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Quelques vérités sur le " chantier du savoir "
Réflexions sur le Sommet mondial
Par Naren Chitty

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L'article

Le Sommet mondial sur la société de l'information est d'une importance cruciale. Les sommets ont l'avantage d'offrir une vue panoramique. Et les versants de la montagne et les vastes plaines avoisinantes en font partie. Ceux qui ont atteint le sommet pourront apercevoir les participants actifs de la société de l'information qui grimpent la montagne, ainsi que les exclus de la société de l'information ou ceux qui n'y participent pas, confinés dans les plaines avoisinantes. La métaphore signifie que la société de l'information est un renflement soudain dans le terrain de la société. Comme la plupart des autres collectivités sociales, elle est hiérarchique, le savoir et la prise de décision étant concentrés au sommet d'une citadelle de formes numérisées, de bips et de lumières clignotantes, véritable mine de trésors digne de la caverne d'Ali Baba.

Les technologies de la société de l'information sont (notamment en ce qui concerne la communication entre les personnes et l'autonomie technologique de ceux qui y ont accès) moins hiérarchique que les médias traditionnels. Mais la hiérarchie a la vie dure. Au sommet de l'économie de l'information se trouvent des super élites d'entreprises - chefs d'entreprises dont les activités sont orientées vers les technologies de l'information, la production de l'information, du savoir et des divertissements (que j'appelle le « chantier du savoir »), le stockage, la distribution et la vente. Viennent ensuite les directeurs et les fabricants, les distributeurs et les vendeurs du savoir, suivis par ceux qui fabriquent les produits. À la base de la pyramide se trouvent les consommateurs. On trouve dans les plaines ceux qui échappent, par choix ou par manque d'opportunités, à la gravitation de l'économie de l'information, le cour de cette montagne. Ceux-ci partagent le sol qui soutient l'économie de l'information.

Les gens des plaines, comme tous les autres d'ailleurs, peuvent être la source de matériel pour les produits de l'information. C'est la grande force de la société de l'information. Tout est information et peut être numérisé. L'information numérique circule rapidement et efficacement sur les autoroutes de l'information. Les plaines peuvent être exploitées, tout comme la montagne. Plus on prend de l'altitude, plus on est en mesure de contrôler les bénéfices de l'exploitation des sols situés au-dessous. Une vedette d'Hollywood pourra, sans problème, vendre son histoire pour une somme faramineuse. Un petit village du Bangladesh fait partie, sans le savoir, d'une carte de ressources souterraines et des fortunes d'élites anonymes. Pour les gens des plaines, qui vivent dans des taudis ou dans des habitations traditionnelles pittoresques, la prise de décision qui a lieu dans la citadelle située en haut de la montagne représente un enjeu considérable. C'est le privilège et la responsabilité de ceux qui se réunissent à l'occasion du Sommet, ceux qui ont le savoir et se font entendre, d'écouter les divers points de vue et de parler au nom des gens des plaines, afin de veiller à ce que les bénéfices de la société de l'information profitent à tous.

De fait, ils devraient développer l'accès de la société de l'information aux gens des plaines autant pour eux ainsi que pour ces gens qui possèdent un riche patrimoine, un esprit créatif et une grande vitalité qui ne peuvent être mis au service de la société de l'information en raison d'obstacles linguistiques et de coûts, qui constituent ce que l'on appelle la «fracture numérique».

En effet, en regardant l'horizon, on aperçoit au loin de petits sommets. En s'approchant, on les voit se dresser au-dessus de nous comme de grandes montagnes d'expérience humaine qui ont, d'une façon ou d'une autre, contribué à la formation de la société de l'information, parfois d'une manière essentielle. Ici, la civilisation indienne avec ses découvertes mathématiques. Là, le monde arabe tout aussi fécond dans le domaine des mathématiques, un riche trésor formant la base de la montagne des civilisations. La montagne de la civilisation grecque se distingue par sa richesse dans les domaines de la logique et de la géométrie; celle de la Chine dans le domaine de l'astronomie. La Chine comme l'Europe ont joué un rôle important dans le développement d'une des technologies universelles pour la société de l'information - la presse à imprimerie. Mais ce ne sont pas seulement les mathématiques, l'astronomie et l'imprimerie qui contribuent à la société de l'information. Qu'il s'agisse de la philosophie, de la culture populaire, des mythes ou de la mesure de valeurs, tout l'univers est un matériau brut pour l'informatique, les «usines» de la société de l'information.

Dans le cadre de mes activités - les études sur les médias et les communications - on a constaté que les grandes associations internationales de recherche tendent à attirer les spécialistes des pays occidentaux. Les raisons données par ceux qui ne participent pas à ces organisations sont que les frais des conférences et d'inscription sont trop élevés, et que la langue est un obstacle. La fracture n'est pas tant une fracture «numérique» qu'une fracture générale qui se fait également sentir dans l'économie numérique. Les conférences organisées pour les spécialistes en médias et en communications sont des «sommets de la recherche» et ont souvent lieu, comme il se doit, dans des cadres agréables, des hôtels modernes de grandes métropoles et sont des forums importants pour les spécialistes internationaux. Toutefois, pour ceux qui ne vivent pas en Europe et en Amérique du Nord, particulièrement ceux des régions non métropolitaines des pays du Sud, il faudrait organiser des sommets dans leurs régions. Les chercheurs américains et européens sont privés de la riche expérience des spécialistes des pays du Sud, et l'échange d'informations entre ces groupes est très limité. C'est pourquoi un groupe d'universitaires a créé l'Association mondiale de recherche et de communications (GCRA) lors dune réunion, en 2001, à Sydney.

La première conférence organisée par la GCRA a eu lieu à Varnasi, un centre de sagesse traditionnelle en Inde, où Bouddha a fait son premier sermon. Quelque 224 délégués inscrits y ont participé, dont un grand nombre venait de chaque État indien.

La conférence a abordé les questions importantes pour ce pays et les autres pays du Sud, notamment les technologies de l'information et les services d'extension.

La prochaine conférence est prévue en Chine en 2005 et sera probablement divisée en trois phases : à Beijing, à Shanghai et à Guangzhou. L'université normale du sud de la Chine, la Broadcasting University de Beijing, China Daily, Shanghai Star et l'Association chinoise des relations publiques internationales se sont associés aux partenaires chinois pour choisir un thème qui sera probablement centré sur «les relations publiques pour le développement : développer les relations publiques» et qui comprendra les questions ayant trait aux technologies de l'information et à la société de l'information. Il faut espérer que les chercheurs choisis venant des «plaines» d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et du Pacifique pourront participer au sommet de Beijing et échanger leur expérience en recherche avec leurs homologues chinois, ainsi qu'avec les chercheurs américains et européens. Les professeurs Hamid Mowlana, de l'American University, et Gertrude Robinson, de MacGill University (Canada), représenteront l'Amérique du Nord au comité directeur international. D'autres spécialistes renommés d'Afrique, d'Europe, d'Asie-Pacifique et d'Amérique latine seront également présents.

Daniel Lerner, l'un des fondateurs du domaine de la communication et du développement, propose le concept kantien d'«un monde fondé sur la dignité humaine [...] pour les régions en développement», où «personne ne s'enrichit au détriment d'autrui», mais y parvient en acquérant des compétences (Lerner 1966, 195). La société de l'information devrait être une société fondée sur la paix et la prospérité. La Conférence de Beijing s'appuiera sur le Sommet mondial sur la société de l'information pour attirer un plus grand nombre de gens «des plaines» au sommet, en réalisant le rêve de Daniel Lerner.

Pour plus d'informations sur le GCRA, veuillez visiter le site à http://www.mucic.rnq.edu.au/GCRAJ et http://gctra.uaeu.ac.ae/VarnasiReport.htm

Naren Chitty est directeur du Centre for International Communication à Macquarie University à Sydney, en Australie, et président de l'Association de recherche en communication. Il est rédacteur en chef du Journal of International Communication et l'auteur du cadre matriciel de discussions sur la communication internationale dans le domaine de la politique mondiale.
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