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Les femmes dans la reconstruction
Le Rwanda renforce le pouvoir de décision des femmes
Par Consuelo Remmert, pour la Chronique

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L'article

La Commission des Femmes pour une politique de la paix analyse les contributions des femmes au processus de reconstruction par des études de cas de sociétés sortant d'un conflit. Dans son premier rapport, Le renforcement de la gouvernance : le rôle des femmes dans la transition au Rwanda, publié en septembre 2003, la Commission passe en revue les succès et les échecs des structures et des politiques conçues pour promouvoir l'intégration des femmes dans la reconstruction et la gouvernance. Il montre que la participation des femmes au processus de reconstruction est essentielle à la stabilité de ces sociétés.

Dans sa recherche sur le génocide au Rwanda, la Commission se concentre sur les rôles des sexes - un aspect qui est souvent négligé au profit des questions ethniques. Dans son étude, la Commission a remarqué que le gouvernement transitoire du Rwanda avait établi des structures pour l'inclusion des femmes et avait mis en ouvre des politiques sexospécifiques libérales qui pourraient servir d'exemple aux autres sociétés sortant de conflits.

En avril 1994, de retour d'une session de pourparlers de paix qui s'était tenue en République démocratique de Tanzanie, les Présidents du Rwanda et du Burundi ont été tués dans un accident d'avion dont les circonstances n'ont toujours pas été élucidées. Des massacres politiques et ethniques s'en sont suivis au Rwanda, faisant des centaines de milliers de victimes. Le Premier ministre et les ministres du Cabinet ainsi que des agents de la paix de la Mission d'aide des Nations Unies pour le Rwanda figuraient parmi les premières victimes. Ciblant principalement les Tutsis et les Hutus modérés, les massacres ont été perpétrés en grande partie par les forces armées, la garde présidentielle et la milice de jeunes du parti au pouvoir, comme l'a confirmé par la suite le Rapporteur spécial de la Commission de l'ONU sur les droits de l'homme au Rwanda.


À la fin du conflit, la population rwandaise comptait 70 % de femmes qui assumaient les fonctions de leaders politiques, de conseillères financières ou dirigeaient leur ménage. Le Gouvernement de l'unité nationale (GUN), l'autorité transitoire mise en place en 1994, avait exclu les femmes du processus de paix mais il s'est rendu compte que leur participation était essentielle pour mettre en place une décentralisation à long terme et une paix durable.

Après le génocide, la persistance des femmes rwandaises et leurs contributions après la génocide leur ont valu une place au gouvernement. Aujourd'hui, les femmes contribuent à la reconstruction du pays, à la cohésion sociale et à la réconciliation, ce qui a été reconnu et institutionnalisé par le gouvernement actuel. Le fait que l'inclusion des femmes dans le gouvernement soit une force motrice nationale renforce davantage le système rwandais. L'engagement systématique des femmes à l'élaboration des politiques a des bénéfices évidents : les problèmes endémiques qui touchent les femmes ont plus de chances d'être examinés quand les femmes occupent un poste de responsabilité au sein du gouvernement.

Le gouvernement transitoire du Rwanda a établi trois initiatives pour assurer l'inclusion des femmes aux postes de décision : la première concerne la mise en place d'un système parallèle de conseils de femmes et d'élections réservé aux femmes qui assure un mandat pour tous les corps d'élection. Ces conseils sont élus par les femmes seulement au niveau de base et par chaque secteur. La direction du conseil sert de liaison avec le conseil général où elle occupe un siège.

Une autre initiative concerne un système à triple scrutin qui garantit aux femmes un pourcentage de sièges à la fois au niveau du secteur et du district. Aux élections de septembre 2003, les électeurs ont voté pour élire trois conseillers par secteur : un représentant de la population, un représentant des femmes et un représentant des jeunes. Les femmes peuvent être candidates sur la liste générale mais elles ont moins de chances de se faire élire, les hommes ayant généralement une plus grande expérience dans le domaine des services publics et y étant mieux préparés. Les plus expérimentées ont choisi de le faire afin de permettre aux moins expérimentées d'être candidates lors des élections des femmes. La candidate Florence Kamili Kayiraba a choisi la liste générale : «Être candidate lors des élections des femmes aurait été plus facile pour moi parce que la concurrence aurait été moins forte. Il y avait peu de femmes et la plupart n'osaient pas se présenter contre les hommes... Cela n'a pas été facile mais j'avais les capacités requises et je pouvais laisser ma place à une autre femme moins combative et moins qualifiée pour l'autre poste.»

Le troisième programme comprenait la création du Ministère du genre et de la promotion féminine, ainsi que des postes réservés aux femmes dans le gouvernement et les ministères. Ces positions garantissent la proposition et la mise en ouvre des politiques qui tiennent compte des besoins spécifiques des femmes dans différents domaines. La nouvelle Constitution prévoit que 30 % des postes, dans les administrations ou en politique, doivent être réservés aux femmes et garantit leur engagement actif à tous les niveaux de la gouvernance et de l'élaboration des politiques. Aujourd'hui, les femmes qui font partie du gouvernement sont considérées par les Rwandais plus accessibles et plus dignes de confiance que leurs homologues hommes. «Les hommes sont d'un accès plus difficile que les femmes [...], spécialement lorsqu'il s'agit d'autres femmes. Beaucoup viennent me voir, me raconter leurs problèmes personnels et financiers», a commenté Berte Mukamusoni, maire de Kayiraba.

Les sceptiques disent que l'inclusion des femmes sert à détourner l'attention sur l'absence d'un gouvernement représentatif, soulignant que la diversité ethnique est essentielle à la création d'un État démocratique au Rwanda. La Commission des femmes pour une politique de la paix espère que ce rapport sera utile à d'autres pays qui amorcent le processus de reconstruction après un conflit. Elle prévoit de publier quinze rapports sur le rôle des femmes dans les situations d'après-conflit.

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