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Éducation
L'émission «Parler franchement»
Par Sherry W. Sacino

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L'article

Les enfants sont notre ressource la plus précieuse; personne ne dira le contraire. Dans le monde entier, les adultes élaborent les politiques et gèrent les affaires publiques en ayant à l'esprit les besoins des enfants. Mais qu'en est-il vraiment ? Qu'en pensent les jeunes ?

À Shkodra, en Albanie, la vendetta est considérée par les adultes comme le meilleur moyen de venger les victimes d'un crime d'honneur. Les garçons de la famille de l'accusé pouvant devenir une cible, des centaines de garçons restent enfermés chez eux, ne vont plus à l'école, n'ont plus d'amis et ne peuvent plus mener une vie normale.

Des jeunes journalistes d'Albanie ont raconté cette histoire dans Troç («Parler franchement» en albanais) - une émission télévisée d'une heure produite conjointement par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et la télévision albanaise. Les interviews réalisées auprès de jeunes qui sont confrontés à cette situation ont montré les conséquences dévastatrices de cette pratique.

Julian Kurti, 12 ans, a dit aux jeunes reporters qu'il vivait chaque jour dans la peur parce que son cousin avait tué quelqu'un. Redoutant la vengeance sur leur fils, ses parents lui ont interdit de quitter la maison.

Alors que Julian est toujours en vie, sa vie a radicalement changé. «J'ai perdu ma liberté, je ne vais plus à l'école, j'ai tout perdu», a-t-il confié.

Les jeunes reporters ont continué leur travail en demandant à d'autres jeunes ce qu'ils pensaient de la vendetta. Se passant le micro, ils sont tous tombés d'accord pour dire que le meilleur moyen de résoudre le problème de la vengeance était de pardonner. «Je crois que pardonner à quelqu'un pour un crime qu'il a commis révèle une plus grande force que de tuer», a dit Yvel, un jeune de dix-sept ans qui habite dans la même ville que Julian.

À gauche : Romet Preisman, 15 ans, et Kreet Saarma, 17 ans, d'Europe centrale.
En bas, à gauche : Filip Janczack, 16 ans, de Pologne, et Natalya Khavanova, 17 ans, du Bélarus.
En bas, à droite : quatre jeunes de la Fédération de Russie, d'Arménie, de Géorgie et du Tadjikistan à l'atelier OneMinutesJr de Tbilisi.

Comme c'est le cas pour tous les médias, l'histoire ne peut que soulever une question. La réponse est finalement dans le camp des adultes qui élaborent les politiques déterminant comment les enfants vivent, et la qualité de leur vie. Mais Troç est le premier chapitre d'une série d'émissions consacrées aux changements majeurs en Albanie. L'émission a été diffusée, à titre d'expérience, en février 2001. Une étude commanditée par l'UNICEF en automne 2002 après la diffusion de 75 émissions a indiqué que l'émission avait une valeur éducative. Voici les conclusions :

  • Plus de 2 millions d'Albanais (58 % de la population) ont vu Troç au moins une fois et 1,5 million (44 %) regardent régulièrement cette émission, dont 90 % ont entre 11 et 20 ans.
  • Plus des deux tiers des adolescents discutent des thèmes de l'émission avec leurs amis, de même que la moitié du public.
  • Deux tiers des téléspectateurs considérent Troç comme la meilleure émission télévisée et estiment qu'elle devrait être diffusée plus souvent.

La voix des jeunes se fait de plus en plus entendre dans les grands médias. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à échanger leurs points de vue dans les forums de discussions et leurs préoccupations commencent à être prises en compte par les adultes.

En novembre 1999, un groupe composé de trente jeunes, de professionnels des médias et d'experts en droits des enfants ont créé le Défi d'Oslo. Il appelle les gouvernements, les organisations, les personnes, les professionnels des médias, le secteur privé, les jeunes et les adultes à reconnaître et à soutenir le droit des enfants à accéder aux médias, à participer à la production de l'information et à l'utiliser pour promouvoir leur cause. L'un des résultats concrets du Défi d'Oslo est le développement du Young People's Media Network en Europe et en Asie Centrale (YPMN). Actuellement, plus de 300 personnes et organisations collaborent par ce biais pour partager les ressources.

Selon Chris Schuepp, conseiller-coordinateur du YPMN, l'objectif du groupe est d'aider les jeunes à réaliser leur potentiel. «Le but ultime est de renforcer la participation des jeunes aux médias. Les jeunes ont beaucoup de choses à dire. Les médias abordent la question de l'avenir des jeunes, ceux-ci devraient donc avoir leur mot à dire dans la discussion», a-t-il ajouté. «Malheureusement, nous en sommes encore loin. La participation des jeunes pourrait être plus importante dans chaque pays avec lequel je travaille. À cet égard, certains sont plus avancés que d'autres.»

Le YPMN est à l'écoute, a dit M. Schuepp. «Mon objectif, et celui de l'UNICF et de l'YPMN, est d'apporter notre appui aux jeunes du monde entier qui souhaitent s'exprimer et participer aux médias, qu'ils sachent que nous sommes là pour les aider à atteindre ce but», a-t-il déclaré. En 2003, le YPMN a été également chargé de maintenir le site du projet MAGIC - Media Activities and Good Ideas by, with and for children (Activités médiatiques et bonnes idées, avec et par les enfants) (www.unicef.org/magic). Le magazine Teen People fait partie de ses membres, où 12 000 jeunes participent au choix des articles du magazine. Teen People est lu chaque mois par 1,6 million d'adolescents aux États-Unis.

«Lorsque nous avons rédigé le plan d'activités pour Teen People, nous pensions avoir de nombreuses idées importantes sur des sujets qui intéresseraient les adolescents», a expliqué l'éditeur Paul Caine. «Je me suis rendu dans une école et j'ai soumis ce plan à des adolescents pour tester les idées. En une journée, les 400 jeunes que nous avons interviewés ont modifié totalement le concept et en ont conçu un nouveau. Je savais combien il était important de créer un produit interactif qui reflète leurs intérêts, pas ce que les adultes veulent qu'ils lisent», a-t-il ajouté. Mais si les jeunes peuvent participer à l'élaboration du contenu d'un magazine et au dialogue, il leur manque les compétences nécessaires pour créer un produit journalistique. Ils ont besoin d'être guidés.

Polly Renton est productrice de TAZAMA! («Regarder, enquêter» en swahili) - une émission télévisée à Nairobi, produite par les jeunes, pour et sur les Kényans. Les enfants apprennent à documenter, à filmer, à enregistrer, à interviewer et à diriger. Une fois leur film terminé et enregistré, ils font appel à un chef de montage qui travaille avec eux comme s'il avait affaire à des professionnels.

Polly Renton a également organisé des sessions de formation au Kenya sur tous les aspects de la production, du travail de caméraman à l'éthique journalistique. Cette année, elle a travaillé pendant trois semaines avec 16 jeunes sélectionnés parmi 300 candidats, dont cinq ont été choisis pour travailler à la production de TAZAMA! Ils seront réalisateur, caméraman, etc., pour une série de treize émissions d'une demi-heure (environ 80 histoires différentes), dont la production prendra six mois. Chaque année, P. Renton dirige en Albanie un atelier de journalisme similaire d'une semaine pour Troç.

De même que pour Teen People et Kidsday, une section du Newsday à Long Island (New York), produite par des jeunes et proposée cinq jours par semaine, il est important que des adultes encadrent les jeunes à chaque stade de la production. «Il faut compter quatre à cinq semaines pour créer une page», a confié Patrick Mullooly, rédacteur à Kidsday. «Nous avons d'abord une réunion de discussions, puis nous aidons les enfants à traiter les sujets qui les intéressent. Étant donné que chaque page est créée par une classe différente, nous devons veiller à ce que les idées soient toujours intéressantes.»

Presque toutes les idées sont proposées par des jeunes, mais toutes les émissions ne sont pas entièrement produites par eux. «À la télévision albanaise, nous avons un monteur professionnel qui prend plusieurs heures de film et en fait une histoire», a indiqué Catharine Way, qui dirige le projet Troç pour l'UNICEF en Albanie. Il en est de même pour Kidsday et Teen People. Dans notre publication, toutes les idées sont celles de jeunes, a précisé Amy Barnette, rédactrice à Teen People. «De nombreux articles sont inspirés ou écrits par nos lecteurs, mais nous avons une équipe de rédacteurs qui veillent à ce que les faits soient exacts et que l'article soit bien rédigé.»

Les opinions des jeunes commencent à trouver un certain écho dans les grands médias et parviendront à s'imposer au plus grand nombre. Que réserve l'avenir ? Tout semble indiquer qu'avec un encadrement et un financement adéquats, les jeunes peuvent jouer un rôle intégral et sans précédent dans la diffusion de l'information et dans les changements dans le monde.

«Les jeunes sont des futurs lecteurs et spectateurs, ils sont donc les futurs consommateurs de médias», a affirmé M. Schuepp. «Leur tourner le dos ne peut avoir que des conséquences négatives. Et ignorer totalement leurs idées et leurs points de vue est non seulement néfaste pour le tirage mais aussi pour la société en général.» L'UNICEF a résumé la situation en ces termes : «Les médias pour les jeunes ont un tel impact qu'ils peuvent transformer la vision que les adultes ont du monde. Je pense qu'ils s'imposeront partout.»

Sherry W. Sacino est présidente de Youth Empowerment Alliance, Inc, une organisation à but non lucratif qui vient de créer Youth Media Network, un réseau de distribution d'articles des jeunes aux grands médias.
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