème qui entrave les progrès et restreint la capacité des gens à se protéger contre le VIH. En Amérique latine et dans les Caraïbes, les personnes infectées font face à plus de difficultés que celles qui vivent dans les pays occidentaux. Au total, 55 % des Latino-américains vivent au-dessous du seuil de pauvreté et la plupart n'ont pas les moyens d'acheter des médicaments antirétroviraux. En juin 2003, l'Argentine, la Bolivie, le Chili, la Colombie, l'Équateur, le Mexique, le Paraguay, le Pérou, l'Uruguay et le Venezuela ont signé une déclaration d'intention avec un nombre d'entreprises pharmaceutiques afin d'avoir accès aux médicaments antirétroviraux, aux diagnostics du VIH et aux tests de surveillance à des prix réduits. Ces dix pays ont l'intention de réduire les prix de ces médicaments, certains jusqu'à 92 %, ce qui permettra à 150 000 personnes supplémentaires d'avoir accès à un traitement.
Le Brésil a également accordé des réductions importantes sur les prix des antirétroviraux et est maintenant considéré comme un modèle pour les autres pays. Cette nation à dominance catholique a riposté à l'épidémie du sida en diffusant des campagnes nationales de choc et en distribuant des préservatifs gratuits. En 1996, le gouvernement a voté une loi fédérale qui autorisait le système de santé publique à fournir gratuitement les traitements antirétroviraux, ce qui a permis de réduire de moitié le taux de décès dû au sida à la fin des années 1990. Ces traitements ont également eu un effet positif sur la prévention du VIH.
Le Brésil est le seul pays en développement dans le monde à fournir un traitement antisida gratuit à tous ses citoyens. En juin 2003, il a reçu, pour la troisième fois, un prêt de 100 millions de dollars de la Banque mondiale pour financer la mise en ouvre du projet Sida III et contre les maladies sexuellement transmissibles. La réticence des autres pays latino-américains à suivre cet exemple dans la lutte contre le sida vient de divers facteurs culturels et économiques; en effet, ce pays est moins conservateur que certains de ses voisins et son économie est l'une des plus avancées de la région.
Dans un monde où il n'existe toujours pas de traitement contre le sida, les programmes de prévention sont la seule arme pour combattre l'épidémie. L'éducation sur le sida comme la plus haute priorité. Dans la plupart des communautés infectées, l'incidence du VIH est élevée et les efforts de prévention très insuffisants.
Des études réalisées par les organisations non gouvernementales (ONG), dont Christian Aid, AIDS Alliance et ONUSIDA, ont révélé que la religion avait parfois des effets négatifs sur les programmes éducatifs de prévention. Et pas seulement les grandes religions. Dans de nombreuses cultures indigènes isolées du Brésil, d'Amérique centrale et des pays anglophones des Caraïbes, les mythes sexuels constituent un obstacle à l'éducation et à la prévention.
Plusieurs organisations internationales, dont l'Organisation mondiale de la santé, ONUSIDA, l'Organisation panaméricaine de la santé et des ONG locales sont prises dans un cycle vicieux. Ne disposant pas de suffisamment de fonds ni de ressources humaines pour mettre en ouvre des programmes d'information et d'éducation sur le VIH/sida qui sont essentiels pour optimiser l'efficacité de leurs rapports, elles ont des difficultés à attirer des donateurs importants.
Malgré l'impact profond de la religion sur l'éducation en matière de sida dans la région, l'élan imprimé à la lutte contre le sida s'est accéléré au cours des deux dernières années. Les dirigeants des Caraïbes ont mis en ouvre une collaboration transfrontalière commune pour traiter les questions concernant le VIH/sida, et plusieurs pays, dont le Brésil, ont joué un rôle de leader en matière d'accès aux soins de santé des patients atteints de la maladie. En juin 2003, les institutions de l'ONU ont appelé «les pays de la région à renforcer de manière significative leurs ripostes nationales au VIH/sida par une approche complète et multisectorielle, de façon à réduire la vulnérabilité des jeunes à risque et de leur donner les moyens de devenir des partenaires actifs dans la lutte contre l'épidémie».
L'épidémie a atteint de telles proportions que les institutions de l'ONU y accordent désormais la plus haute priorité à tous les niveaux de leurs organisations. En juin 2003, l'Assemblée générale de l'ON a débattu de ce problème fondamental qui touche l'Amérique latine et les Caraïbes dans l'espoir que les États membres, la société civile et le secteur privé prendront des mesures urgentes et efficaces pour empêcher l'escalade de la crise.
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