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L'INTERVIEW de la Chronique

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L'INTERVIEW de la Chronique
Guy-Olivier Segond
Guy-Olivier Segond est ambassadeur spécial pour le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), responsable des contacts de haut niveau avec les gouvernements et les institutions de l'ONU. Que ce soit en tant que membre du Parlement fédéral de la Suisse, maire de Genève ou président du Conseil d'État, M. Segond s'est toujours consacré aux relations internationales et aux Nations Unies. Particulièrement intéressé par les droits de l'homme, le développement durable et la fracture numérique, il a participé à de nombreuses conférences et réunions consacrées au rôle des technologies de l'information et la communication (TIC) dans le développement humain.

Horst Rutsch et Sarah Cattan de la Chronique ONU se sont entretenus avec M. Segond avant le Sommet.

L'article

Sur le SMSI
Le Sommet mondial sur la société de l'information est le premier d'une nouvelle série de sommets organisés par les Nations Unies. Architecture nouvelle et unique, c'est un processus intergouvernemental auquel participent la société civile, le secteur privé et les organisations internationales. Les gouvernements nationaux fourniront le cadre légal de la Société de l'information, les organisations internationales établiront les normes relatives aux droits intellectuels et le secteur privé contribuera à la construction et à l'exploitation des réseaux. Enfin, la société civile sera un acteur essentiel pour tout ce qui a trait aux domaines de l'activité humaine, avec la participation d'artistes, d'universitaires, de médias, d'organisations non gouvernementales (ONG) et d'associations privées.

Sur la structure en deux phases du SMSI
Outre la plate-forme qui regroupe les chefs d'État et de gouvernement, le secteur privé, la société civile et les organisations internationales, la structure en deux phases du SMSI est une autre caractéristique unique. La première phase aura lieu au Nord, à Genève, en décembre 2002, et la deuxième, au Sud, à Tunis, en novembre 2005. Cette structure laisse prévoir certains thèmes du Sommet qui comprendront non seulement la société de l'information et les TIC au service du développement, mais aussi le fossé numérique entre le Nord et le Sud. À Genève, les chefs d'État et de gouvernement adopteront une Déclaration de principes et un Plan d'action. Le Sommet de Tunis sera consacré au rôle des citoyens dans la société de l'information. Il devrait également aborder les questions éthiques et fera le point des progrès réalisés depuis deux ans. L'idée est d'élaborer pour les habitants de la planète une déclaration de droits adaptée aux nouvelles conditions créées par les TIC. Cette déclaration créera des mécanismes légaux pour garantir la protection de la liberté d'expression, de la vie privée et de la confidentialité et, peut-être même, contre le pollupostage (spam).

Sur l'architecture du Sommet
La nouvelle architecture du Sommet s'apparente plus ou moins à celle d'une fleur : le cour de la fleur est l'assemblée mondiale des chefs d'États et de gouvernement; les pétales sont les événements du Sommet, tels que le Forum mondial des médias électroniques, organisé par le Département de l'information (DPI), l'Union de diffusion européenne et la Suisse, les jonctions entre les pétales et le cour de la fleur étant les tables rondes, où les quatre parties intéressées auront l'occasion d'entamer un dialogue.

Sur la préparation du Sommet
Le processus préparatoire est ascendant, se déroulant aux niveaux national, régional et international. Pendant les premier et deuxième Comités préparatoires, ou PrepComs, qui se sont tenus en juillet 2002 et en février 2003 à Genève, les 191 délégations nationales des États membres de l'ONU ont discuté des procédures et du contenu du Sommet. Les mois précédant le Sommet seront consacrés aux questions particulièrement difficiles, c'est-à-dire les points politiques, et à solliciter la participation des leaders politiques. Le Sommet a pour objectif non seulement d'adopter le projet de Déclaration de principes et le Plan d'action mais aussi de débattre de questions telles que la fracture numérique, le libre flux de l'information, la liberté de la presse, etc., et de trouver des solutions politiques. Les chefs d'État et de gouvernement présenteront leur vision de la société de l'information pour leur pays, leur région et la planète, et décideront comment résoudre ces problèmes.

Sur le rôle du SMSI pour le développement
Dans la Déclaration du Millénaire, les TIC sont considérées comme un «outil du développement« pour ce qui touche aux questions de la fracture numérique et de l'accès à l'information. La fracture numérique signifie que 91 % des utilisateurs d'Internet vivent dans les régions qui abritent 19 % de la population mondiale. En d'autres termes, environ 80 % de la population mondiale n'ont accès ni à Internet ni à l'information en ligne. Et ce fossé risque de se creuser davantage. Les capacités des technologies à générer et à diffuser l'information augmentent mais peu nombreux sont ceux qui y ont accès.

La pauvreté est le produit de l'ignorance et de l'isolement. Or, il est possible de combattre l'isolement avec l'accès aux réseaux, et l'ignorance avec l'accès au savoir. C'est pourquoi l'un des objectifs du Sommet est de fournir l'accès à Internet à toutes les écoles primaires et secondaires, dans un délai de cinq ans et avec l'étroite collaboration des gouvernements, du secteur privé, de la société civile et des organisations internationales. Une autre idée est de trouver un nouveau modèle commercial avec la coopération Nord-Sud où les pays émergents du Sud aideraient les pays du Sud moins avancés. Le Président sénégalais Abdoulaye Wade a suggéré d'introduire sur les nouveaux marchés des pays moins avancés des ordinateurs bon marché produits au Brésil et en Inde. L'Inde a mis au point un prototype appelé «Simputer», un ordinateur de poche alimenté par pile qui parle dans les langues locales et permet aux utilisateurs illettrés d'utiliser Internet. Le Brésil a déjà produit le «Computador Popular», un ordinateur extrêmement simple et bon marché qui permet aux utilisateurs de se connecter.

Sur les sujets controversés débattus lors du Sommet
Le SMSI abordera des sujets tels que la réglementation du cyberespace, le libre flux de l'information, la liberté d'expression et le cyberterrorisme. Ce sont des questions épineuses parce qu'il s'agit de trouver un juste milieu entre la liberté et la sécurité, question qui a pris une dimension nouvelle, spécialement pour les États-Unis après les attaques du 11 septembre. Les chefs d'État et de gouvernement chercheront les moyens de concilier principes et intérêts; dans ce cas, il s'agira de concilier la liberté d'opinion, d'expression et de parole, le cyberterrorisme et la cybercriminalité. Certains pays sont en faveur de réglementations nationales, ce qui est possible mais très difficile à réaliser sur Internet. D'autres proposent un traité sur le cyberespace consacré à la sécurité. C'est le cas du Groupe d'étude sur les TIC des Nations Unies, mais cette question n'est toujours pas résolue. Un autre point de désaccord concerne la définition des principes qui régissent la liberté de la presse et le droit à l'information, par exemple par la diversité culturelle et celle des contenus. En fait, l'une des grandes préoccupations partagées par la société civile et les gouvernements du Nord comme du Sud est que l'on s'oriente vers une culture mondiale standardisée.

Photo de la Mission permanente de la Fédération de Russie auprès de l'ONU

Sur le rôle des TIC en matière de santé et d'éducation
C'est une erreur de croire que le SMSI à Genève est un sommet sur les TIC et leurs capacités. Même si cette question est importante, elle est essentiellement technique et le Sommet s'attache à l'aspect politique, c'est-à-dire aux buts dans lesquels elles sont employées. Elles peuvent servir à promouvoir le développement par le biais de l'éducation et le partage de l'information, améliorer la santé des populations par le biais de sites e-santé par la création de télécentres à des fins médicales. Il est possible d'améliorer le commerce électronique par l'introduction de macrocrédits. Il y a des dizaines d'exemples de réussites en Mongolie, en Afrique ou en Inde, mais il manque une politique générale qui définit des idées, des priorités et des points de référence. L'un des objectifs du Sommet est d'établir ces politiques; par exemple, l'une des propositions faites pendant le processus préparatoire est d'équiper chaque école primaire et secondaire d'ordinateurs avec accès à Internet d'ici à cinq ans. Établir un délai est important parce que cela crée la concurrence et la stimulation. Équipées d'accès à Internet, les écoles peuvent devenir des télécentres d'e-santé. Par exemple, l'hôpital universitaire de Genève est doté d'un réseau d'e-médecine établi avec l'Afrique de l'Ouest. Non seulement Genève contribue à améliorer la santé des Africains de l'Ouest mais ceux-ci instruisent aussi les étudiants suisses sur les maladies tropicales. C'est utile pour le tourisme, ainsi que pour les organisations comme la Croix-Rouge ou les ONG humanitaires, qui envoient des étudiants sur le terrain. Ces types de réseaux favorisent le dialogue et les partenariats et créent une communication dans les deux sens.

Sur le rôle de la Suisse comme membre de l'ONU à part entière
La Suisse, la plus vieille démocratie du monde, sait que la liberté d'expression, la démocratie et la transparence sont les moyens de mesurer l'efficacité d'un système politique. Elle s'est toujours montrée un peu réservée à l'égard de la politique étrangère et de la communauté internationale et a mis du temps avant de devenir membre des Nations Unies. Maintenant, en tant que membre à part entière de l'Organisation mondiale, elle doit apprendre à l'être en développant un système de coalitions souple avec différents États et différentes régions du monde dans des domaines divers. Compte tenu de l'image de ce pays fédéraliste et humanitaire qui accorde une grande importance à la primauté du droit, les déclarations et les engagements de la Suisse sont généralement crédibles. Cependant, ce n'est que par le biais de ces coalitions que sa voix sera entendue... et cela reste à faire.

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