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Les économies en transition
L'importance des petites et moyennes entreprises
Par Bruno Dallago

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L'article

En Europe centrale et de l'Est, la transition, qui a mis fin aux contraintes économiques, était censée créer de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME). Or, selon une étude, Les petites et moyennes entreprises dans les économies en transition, parrainée par l'Institut mondial de recherche sur les aspects économiques du développement de l'université des Nations Unies (WIDER), la réalité est toute autre. Malgré leur essor, le pouvoir et le rôle économiques des PME restent limités sans la mise en place d'institutions et de structures adéquates et sans une croissance de l'économie.

Dans certains cas, elles sont trop peu nombreuses par rapport à celles qui existent dans les économies de marché. D'ailleurs, ce phénomène porte un nom : «en trop grand nombre, de trop petite taille», particulièrement en Europe centrale. De fait, la grande majorité des PME sont de très petites entreprises qui n'investissent ni dans la modernisation ni dans la croissance, se concentrant généralement dans le commerce à petite échelle. Il faut cependant considérer ces chiffres avec réserve car les définitions statistiques peuvent varier et les chiffres officiels sont souvent surestimés. Étant donné que l'immatriculation était gratuite et pas contrôlée, de nombreuses entreprises se sont inscrites dans le seul but d'obtenir des avantages fiscaux et des crédits ou de tirer parti de la privatisation, et n'ont pas été retirées du registre des entreprises lorsqu'elles ont cessé leurs activités. Lorsque cela a été rectifié, comme en Hongrie en 1996, le nombre d'entreprises immatriculées a soudainement baissé.

Des PME modernes et prospères soutiennent la transformation de l'économie en créant des emplois et en contribuant à l'innovation et à l'adaptation du système économique. Particulièrement en Europe centrale, un segment de plus en plus important de PME a investi dans la croissance et la modernisation en tant que fournisseurs, principalement auprès d'entreprises transnationales ou, parfois, en tant que fabricants de produits finaux et exportateurs. Ce développement est favorisé par l'accession et l'intégration à l'Union européenne. D'autre part, on constate souvent que les entreprises concurrentes s'associent et relancent l'économie mais, ce faisant, créent un dualisme territorial et industriel.

Mais, les PME font face à d'importants obstacles pour les raisons suivantes : la nature de la transition, y compris le manque d'institutions, d'infrastructure adéquates et de savoir-faire nécessaire pour pouvoir fonctionner dans une économie de marché compétitive; la pauvreté et les revenus bas qui freinent la création des PME et empêchent l'accès au capital d'investissement ; et les erreurs politiques, y compris l'incohérence et l'instabilité des politiques et leur effet négatif sur les PME. Avec l'instabilité du gouvernement et la propagation de la criminalité, ces facteurs ont créé un climat d'incertitude et d'insécurité pour les PME et ont indirectement encouragé l'évasion fiscale et le refus des réglementations comme mécanismes d'adaptation.

Les obstacles aux PME varient pendant leur cycle de vie. Le crédit est un exemple. Tandis que le manque de crédit peut ne pas être un obstacle majeur à la création des PME, étant donné que d'autres sources financières sont disponibles, il empêche leur croissance et leur modernisation. L'insuffisance de crédits et la déformation des processus spontanés posent la question de savoir quelles sont les politiques qu'il faut adopter. Le soutien à la création d'emplois dans les PME traditionnelles permettrait de récupérer des employés qui ont perdu leur emploi lors de la restructuration des entreprises. Les autres politiques qui permettent de transformer le secteur des PME comprennent : encourager la modernisation et la compétitivité, par exemple en stimulant et en facilitant l'investissement, favoriser l'intégration verticale des PME avec les entreprises nationales et étrangères et l'intégration horizontale parmi les PME.

Les politiques neutres qui ont une influence sur le contexte général sont préférables si les processus spontanés ont seulement besoin d'un contexte favorable pour obtenir des résultats positifs. Ceci inclut des politiques de croissance, une stabilisation macroéconomique et des politiques favorisant le développement des marchés financiers et la flexibilité des marchés du travail. Si cela est insuffisant, des politiques spécifiques sont alors nécessaires. Par exemple, pendant la transition, les PME n'ont souvent pas accès aux banques parce que les grandes banques leur facturent des frais de transaction plus élevés que ceux qu'elles facturent aux grandes entreprises. Les processus de marché ne peuvent pas toujours résoudre cette situation, le manque d'informations pouvant empêcher les investisseurs d'entrer sur le marché. Un marché des capitaux informel a donc lieu parallèlement pour financer la création des PME, mais pas leur développement. Des politiques pourraient donc soutenir le développement de petites banques locales spécialisées dans les crédits aux PME. Les gouvernements locaux auraient un rôle important à jouer, étant donné que les conditions et les besoins des PME varient selon les régions et que les politiques centrales sont souvent trop générales et rigides.

Les organisations et les structures qui mettraient en ouvre des politiques spécifiques auraient l'avantage de la spécialisation et des connaissances spécifiques, du recueil d'informations et de leur élaboration. Mais, cela augmenterait les frais de transaction, segmenterait encore plus l'économie et créerait des intérêts spéciaux qui imposeraient des politiques partisanes et rigides. Mis à part quelques cas, il semble préférable de faire confiance aux organisations et aux structures (générales) existantes dans le domaine de l'élaboration et la mise en ouvre des politiques spécifiques aux PME. Bien que, dans ces circonstances, la spécialisation puisse être moins développée, il est fort probable qu'une meilleure coordination des politiques, une réduction des coûts et des intérêts spéciaux moins marquée pourraient compenser ce désavantage.

Bruno Dallago est professeur en économie politique et systèmes économiques comparés à l'université de Trento (Italie) et directeur de maîtrise en développement local pour les Balkans, à l'université de Trento et à l'université de Bolzan. Il a écrit, en collaboration avec Robert J. McIntyre, l'étude sur les PME mentionnée ci-dessus.
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