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Construire des ponts virtuels

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L'article

La communication mondiale est née il y a à peine cent ans lorsque Rudyard Kipling, inspiré par l'établissement des lignes télégraphiques dans la mer, a écrit un poème « Les câbles sous-marins» dans lequel il dit : «Un mot nouveau circule, murmurant «ne faisons qu'un !»

Enfouis dans les fonds marins, les câbles sont devenus un moteur technologique et économique déterminant de notre temps et ont révolutionné les communications d'une manière aussi importante qu'Internet aujourd'hui. Mais les océans et les continents n'étaient pas les plus difficiles à franchir; le monde continue d'être confronté à des barrières économiques, sociales et culturelles qui entravent la communication, la compréhension, l'apprentissage et la tolérance.

Le Secrétaire général Kofi Annan et le Président suisse Pascal Couchepin
Photo ITU/Jean-Marc Ferré

La première phase du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), première initiative mondiale ayant pour but de partager et de façonner les technologies de l'information et de la communication (TIC), s'est terminée le 12 décembre 2003 à Genève après trois jours de négociations. Le Sommet a accueilli plus de 50 chefs d'État, de Premiers ministres, de Présidents et de Vice-présidents et plus de 80 Ministres et Ministres adjoints venant de 174 pays. Ceux-ci ont adopté une Déclaration de principes sur la société de l'information et un Plan d'action, soulignant l'importance de la coopération entre les gouvernements, les entreprises et la société civile afin de réduire la fracture numérique. Le SMSI a également cherché les moyens de briser les barrières économiques, sociales et culturelles qui existent toujours aujourd'hui.

Le Secrétaire général, Kofi Annan, a fait allusion à l'immense tâche qui nous attendait en faisant remarquer que si la technologie avait donné naissance à l'ère de l'information, il nous appartenait maintenant d'instaurer une société de l'information n'excluant personne. «Qu'il s'agisse de commerce ou de médecine, d'éducation ou de protection de l'environnement, nous avons entre nos mains, dans nos ordinateurs et dans le ciel, les moyens d'améliorer les conditions de vie de millions d'êtres humains», a-t-il dit.

Lors de la clôture de la session, Yoshio Utsumi, Secrétaire général du Sommet et de l'Union internationale des télécommunications, a mis en garde que, par le passé, de tels bouleversements comme l'émergence de la société de l'information «ont fait des gagnants et des perdants. Certains pays ont prospéré tandis que d'autres ont pris du retard. C'est ce qui risque de se produire, avec des écarts encore plus grands, si nous n'agissons pas dès aujourd'hui» .

Pour éviter de commettre les mêmes erreurs, cette phase devrait être considérée comme étant «le commencement d'un processus long et complexe» , a estimé M. Utsumi.

Certains des objectifs initiaux du Sommet étaient de faire des TIC une priorité mondiale, de réunir les acteurs des secteurs public et privé pour instaurer un dialogue ouvert et réduire la fracture numérique entre les pays riches et les pays pauvres. Pour ce qui est des deux premiers objectifs, les résultats ont été mitigés. Et si beaucoup reste à faire concernant la fracture numérique, certaines mesures ont été prises en compte. Les questions sur le financement de l'infrastructure, sur lesquelles bon nombre de pays en développement avaient insisté, feront l'objet d'un débat et d'un examen plus approfondi lors de la deuxième phase prévue à Tunis du 16 au 18 novembre 2005.

Quelque 11 000 représentants de gouvernements, de la société civile et des secteurs scientifique et privé se sont réunis à Genève pour s'engager à exploiter le pouvoir des technologies des télécommunications, telles qu'Internet et la téléphonie mobile, afin de réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), adoptés en 2000 pour combattre d'ici à 2015 la pauvreté, la faim, l'inégalité en matière d'éducation et les maladies telles que le VIH/sida. Les objectifs fixés comprennent également la connexion de toutes les écoles, de tous les villages, des gouvernements et des hôpitaux d'ici à 2015 et la fourniture de l'accès aux TIC à la moitié de la population mondiale.

La Déclaration du Sommet intitulée «Édification de la société de l'information : un enjeu mondial dans le nouveau millénaire» , a reflété le désir des gouvernements d'édifier une société de l'information où chacun aurait la possibilité de créer, d'obtenir, d'utiliser et de partager l'information et le savoir, et où les individus et les communautés pourraient réaliser leur potentiel dans la promotion du développement durable et l'amélioration de la qualité de leur vie, conformément aux principes contenus dans la Charte des Nations Unies et la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Dans la Déclaration, les participants ont réaffirmé comme fondement essentiel de la société de l'information, et conformément aux dispositions de l'Article 19 de la Déclaration des droits de l'homme, que tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Ils ont également réaffirmé leur engagement, conformément aux dispositions de l'Article 29, que tout individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible.

Il a été également déclaré que la gestion internationale d'Internet devrait être multilatérale, transparente et démocratique. Il a été reconnu que : le pouvoir de décision en ce qui concerne les questions de politique publique liées à Internet est le droit souverain des États; le secteur privé ainsi que la société civile devraient continuer de jouer un rôle important dans son développement; et que les organisations intergouvernementales devraient continuer d'avoir un rôle de facilitateur dans la coordination des questions de politique publique liées à Internet. Il a été demandé au Secrétaire général, Kofi Annan, de créer d'ici à 2005 un groupe de travail pour étudier la gouvernance de l'Internet et éventuellement formuler des propositions concernant les mesures à prendre et de mettre en place un mécanisme garantissant la participation pleine et active des représentants des États, du secteur privé et de la société civile tant des pays développés que des pays en développement.

Le Plan d'action demande aux États de promouvoir le développement et l'utilisation des TIC, même parmi ceux qui ne les utilisent pas. Chacun devrait, par exemple, avoir accès aux services de télévision et de radiodiffusion.

Les participants ont identifié les stratégies électroniques nationales comme le meilleur moyen d'atteindre les objectifs. Connecter les administrations publiques, adapter les programmes scolaires, donner accès à toute la population mondiale aux services de télévision et de radiodiffusion et encourager l'élaboration de contenus en plusieurs langues nécessitent également un engagement des gouvernements au niveau national. Pour les encourager et les aider, le Sommet prévoit également le développement d'indicateurs statistiques internationaux pour mesurer les progrès et échanger les modèles de meilleures pratiques pour encourager le développement durable des TIC.

Pour que chacun puisse acquérir les connaissances nécessaires et jouer un rôle actif dans la société de l'information, le renforcement des capacités et la formation aux TIC sont essentielles. Selon le Plan d'action, les TIC peuvent contribuer à offrir une éducation universelle «moyennant la préparation et la formation d'enseignants, et l'amélioration des conditions d'apprentissage tout au long de la vie, en touchant les personnes qui sont en dehors de système d'éducation officiel et en améliorant les compétences professionnelles» .

Il a été également demandé aux gouvernements de supprimer les barrières qui existent entre les hommes et les femmes dans le domaine de l'éducation aux TIC.

En outre, le Plan recommande de développer l'enseignement et la formation à distance, ainsi que d'autres formes d'éducation dans le cadre des programmes de renforcement des capacités, en accordant une attention spéciale aux pays en développement et aux pays les moins avancés aux différents niveaux du développement des ressources humaines.

Selon le Plan, tous les pays devraient, d'ici à 2005, encourager le développement de stratégies électroniques nationales. Chaque pays est encouragé à établir au moins un partenariat entre les secteurs public et privé ou entre plusieurs secteurs. Étudier la possibilité de créer des portails multipartites pour les populations autochtones au niveau national devrait également être une question à examiner. Le matériel et les services des TIC devraient être conçus pour répondre aux besoins spécifiques des personnes âgées, des handicapés, des enfants marginalisés et des autres groupes défavorisés et vulnérables. Le Plan prévoit également le renforcement de la diversité culturelle et linguistique dans la société de l'information et encourage la mise en place de politiques reflétant le patrimoine culturel et la diversité linguistique. La confiance et la sécurité sont un autre sujet de préoccupation. Le Plan demande aux gouvernements, en coopération avec le secteur privé, de prévenir et de détecter la cybercriminalité et la mauvaise utilisation des TIC et d'y remédier. Le Plan d'action cherche les moyens de mettre en place le plus grand nombre de ponts virtuels possibles pour réduire la fracture numérique - ou les fractures, comme les a qualifiées M. Annan, soulignant que «la fracture numérique est une fracture multiple ». Dans son discours d'ouverture au SMSI, il a suggéré que cette fracture existait à plusieurs niveaux; elle était technologique, étant donné les écarts dans le développement des infrastructures; elle existait aussi au niveau des contenus, où une bonne partie de l'information sur Internet est très éloignée des besoins des populations, et près de 70 % des sites web utilisent l'anglais; la fracture entre les sexes, les femmes et les filles ayant moins accès aux technologies de l'information que les hommes et les garçons; et enfin, la fracture au niveau des échanges commerciaux, où le commerce électronique «tisse des liens plus étroits que jamais pour certains pays et certaines entreprises alors que, pour les autres, le risque de marginalisation s'accroît».

Mais le Sommet pourra être l'occasion non seulement de réduire la fracture numérique mais aussi de construire des ponts pour réduire les écarts économiques, sociaux et culturels des peuples dans le monde entier.

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Le 10 décembre, le Secrétaire général, Kofi Annan, a envoyé un message électronique à partir du premier serveur web à Palexpo à Genève aux étudiants qui participaient au Forum interscolaire du Sommet mondial - une initiative parallèle du SMSI. Voici le texte :

«J'ai le plaisir de vous envoyer ce message à partir de l'ordinateur que Tim Berners-Lee a utilisé au CERN pour élaborer le premier logiciel Internet en 1990, il y a tout juste 13 ans. Personne, pas même Tim, n'aurait alors imaginé qu'en quelques années, Internet connecterait des millions de personnes dans le monde en quelques secondes. Pensez à la vitesse à laquelle il s'est développé. Aujourd'hui, on peut envoyer plus d'informations dans un seul câble en une seconde que sur tout Internet il y a six ans.

Aujourd'hui, Tim et moi-même vous envoyons ce message de Genève, en Suisse, où les dirigeants mondiaux se sont réunis pour chercher les moyens de faire profiter à tous des technologies de la communication et de l'information. Venus de plus de 80 pays pour participer au Forum interscolaire du Sommet mondial, vous êtes une source d'inspiration. Il est important qu'en ce jour du 55e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, vous exerciez votre droit "de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit".

J'espère que vous continuerez de communiquer entre vous afin de construire des ponts de compréhension entre les peuples et les pays. En utilisant Internet de cette façon, vous nous aiderez à créer un monde juste et pacifique, dans lequel l'accès à Internet sera un droit pour tous. Que ce Sommet nous aide à voir le monde comme un domaine que nous partageons tous.»

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