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S'adressant aux 2 000 participants de la 56e conférence annuelle DPI/ONG, qui s'est tenue à New York, Nila Kapor-Stanulovic a abordé les aspects psychologiques de la sécurité et de la dignité humaines. Elle a personnellement vu les effets des conflits armés dans les Balkans et a soigné des patients en Bosnie-Herzégovine et en Macédoine. Ayant à la fois reçu et fourni une aide psychologique, remplissant parfois simultanément les deux rôles, elle a expliqué que les moments les plus difficiles étaient probablement lorsqu'elle a reçu une aide, alors profondément marquée par les expériences traumatisantes qu'elle avait vécues. Elle soutient fermement l'importance que revêt le fait d'aider les victimes. Experte en «psychologie d'urgence», qui comprend les techniques d'intervention dans les conflits, les interventions après les traumatismes et la réhabilitation psychologique, elle poursuit ses activités afin d'améliorer les situations d'après-conflit en ex-Yougoslavie.
Biko Nagara, de la Chronique, s'est entretenu avec Mme Kapor-Stanulovic le 10 septembre.
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Sur la dignité et de la sécurité
Dans le contexte de la psychologie, la dignité et la sécurité ont été abordées mais pas explorées en profondeur. Les organisations humanitaires et les organisations non gouvernementales (ONG) ont souvent tendance à ne pas tenir compte des aspects psychologiques de la vie, associant la psychologie à la maladie et aux problèmes psychopathologique. Quand je dis que je suis psychologue, c'est ce qui vient à l'esprit des gens. Pourtant, la psychologie est destinée aux personnes qui ont souffert et subi des traumatismes entraînant une perte de la dignité. Il est très important de mettre fin aux idées préconçues selon lesquelles la psychologie et la réhabilitation psychosociale visent seulement un nombre limité de malades.
Sur l'importance du bien-être psychologique
Les Nations Unies sont principalement concernées par la survie physique, qui est, bien sûr, une priorité. Mais le bien-être psychologique a été trop souvent relégué à l'arrière plan. Ayant travaillé pour l'UNICEF, je sais que les problèmes sont nombreux, et que le personnel et les ressources sont limités. Pourtant, une plus grande attention devrait être accordée aux questions liées à la survie autre que physique. Nous devons faire connaître les informations de base concernant le bien-être psychologique et la réhabilitation. Il faut bien comprendre que notre travail ne consiste pas à traiter les malades mais à promouvoir le bien-être de l'ensemble de la population et à aider au rétablissement des personnes touchées par des catastrophes humaines ou naturelles, telles que les conflits armés, la pauvreté, la faim et les maladies.
Sur l'aide psychologique d'urgence
L'aide psychologique d'urgence est un concept relativement nouveau, qui est aussi important que les premiers soins médicaux. Lorsqu'une personne saigne, on ne l'envoie pas immédiatement chez un spécialiste. On essaie d'abord d'arrêter le saignement, puis on l'envoie voir un spécialiste. De même, on ne prend pas en charge les personnes qui ont besoin d'un traitement de fond comme une psychanalyse ou une psychothérapie. Tout le monde devrait connaître les principes de base de la psychologie d'urgence afin d'aider les personnes à se rétablir plus rapidement après une crise. J'ai d'abord établi une liste. La psychologie d'urgence est un concept très simple qui peut être diffusé à la radio ou imprimé sur des brochures pour être appris et appliqué par tous. Pendant les bombardements de l'Otan en Yougoslavie, j'ai demandé aux stations de radio locales d'expliquer chaque soir un principe de psychologie d'urgence pendant une minute avant les informations. Vingt techniques d'aide importantes ont été ainsi décrites en vingt jours. Il est donc facile et peu coûteux de faire connaître cette pratique à toutes les personnes qui écoutent la radio ou regardent la télévision. Certaines personnes particulièrement motivées peuvent appliquer cette méthode sans passer par une formation, mais les autres doivent suivre une formation de base.
Sur les effets à long terme des traumatismes collectifs
Les traumatismes collectifs sont une question complexe. Dans certains pays comme l'Afghanistan et l'Irak ou la Serbie, mon pays natal, pratiquement toute la population a été traumatisée. Notre tâche consiste à les aider à retrouver une vie normale en leur redonnant le sentiment de la dignité, de l'estime de soi et de la confiance dans la vie et dans les personnes. Certains s'en sortiront seuls, d'autres pas. Malheureusement, les personnes qui ont été exposées à des traumatismes chroniques, continus, ont tendance à avoir recours à la violence par la suite. L'avenir est donc très morose pour les pays où l'ensemble de la population a été profondément marqué par des traumatismes. Dans de nombreux pays sortant d'un conflit, la criminalité augmente, spécialement parmi les jeunes. Il est difficile de demander aux jeunes de comprendre et d'adopter la tolérance après avoir été exposés à la violence. Les personnes, spécialement les jeunes, en viennent à penser que les guerres, la colère et la haine sont des comportements normaux. Je ne sais pas exactement ce qu'il faudrait faire et, jusqu'ici, je constate un manque de volonté pour investir dans des programmes de réhabilitation. La priorité a été donnée à la construction de logements, à la nourriture et à la médecine, et les personnes continuent de vivre avec leurs traumatismes.
Sur les cycles de violence dans les pays sortant d'un conflit
Pour une génération qui endure des années de brutalité, la violence sera un modèle de comportement dans la relation avec les autres. C'est donc un problème à long terme - le problème ne disparaît pas lorsque le premier cycle de violence prend fin. En m'appuyant sur l'expérience de mon pays, je sais qu'il est impossible d'introduire la paix dans un pays qui sort d'un conflit. Bien que la communauté internationale ait inculpé notre Président, un dictateur, de crimes de guerre, les jeunes continuent d'être violents les uns envers les autres. Nous avons des difficultés à introduire des programmes afin de changer les mentalités sur la manière de résoudre les conflits. Plusieurs programmes en faveur de la résolution pacifique des conflits et de la tolérance ont été mis en œuvre mais ils ne touchent pas tout le monde. Pourtant, il y a cinq ans, les bombes ont frappé toute la population et des efforts importants sont désormais nécessaires pour remédier aux problèmes causés pendant cette courte période.
Sur la pertinence de l'éducation
L'éducation est essentielle, mais l'éducation formelle ne touche pas tous les jeunes, parce qu'un grand nombre ne va pas à l'école, certains venant de terminer leurs études, d'autres n'allant simplement pas à l'école. Or, ces jeunes adultes dirigeront le pays dans les trente prochaines années. Il est impossible de toucher tout le monde. C'est un problème. J'aimerais que les dirigeants mondiaux suivent au moins une fois un cours sur la résolution pacifique des conflits par des psychologues. Les leaders mondiaux, communautaires et religieux, ainsi que toutes les figures d'autorité, devraient dire à la population que le conflit est normal, mais que la violence ne l'est pas. Le conflit fait partie de notre vie - professionnelle et personnelle, mais cela ne signifie pas qu'il faut user de la violence pour résoudre les problèmes. Il serait bon de garder à l'esprit que chaque acte de violence mène des millions de personnes à croire que la violence est la seule solution à un conflit. Cela serait bien plus efficace. Même si l'ONU déploie des efforts importants, elle n'a pas les ressources pour toucher des populations entières.
Sur le 56e Conférence annuelle DPI/ONG
La Conférence DPI/ONG a été utile et intéressante. J'ai constaté que les ONG avaient la capacité de mettre en œuvre des idées et qu'un grand nombre de personnes étaient intéressées à introduire ces idées dans la société civile. Cela est rassurant. J'ai réalisé que je n'étais pas un Don Quichotte isolé mais que je faisais partie d'un groupe immense qui s'attache à améliorer le monde. C'est un sentiment merveilleux.
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