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L'e-learning dans les pays en développement
La révolution numérique pour tous
Par Marc Sehrt, pour la Chronique

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L'article

Alors que la société industrielle du XXe siècle fait rapidement place à la société de l'information du XXIe siècle, le monde moderne connaît une transformation fondamentale. Ce processus dynamique aura des effets importants sur tous les aspects de notre vie, y compris la diffusion du savoir, les relations sociales, les pratiques commerciales, l'engagement politique, les médias, l'éducation, la santé et les loisirs.

La rapidité à laquelle la transformation technologique et économique a lieu nécessite une action urgente pour que la révolution numérique profite à tous. Une discussion sur l'allocation des ressources s'impose si l'on en juge par le nombre d'internautes dans les pays en développement. Une manière d'évaluer le fossé numérique est de surveiller le taux de pénétration des téléphones et de l'Internet, ainsi que les taux d'alphabétisation dans les pays en développement. L'accès limité à Internet en Afrique est attesté par les données ci-dessous.

Même depuis l'explosion des «dot.com», le commerce électronique a augmenté d'environ 35 % par an, comparé à une croissance normale de seulement 4 à 5 %. Malgré le ralentissement économique, le nombre d'utilisateurs d'Internet dans le monde a presque triplé, passant de 200 millions au début de 2000 à plus de 600 millions en 2002. Selon les projections, ce chiffre devrait atteindre 2 milliards à la fin de 2005. Alors, bon nombre d'entre eux utiliseront d'autres appareils que l'ordinateur pour accéder à Internet, tels que les téléphones portables1. En Chine, par exemple, il y a 5 millions de nouveaux utilisateurs de téléphones portables par mois. L'utilisation d'Internet a connu la plus forte croissance en République de Corée, et celle des téléphones portables en Afrique.

Dans la Déclaration du Millénaire, les États membres de l'ONU s'étaient mis d'accord sur un certain nombre d'objectifs de développement essentiels. En plus de leur engagement à réduire la pauvreté, améliorer la santé, assurer un environnement durable et promouvoir l'éducation, l'un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) vise à mettre «les avantages des nouvelles technologies, en particulier des technologies de l'information et de la communication, à la portée de tous».

L'essor rapide de la téléphonie mobile et l'émergence de solutions sans fil avec connexion par satellite qui permettent d'accéder à Internet à un prix réduit ont considérablement augmenté le potentiel des technologies de l'information et de la communication (TIC). En réponse, l'ONU a créé en 2001 le Groupe d'étude sur les technologies de l'information et de la communication afin de combler le fossé numérique dans le monde, de créer des opportunités numériques et de mettre les TIC à la portée de tous2.

L'utilisation des TIC peut considérablement contribuer à la réalisation des OMD.

Edward Mujumbe, 18 ans, de Tanzanie, l'un des gagnants du concours d'affiches organisé par le SMSI—Visions globales sur la société de l'information 

Les technologies Internet offrent d'importantes opportunités de développement, particulièrement pour les populations rurales et les populations pauvres. Les technologies Internet sans fil pourraient permettre aux pays en développement de sauter de plein pied dans l'ère d'Internet en faisant l'impasse sur les générations de télécommunications. La connexion des communautés locales dans les pays en développement aura un impact positif sur l'éducation et leur système de santé. Internet offre un complément aux informations disponibles au niveau local, améliore et optimise le flux des connaissances et peut être utilisé pour fournir des modèles d'éducation innovants dans les régions isolées.

L'introduction de l'e-learning dans le monde en développement soulève cependant quelques questions : qu'est-ce qui est le plus important ? Introduire la technologie de l'information (y compris l'e-learning) ou répondre aux besoins de base des citoyens ? Les organisations pour le développement doivent continuer à répondre aux besoins les plus fondamentaux, tels que la construction de classes et l'approvisionnement en eau potable. Cependant, les TIC ne peuvent représenter une partie de la solution. Si l'éducation et la mise en place de capacités sont des étapes importantes pour participer à la nouvelle économie mondiale, l'e-learning devrait être considéré comme un aspect essentiel du développement de base, un autre moyen de construire des capacités et de faciliter l'autonomisation des populations.

Savoir utiliser un ordinateur est une condition impérative à l'apprentissage basé sur la technologie. Pour suivre une formation à distance, l'acquisition d'un ensemble de compétences de base est indispensable. Les apprenants devraient suivre une séance d'introduction pour chaque programme qui est consacré à former les enseignants à utiliser la technologie en classe. Ces programmes n'utilisent l'e-learning comme instrument pédagogique que lorsque les enseignants participants ont terminé les deux phases de la formation face à face.

Parmi ces programmes figure World Link, fondé en 1997 par la Banque mondiale, qui est aujourd'hui une organisation non gouvernementale internationale indépendante. Ce programme a offert une formation à des centaines d'enseignants et d'élèves de 25 pays d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et du Moyen-Orient. Avant de naviguer seuls sur Internet, ils ont appris les bases de l'e-learning. Avec cette base, ces personnes peuvent ensuite être motivées à poursuivre leur éducation et à approfondir leurs compétences en informatique.

Mais étant donné le public ciblé, se posent également les questions liées aux communications multiculturelles et de la diffusion des contenus sur Internet dans d'autres langues que l'anglais. Dans de nombreux pays, le manque de sites dans les langues natales est un sérieux obstacle à l'utilisation d'Internet. Même dans les pays développés, la prépondérance de l'anglais représente un obstacle sérieux. Le meilleur moyen de garantir la réussite de la formation en ligne est d'en assurer sa simplicité, tant du point de vue technologique que du point de vue pédagogique. Il faut apprendre à cibler le public, composé d'adultes salariés limités par le temps et les connaissances dans ce domaine, ce qui, comme pour toute formation à distance, exige une autodiscipline rigoureuse et des compétences en gestion du temps.

De plus, la plupart des participants adultes ont reçu un enseignement didactique et comprennent plus facilement le rôle traditionnel de l'enseignant que celui de facilitateur. Les études menées ont montré que la réussite de la plupart des programmes reposait en grande partie sur la participation continue des facilitateurs par le biais de listes de discussion par messages électroniques et de messages individualisés3. Pour les élèves, la participation et l'interaction continue ou facilitateur sont le meilleur soutien. Bon nombre de cours en ligne n'offrent seulement que du matériel pédagogique (formations en ligne sans support), d'autres fournissent un forum de discussions. Les cours les plus élaborés combinent tous les éléments de l'e-learning en un concept appelé «la formation mixte» et sont le meilleur moyen de créer des environnements éducatifs.

L'une des structures d'enseignement les plus réussies est la «tele-akademie», un département de l'Université des Sciences appliquées de Furtwangen, en Allemagne, qui propose des formations en ligne et qui a intégré les quatre éléments de base pour la formation mixte en ligne4.

  • Le matériel pédagogique est important. Les apprenants prennent les cours en ligne plus au sérieux s'ils reçoivent du matériel de travail, comme des manuels, des CD-ROM, qui permettent également de passer moins de temps en ligne.
  • Le soutien d'un tuteur est un facteur de motivation. Les apprenants ont souvent besoin d'être suivis et assistés par des enseignants, des tuteurs ou une équipe technique. Mais intervient la question des frais - quels sont les moyens financiers dont dispose un cours en ligne.
  • La communication. L'utilisation d'outils de télécommunication comme Internet facilite non seulement la diffusion des informations mais aussi l'interaction entre les apprenants et les enseignants, ainsi qu'entre les apprenants eux-mêmes. Le partage du savoir, des expériences et des perspectives est un élément central des théories de l'éducation.

  • La collaboration associe la demande pour un apprentissage à distance et en commun avec la demande en matière d'éducation pour un apprentissage actif. Travailler en petits groupes sur des exercices, des exemples et des cas répond à ces demandes.

Pour que l'e-learning puisse réussir dans les pays en développement, un autre facteur est essentiel : l'existence d'une infrastructure ainsi qu'un certain niveau de connectivité. Une différence de plus en plus marquée de la libéralisation du marché en matière d'accès à Internet engendre un autre type de «fossé numérique» au niveau mondial : nombre de pays ont mis en place ou mettent en place des réglementations en matière de télécommunications qui découragent la concurrence. Accorder le monopole à un opérateur national et facturer des frais de licence élevés pour les services d'accès à Internet sont des exemples d'obstacles commerciaux. De telles réglementations, qui sont mises en place surtout par des économies en transition, constituent un obstacle sérieux.

D'autres problèmes techniques doivent être également surmontés. Les plus courants sont les questions telles que le manque de fiabilité des connexions à Internet et des lignes téléphoniques, la lenteur de l'accès aux sites Internet dû à l'étroitesse de la bande passante et le nombre limité d'ordinateurs connectés. Un défi majeur est donc de réduire au maximum les contraintes technologiques afin d'augmenter la participation des pays en développement.

Un accès facile à tous les matériels pédagogiques est essentiel. Vu les contraintes technologiques auxquelles les utilisateurs font face dans les pays en développement, on ne peut leur demander de télécharger ou d'imprimer des documents à partir d'un site Internet. La plupart des apprenants ne possèdent pas d'ordinateur et n'ont accès à Internet que sur leur lieu de travail ou dans les télécentres publics. Il est important de promouvoir la création de télécentres dans les économies émergentes afin d'améliorer l'accès à Internet et de mettre les services à la disposition du plus grand nombre, spécialement dans les régions rurales. Il est donc impératif de mettre en ouvre des centres de formation sur Internet autonomes, qui permettront aux pays en développement d'être au même niveau que les pays développés, et de leur donner accès aux informations technologiques et universitaires, ainsi qu'à la formation à des niveaux divers. Cela aura alors des répercussions positives sur chaque aspect de leur vie privée et professionnelle.

Notes
1 Premier Rapport annuel du Groupe d'étude sur les technologies de l'information et de la communication, Nations Unies, 28 avril 2003.
2 http://unicttaskforce.org
3 Technological Minimalism and Sustainability Strategies-Lessons Learned From Teaching Online. Barbara Filip. Le savoir au service du développement, LLC. Publié dans une enquête réalisée par GTZ. 2003.
4 http://www.tele-ak.fh.furwangen.de


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