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Regard sur la planète
Les effets des micropuces sur l'environnement
Par Eric Williams

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L'article

Par Eric Williams Que nous l'appelions la révolution de la technologie de l'information (IT), la société du savoir ou l'ère numérique, le phénomène reste identique. Partout, l'adoption de l'informatique et des technologies des communications a eu un impact important sur les sociétés. Les conséquences de ses changements sur la croissance économique et sociale sont débattues par les experts d'aujourd'hui dont les opinions sont diverses : certains vantent les bénéfices des TI, d'autres dénoncent les inégalités qu'elles engendrent, et d'autres encore expriment des opinions plus modérées.

Une question a été pourtant laissée de côté : les effets des technologies de l'information sur l'environnement. Comme les révolutions technologiques précédentes, tels que le moteur à combustion et l'électricité, la technologie de l'information devrait avoir des effets importants sur l'environnement, à la fois dans la nature et l'ampleur des défis environnementaux et en matière d'outils disponibles pour y répondre. L'Université des Nations Unies, dont le siège est à Tokyo (UNU), a débuté des travaux sur les effets de la révolution des TI sur l'environnement par le biais d'un projet de recherche créé en janvier 2001, Environnement et technologie de l'information, et entreprend un grand nombre de recherches pour examiner les diverses facettes du problème.

Certaines informations ont particulièrement attiré l'attention des chercheurs, des entreprises ainsi que du public. L'article «The 1.7 kg Microchip, materials and energy uses in the production of semiconductors», publié dans la revue Environmental Science et Technology de la Société chimique américaine, étudie l'utilisation de l'énergie, des produits chimiques et de l'eau dans les procédés industriels utilisés dans la production d'un composant de semi-conducteur : une puce mémoire 32MB DRAM. Au total, 1 200 g de combustibles fossiles, 72 g de produits chimiques et 32 litres d'eau sont nécessaires pour produire une puce mémoire de 2 g. La quantité de matériaux utilisés ayant un effet néfaste sur l'environnement est disproportionnée par rapport à la taille du produit-la quantité de combustibles fossiles nécessaire à la production d'une puce est 600 fois son poids. Par comparaison, les combustibles fossiles nécessaires pour produire une automobile

représentent une à deux fois son poids et quatre à cinq fois pour produire une boîte en aluminium. De par la quantité d'informations contenues dans les micropuces et leur durée de vie limitée, l'utilisation d'un ordinateur équivaut à celui d'un réfrigérateur en termes de consommation totale d'énergie pour la production et l'utilisation. Les effets sur l'environnement sont donc importants et méritent que les entreprises, les gouvernements et le public y prêtent attention.

Pourquoi y a-t-il une si grande quantité d'énergie et de matériaux utilisée dans la fabrication des micropuces ? Selon la loi de l'entropie ou plutôt du manque d'entropie. La taille des puces étant de moins de 0,16 micromètre (1 milliardième d'un centimètre), la puce mémoire est le produit le plus «organisé» fabriqué à une échelle industrielle.

Tous les éléments utilisés dans la fabrication des puces doivent être de plus en plus purs et l'environnement pour la fabrication doit être soigneusement contrôlé pour maintenir cette pureté.

 

Y parvenir demande une énergie et un traitement chimique excédant de loin la masse actuelle des produits finis. Alors que la micropuce est un cas extrême, les résultats soulèvent la question de savoir dans quelle mesure la fabrication de produits et de matériaux de haute technologie a des effets sur l'environnement.

Se pose également le problème de l'élimination du matériel. Le rythme auquel se développent les nouvelles technologies implique que la durée de vie utile de nombreux produits est courte, ce qui engendre une accumulation de produits obsolètes. En Asie, par exemple, les pays en développement font face au recyclage des ordinateurs en fin de vie venus des pays développés, ce qui a des effets désastreux sur l'environnement. Les inquiétudes vis-à-vis des risques que posent les décharges de matériel informatique sur l'environnement ont incité à mettre en place des lois exigeant la collecte et le recyclage de ce matériel en respectant l'environnement. Les lois récemment passées dans les pays de l'Union européenne, par exemple, imposent des objectifs stricts pour l'ensemble de l'Union en matière de collecte et de recyclage et interdisent l'usage de plomb, de cadmium, de mercure et de matériaux ignifuges bromés dans la plupart des appareils.

Quels avantages l'utilisation des puces a-t-elle pour l'environnement - ne sont-ils pas plus importants que le coût de leur fabrication ? C'est une question essentielle qui est complexe et à laquelle il n'y a pas encore de réponse. L'augmentation du flux et de la capacité à analyser l'information améliore la gestion de l'environnement. Les changements sociaux et commerciaux rendus possibles par la technologie de l'information, tel que le commerce électronique, sont plus efficaces du point de vue économique et (souvent) écologique. Le télétravail, par exemple, représente une occasion de réduire les effets néfastes sur l'environnement causés par l'usage de l'automobile. Mais les TI stimulent également la consommation en améliorant la croissance économique, faisant baisser les prix et augmentant le choix des consommateurs. Même si les effets des technologies de l'information sur l'environnement ne sont pas encore bien connus, une chose est sûre : comme lors des révolutions précédentes, les sociétés du monde entier doivent s'adapter pour réduire les effets néfastes que posent les technologies de l'information sur l'environnement tout en augmentant les effets positifs.

Pour plus d'informations, veuillez consulter www.it.environment.org

Eric Williams est entré à l'Université des Nations Unies en 1997 et depuis 2001 travaille comme coordonnateur du Projet consacré à la technologie de l'information et aux questions d'environnement, qui fait partie du Programme des Nations Unies pour l'environnement et le développement durable au Centre de l'UNU, à Tokyo, au Japon.
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